Réussir vigne 06 avril 2001 à 09h45 | Par Claudine Galbrun

Viticulture raisonnée, production intégrée : les nouveaux droits à produire ?

Agriculture raisonnée, production intégrée : tout le monde en parle. Mais peu encore en font. Des réflexions sont en cours pour une réglementation de ce nouveau mode de production respectueux de l´environnement qui pourrait à terme devenir la condition d´accés au marché.

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La France s´apprête à légiférer dans le domaine de l´agriculture raisonnée et pour ce faire, elle s´inspire directement des propositions faites dans le désormais fameux rapport Paillotin, du nom de son auteur, sur l´agriculture raisonnée, réalisé à la demande du ministre de l´Agriculture et dont la mission, qui n´était pas mince, était de donner une définition à cette notion. En l´état actuel des discussions, ce mode de production respectueux de l´environnement, qui se situe au-delà de la seule réglementation mais en-deçà des actions qui déstabiliseraient les performances économiques de l´exploitation, relèverait du seul volontarisme de l´agriculteur. Mais Guy Paillotin -ancien président de l´Inra, rappelons-le - fut lors de la remise de son rapport très clair : "l´agriculture raisonnée doit devenir le standard de la production française et européenne". Là-dessus, tout le monde est d´accord. Les chiffres varient quelque peu selon les sources mais les professionnels et les pouvoirs publics souhaiteraient qu´au moins 80 % des agriculteurs, dans les cinq ans qui viennent, pratiquent cette forme d´agriculture. Autrement dit, le strict respect d´un référentiel agriculture raisonnée serait la condition minimale d´accès au marché. D´ailleurs, les professionnels viticoles souhaitent que les règles d´or d´une viticulture raisonnée soient inscrites dans les décrets définissant les conditions de production des vins AOC ou de pays.
De là à parler de nouveaux droits à produire, il n´y a qu´un pas que certains professionnels franchissent. Comment faire accepter, sinon au consommateur, qu´il puisse y avoir des vins issus d´un mode de production raisonnée, donc d´une viticulture "propre"et que d´autres vins, par voie de conséquence, proviendraient fatalement d´une viticulture qui elle, serait "sale". Il va falloir aussi faire admettre à ce même consommateur que les temps ont changé, que l´environnement est désormais au cour des préoccupations du viticulteur mais que ce n´est pas pour autant, qu´auparavant, il se faisait tout et n´importe quoi dans les vignobles. La communication autour de ce concept ne sera pas la moindre des difficultés à résoudre. Se pose également la question de la validité de l´entrée d´un producteur en agriculture raisonnée. Va-t-on vers une qualification des exploitations ? De plus, il ne suffira pas de dire qu´on produit en agriculture raisonnée, il faudra aussi le prouver. Ce qui à la clé, signifie des contrôles. Enfin, question essentielle : ce nouveau mode de production entraînera-t-il pour le producteur une plus-value d´autant plus que des efforts particuliers vont lui être demandés ? Rien n´est moins sûr.
Dans ce domaine, la filière viticole a pris un train d´avance. Sitôt la parution du rapport Paillotin, elle s´est penchée sur la rédaction d´un socle commun de la viticulture raisonnée afin que soient prises en compte ses spécificités. Celui-ci liste les pratiques minimales qui s´imposeraient par voie réglementaire. Mais elle a voulu encore aller plus loin : un groupe de travail à l´initiative de Thierry Coulon, de l´ITV, s´est mis en place afin de réaliser un référentiel national de la production intégrée qui a été présenté à l´occasion de Mondiaviti à Bordeaux, début décembre. Il constitue la liste la plus exhaustive possible des techniques de conduite raisonnée du vignoble et correspond à un niveau d´objectifs particulièrement ambitieux pour le viticulteur qui souhaiterait s´y engager. Entre le socle commun, minimum de base qui à court terme, pourrait bien devenir obligatoire pour les viticulteurs et ce référentiel, exigeant mais dont l´application est laissé au bon vouloir du producteur, il y a une marge de progrès que chacun devra franchir à son rythme. En tous cas, une chose est sûre : il va falloir y aller. La voie est désormais tracée.

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