Réussir vigne 20 mai 2002 à 15h42 | Par Julien Huchette - D´après les travaux de l´Itab.

Viticulture - Des inter-rangs aux interceps, différents outils de travail du sol

Houe, sous-soleuse, décavaillonneuse, lame, outil inter-rang ou intercep ? Dans quelles conditions utiliser celui-ci plutôt que celui-là ? Demandez le catalogue.

Abonnez-vous Réagir Imprimer

De nombreux outils sont aujourd´hui à la disposition des viticulteurs. Aussi bien pour le matériel inter-rang (système hydraulique permettant de régler la largeur du cadre, polyvalence des outils : soc de charrue, soc bineur muni ou non d´ailettes) que pour le matériel interceps (association des starmatic, discomatic, décavailloneuse chez Boisselet, lame et décavaillonneuse chez Belhomme), la polyvalence reste souvent privilégiée. Certains préfèrent toutefois utiliser des outils plus spécifiques (girobroyeur, tournesol). Même s´il est techniquement possible d´associer outils inter-rangs et interceps, Robert Martin le déconseille : « le travail inter-rang nécessite une vitesse d´avancement rapide pour être efficace alors que le travail intercep oblige une certaine lenteur de travail pour être précis (2 à 4 km/h maximum) ». Pour Pierre Deumier, technicien à la chambre d´agriculture du Vaucluse, cette association reste envisageable : « si l´on travaille à 5 km/h, avec un intercep rapide et bien réglé, en se contentant d´un travail superficiel sur l´inter-rang ». Le système d´effacement reste donc un critère de choix important dans l´achat d´un intercep.
Des systèmes à effacement mécanique ou hydraulique
Quelques viticulteurs préfèrent les systèmes à effacement mécanique (tel Souslikoff) : « il est plus simple, les pannes sont plus faciles à réparer et le réglage tient toute la journée ». D´autres optent pour l´hydraulique : « l´effacement est plus doux, plus précis et le retour plus rapide. Avec le mécanique, les blessures sur ceps sont plus importantes ». Robert Martin déconseille les systèmes hydrauliques associés à une commande manuelle pour effacer l´outil au passage d´un jeune plant : « ce système est ingérable en pratique ». Il préconise de positionner l´outil intercep entre la roue avant et la roue arrière du tracteur « pour que le viticulteur puisse apprécier au mieux son travail ».

LES OUTILS INTER-RANGS
Le rotobêche

Pour Jo Pithon, viticulteur à Saint-Lambert-du-Lattay (49), le rotobêche, outil de décompaction, cumule plusieurs avantages : « je l´utilise pour mes vignes en coteaux car, d´une part, contrairement à un outil à dent, il permet de remonter la terre et d´autre part il permet de faire de grosses mottes, ce qui le rend intéressant sur les coteaux érosifs. » Il prévient que « cet outil ne convient que médiocrement dans les sols particulièrement argileux. » Autre intérêt souligné par d´autres utilisateurs : l´absence de formation de semelle de labour. Eric Chantelot estime que « cet outil paraît être plutôt favorable sur la structure du sol mais que cela reste à confirmer ». Robert Martin rappelle « qu´il ne peut être utilisé que dans des sols suffisamment profonds ».

La sous-soleuse

C´est un outil intéressant de décompaction en présence d´un horizon limitant (dalle d´argile, de tuf). Différents types de dents sont utilisables : droites, munies d´ailettes (augmentent le volume de sol éclaté ou retourné). Robert Martin conseille : « elle est à utiliser un rang sur deux (problème de portance sur les rangs décompactés) avec une seule dent (entre les roues pour éviter les dégâts sur racines), sur sol sec (en sol humide l´émiettement est nul) avec une vitesse d´avancement rapide et seulement une année sur deux ou sur trois ».

Le girobroyeur

Destiné à faucher l´herbe, il est fragile sur sols caillouteux bien que certains, dont Daniel Coulon du domaine Beaurenard à Châteauneuf du Pape, estiment que « le remplacement de ses lames ne revient pas plus cher que l´entretien des socs. »

Le cover crop

C´est un outil difficile à maîtriser car sa trajectoire est peu précise et son utilisation difficile sur sol sec, (formation d´une légère butte de part et d´autre de l´outil, lissage, besoin de place en bout de rangs) mais qui s´avère robuste et rapide.

Girobroyeur ©J. Huchette

La houe rotative (rotavator)

Pourtant apprécié des viticulteurs car il rend le sol très propre et aéré, le rotavator doit être utilisé avec une extrême précaution afin d´éviter la création d´une semelle de labour. Eric Chantelot conseille « d´alterner le passage du rotavator avec un outil à dents. ». A cause du risque de lissage très important, le rotavator est à proscrire sur sol humide et sensible à la compaction (sol limoneux). Pour William Trambouze, technicien à la chambre d´agriculture de Béziers, « il doit être utilisé tablier levé, vitesse de tracteur suffisamment rapide et vitesse de rotation lente » pour favoriser la création de mottes. « Dans le cas contraire, l´émiettement devient trop important, le sol devient beaucoup trop sensible à l´érosion ». Robert Martin précise que « la houe rotative est efficace sur sol sec mais fragile en zone caillouteuse ».

Le cultivateur

Le cultivateur permet un travail superficiel avec plus ou moins d´émiettement et plus ou moins de retournement, suivant les dents utilisées. « On peut utiliser des étançons rigides pour une reprise en profondeur sans remontées de mottes ou vibrants pour favoriser l´émiettement et l´ameublissement. On peut également utiliser des socs (à patte d´oie, par exemple, pour la destruction superficielle des adventices et le retournement du sol) ». Robert Martin met en garde : « les dents doivent être souples pour pouvoir s´effacer devant les difficultés (cailloux, grosses racines) ».

