Réussir vigne 20 avril 2004 à 11h36 | Par Steven Le Quellenec

Viticulture - La densité de plantation est-elle primordiale ?

En matière de densité de plantation, l´Inao n´est peut-être pas aussi intransigeant que cela. Des aménagements pourraient être concédés dans certaines situations. L´Inao rappelle néanmoins que la conduite en vignes larges demande une haute technicité.

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S´opposant aux seuils minimaux de densité de plantation édictés par l´Inao, les défenseurs des vignes larges revendiquent la continuité d´une conduite du vignoble datant de plusieurs décennies. « Selon une étude suisse(1) menée sur plus de 15 ans, le facteur déterminant d´un système de conduite du vignoble pour la qualité de la baie est la surface foliaire exposée par kilo de raisin et non pas la largeur des rangs, affirme Olivier Brault, vigneron en Anjou et président de l´Union nationale pour la promotion des vignes larges et hautes. En vignes larges, on peut faire de très belles choses. Même si certaines peuvent être conduites de manière discutable, toutes les vignes étroites ne sont pas non plus menées de la meilleure des façons. » Les vignes larges ont constitué au départ une réponse aux impératifs liés à la mécanisation. Mais l´Inao estime que les densités plus élevées sont désormais parfaitement mécanisables et surtout qu´elles répondent mieux à des objectifs de qualité. Pour sa défense, Olivier Brault met en avant la « jurisprudence Anjou-Saumur ».

Depuis 1996, en effet, les vignerons de cette région peuvent obtenir l´appellation même s´ils sont en dessous d´une limite de densité fixée à 4000 pieds/ha avec un minimum de 3300 pieds/ha, à condition toutefois que le rapport hauteur foliaire sur interrang soit supérieur à 0,6. « Ce décret n´est pas une absurdité et l´Inao n´a pas de critiques particulières à faire aux viticulteurs qui, comme M. Brault, maîtrisent leur vignoble, estime François Roncin de l´Inao d´Angers. De même, en Bourgogne, les vignobles conduits en lyre ont une densité inférieure à 4000 pieds/ha mais le haut palissage vient assurer la qualité. Cela nécessite toutefois une technicité très grande. Conduire son vignoble en vignes larges à rendement égal implique une rigueur extrême. Plus l´élargissement est grand et plus les grappes vont être nombreuses. Des travaux en vert et un palissage efficace sont alors nécessaires pour bien les répartir. Au final, c´est un travail qui revient plus cher qu´en vigne classique ».
©B. Compagnon - Archives


« Le minimum à Bordeaux devait être de 4000 pieds/ha »
De plus, poursuit M. Roncin, le rapport hauteur foliaire sur interrang de 0,6, reconnu comme un bon indicateur d´une conduite raisonnable de la vigne, peut mener à des aberrations : « Pour des vignes espacées de 2,5 m, la hauteur foliaire doit alors monter à au moins 2 m car les premiers 50 cm ne sont pas pris en compte. Cela ne va pas forcément sans poser des problèmes d´organisation du travail. Pour l´AOC bordeaux par exemple, où la densité de plantation est parfois de 2000 pieds hectare, les surfaces palissées sont très faibles et le rapport est plutôt de l´ordre de 0,5. L´Inao a réaffirmé que le minimum à Bordeaux devait être de 4000 pieds/ha. Seulement, en cette période de crise, même avec les primes de restructuration du vignoble, les viticulteurs n´ont pas envie de planter. »

L´Inao reconnaît que c´est « par simplification », qu´il donne des limites de densité de plantation. « Mais nous sommes conscients qu´il y a d´autres critères à prendre en compte », indique François Roncin. Ainsi, une commission d´experts formée par l´Inao et qui devait initialement statuer sur la pertinence du seul critère « densité de plantation », s´intéresserait également à la protection de l´environnement et au terroir. « On a négligé beaucoup de choses jusqu´à présent, comme le retour au sol de la matière organique ou l´importance du ruissellement, poursuit M. Roncin. Si on veut enherber pour se protéger de l´érosion, par exemple, une trop grande densité de plantation peut être un frein. Il y a ainsi une réflexion qui se développe dans le Beaujolais, proposant le passage de 10 000 pieds/ha à 6000 afin de pouvoir enherber et de lutter contre l´érosion. » L´Inao juge tout de même les seuils de densité actuels « cohérents » et constituant un bon compromis entre deux extrêmes.

(1) Étude de la station fédérale de recherches de Changins de F. Murisier et V. Zufferey

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