Réussir vigne 09 novembre 2001 à 15h39 | Par Catherine Bioteau

Vins de marque - Copeaux, étiquettes, assemblages... Le « carcan » de nos conditions de production

Les contraintes de production européennes gêneraient le développement des vins de marque. Certains plaident pour une « déreglementation ».

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«Les marques françaises ne se battent pas à armes égales avec celles du Nouveau Monde. Les conditions de production à l´étranger sont beaucoup plus souples que les nôtres. »
L´Association française des éleveurs embouteilleurs et distributeurs de vins et spiritueux (Afed) n´est pas la seule à dénoncer la « vétusté » de la législation européenne en matière de conditions de production. Jacques Berthomeau, dans son rapport sur le positionnement des vins français à l´exportation, la qualifie de « carcan », qui n´est pas fait pour améliorer notre compétitivité.
Deux pratiques sont plus spécialement visées : l´utilisation de copeaux et l´assouplissement des règles d´assemblages des vins, pour les vins de table et les vins de pays.
Premier "carcan" : l´utilisation de copeaux
L´ajout de copeaux ou de planches dans les vins est pratique courante dans le Nouveau monde. Ils apportent un goût vanillé et boisé apprécié des nouveaux consommateurs, tout en coûtant nettement moins cher qu´un élevage en barrique. En Europe, les copeaux sont toujours interdits. « C´est une farce, dénonce Bruno Kessler, vice-président de l´Afed et directeur des achats liquide aux Grands Chais de France. Ca fait 10 ans que les copeaux sont en expérimentation et tout le monde en est content. En attendant, on passe pour des « couillons » devant nos clients étrangers. On sait très bien quel type de vin ils veulent, mais on ne peut pas le leur faire ». La demande des metteurs en marché est relayée par celle des syndicats de vins de pays, notamment par Jacques Gravegeal, président du syndicat des vins de pays d´Oc. « A partir du moment ou des vins chiliens ou australiens pénètrent dans notre marché avec des copeaux comment les interdire aux producteurs européens ? La tête haute, je demande la possibilité de faire des vins de pays d´Oc avec des copeaux quand cela est nécessaire pour aborder les marchés export qui l´acceptent. Quand nos concurrents auront pris les marchés, la question « vin dans le bois » ou « bois dans le vin » ne se posera plus. » Le débat est devenu politique à Bruxelles comme à l´Office international de la vigne et du vin. Aucune décision n´est attendue à court terme, selon l´Onivins.
Autre "carcan" : l´assemblage
« En Australie, l´utilisation des noms de cépage et des millésimes est beaucoup plus souple qu´en France, explique Robyn van Heeswijck, chercheur en viticulture à l´Université d´Adélaïde. Un vin dit « cabernet sauvignon », doit en réalité en contenir 85 % au minimum, il peut être assemblé avec 15 % de vin issu d´un autre cépage. La règle est la même pour les millésimes ». Tous les pays du Nouveau monde appliquent cette règle des 85-15. La Californie en est même au 75-25. En Europe, c´est le 100 % obligatoire pour les vins de cépage. Ce qui n´est pas sans conséquence sur le marché mondial. « Les cabernets sauvignon sont souvent trop durs, trop âpres tels quels, constate Bruno Kessler. Nos concurrents peuvent les assembler avec 15 % de syrah ou du merlot pour leur apporter souplesse et fruité, tout en conservant le nom cabernet sauvignon sur l´étiquette. Si bien que les consommateurs étrangers trouvent le cabernet sauvignon étranger plus fruité que le français ! » La règle du 85-15 permet également de jouer sur les assemblages pour régulariser le goût d´une année sur l´autre.
Difficile de créer de nouveaux styles de vin
A Bruxelles, la France demande le maintien de la règle des 100 %, pour que l´information mentionnée sur l´étiquette soit fondée, mais avec possibilité de dérogations.
L´Afed va plus loin dans ses revendications et souhaiterait pouvoir créer de nouvelles catégories de marques, avec la possibilité d´assembler des raisins provenant de différentes régions viticoles françaises, tout en mentionnant le nom du cépage sur l´étiquette, « repère obligatoire pour pénétrer les marchés ». En France, l´assemblage est possible seulement pour les vins de table, mais sans mention du nom de cépage. En Australie, la pratique est fréquente, indique Robyn Van Heeswijck, « elle garantit l´approvisionnement des marques en cas d´accident climatique sur une région et une qualité régulière. Nous aimerions par exemple assembler un sauvignon de Loire et un sauvignon d´Oc et le commercialiser sous l´étiquette « marque X - sauvignon 2001 - vin de pays de France », précise Bruno Kessler. Ou encore « créer de nouveaux styles de vins modernes, par exemple un merlot-gamay, aujourd´hui impossible à réaliser car les deux cépages sont produits dans des régions différentes ». L´idée ne fait cependant pas l´unanimité dans la filière.
Pour Jacques Berthomeau, ces nouvelles pratiques seraient « parfaitement admissibles pour les vins de cépage, si on dit clairement ce que l´on fait » et si « le produit issu de ces pratiques est encore du vin ».

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