La houe rotative à axe vertical

La houe rotative ne peut être envisagée que sur un sol déjà travaillé (dents trop fragiles). Sur sol limoneux trop humide, elle entraîne la formation de billes de terre. Son principal intérêt reste sa capacité à pouvoir travailler les sols caillouteux et à ne pas créer de semelle de labour. « C´est avant tout un outil de préparation du sol pour un lit de semence ou avant plantation ».

Le vibroculteur

Il permet un binage léger grâce à des dents courtes et vibrantes. L´étançon peut être à courbure simple ce qui « favorise l´émiettement et assure la remontée de terre » ou à courbure double ce qui « limite les remontées de terre ».

Le rouleau

Il a un double rôle : remettre le sol à plat et assurer la stabilité de travail. « Lorsque le sol est particulièrement sale, le rouleau muni de dents en pointe est le plus adapté car il retourne le sol », explique Robert Martin. Le rouleau est à éviter en situation de coteaux (émiettement trop important avec risque d´érosion). Il est conseillé pour établir un bon lit de semence.

LES OUTILS INTERCEPS
La décavaillonneuse

Utilisée pour le débuttage en sortie d´hiver, elle peut l´être tout au long de l´année (soc sans versoir) pour détruire un enherbement bien implanté. Pour Hervé Joulain « la décavaillonneuse est un outil qui assure une destruction complète des herbes : elle permet de bien retourner la terre et d´enfouir l´herbe en profondeur. Le travail de la décavaillonneuse reste un préalable indispensable au passage de la lame bineuse. » La décavailloneuse va donc ameublir le sol et préparer les binages ultérieurs. Elle est efficace pour la destruction d´un enherbement bien implanté mais nécessite de la précision. Les risques d´arrachages de ceps sont élevés, la vitesse d´avancement doit donc être réduite (1,5 à 2,5 km/h). Deux passages par an suffisent pour maintenir le rang propre.

Le tournesol

Olivier Jacquet estime que le tournesol « est le seul appareil rotatif permettant d´aller vite (4 à 5 km/h). Il fonctionne bien sur des sols à plat sans trop de cailloux. » Daniel Coulon de Châteauneuf du Pape est satisfait de son utilisation : « c´est un matériel qui a bien marché en 2001 mais nous manquons encore de recul. » Robert Martin est plus sceptique : « s´il est mal réglé, le tournesol peut parfois avoir tendance à plonger ». Sebastien Desbuisson du CIVC (Comité interprofessionnel des vins de Champagne) indique « que le tournesol n´est pas adapté aux vignes basses et étroites. A priori, il ne semble pas y avoir de modifications possibles pour obtenir des têtes plus petites permettant de travailler dans ce type de vignobles mais Pellenc y travaille. »
Le tournesol ©J. Huchette

Le procédé Magnetto

Pierre Deumier explique que l´intercep de Magnetto « est innovant dans le sens où deux fraises rotatives se chevauchent : la plus proche du tracteur reste fixe, elle assure un tracé rectiligne. La seconde, son « satellite », pivote autour du cep (travail de binage intercep traditionnel) mais également autour de la fraise fixe. C´est un outil de bonne qualité particulièrement intéressant pour une vigne enherbée car il permet d´obtenir un enherbement propre et droit. » Il est possible de travailler deux demi rangs en un passage.

La décavaillonneuse rotative (type discomatic)

Les risques de dégâts sont plus faibles qu´avec une décavaillonneuse mais cet outil est beaucoup plus cher et nécessite une vitesse d´avancement extrêmement réduite (1 à 2 km/h). Elle ne peut pas être utilisée en cas d´enherbement trop développé (risque de bourrage) ou sur vignes jeunes (résistance de l´antenne).
La houe rotative (starmatic, houe intercep de Richard Breton.)

Comparée à la lame bineuse, la houe rotative permet d´intervenir sur des sols plus durs mais présente des risques d´arrachage plus importants. Comparée à la décavaillonneuse, sa capacité de retournement de la terre et d´enfouissement de l´herbe est moindre, mais blesse cependant moins les ceps. Pour Hervé Joulain « la houe rotative, type starmatic, peut éventuellement remplacer la décavaillonneuse car elle est, elle aussi, un bon préalable au travail de la lame avec l´avantage de bien remuer le sol sans faire de grosse butte. »

La lame bineuse (Souslikoff, Boisselet, Belhomme...)

Cet outil ne peut être utilisé que sur un sol meuble (problème d´efficacité sur sol compacté), préalablement décavaillonné, en présence d´une flore adventice peu évoluée (stade cotylédon). Grâce à la possibilité d´utiliser cet outil à vitesse relativement élevée (4 à 5 km/h), il peut être associé à un outil inter-rang. Si la lame est utilisée seule, la maîtrise des adventices oblige la multiplication du nombre des passages (6 à 7 par an). Il est donc conseillé de la coupler avec des outils telles la décavaillonneuse ou la houe rotative. Pour Jo Pithon, viticulteur, « la lame bineuse Belhomme paraît très intéressante : le temps de réponse est ultra rapide, c´est un outil simple convenant bien pour un entretien de sol. Il bénéficie en outre d´une bonne polyvalence : la lame peut être remplacée par une décavaillonneuse ».

Le girobroyeur intercep

Serge Labat de la Chambre d´agriculture de la Gironde prévient « qu´un tel outil n´est envisageable qu´en condition de sol très plat. Une légère butte sous le rang pose rapidement des problèmes. »

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Réussir vigne se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

Les ARTICLES LES PLUS...

Voir tous

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 20 unes régionales aujourd'hui