Réussir vigne 09 janvier 2006 à 14h51 | Par Catherine Bioteau

Vins AOC - L´agrément doit retrouver une crédibilité

L´agrément de complaisance a vécu. Sa réforme prévue par l´Inao vise à garantir le vin jusqu´à sa consommation, en étendant les contrôles à toute la filière.

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« L´agrément est l´élément primordial pour la survie des appellations d´origine contrôlée, car les AOC sont considérées comme des marques sur le marché mondial et lorsqu´une marque perd la confiance de ses clients, elle disparaît. L´histoire est remplie d´exemples », juge Vincent Fabre. Le responsable de la commission agrément à la Fédération des grands vins de Bordeaux rappelle que nos concurrents australiens ont un contrôle-qualité nettement plus poussé que le nôtre. « Chaque lot exporté y est contrôlé de manière systématique. » De plus en plus de voix s´élèvent ainsi pour mettre un terme à l´agrément de complaisance ou à l´agrément social, au profit d´un agrément à la fois efficace et reconnu. La Cnaoc crie à l´urgence de « faire rimer AOC et qualité ». Même le ministre de l´Agriculture juge « l´évolution de l´agrément des AOC primordiale pour assurer la garantie, en termes de valeur et d´image, offerte par une appellation ». La réforme de 2001, visant à encadrer davantage les procédures de prélèvement au chai et à améliorer la traçabilité des lots, n´y a pas suffi, loin s´en faut.
La dégustation d´agrément doit se rapprocher de la date de commercialisation des vins. ©P. Cronenberger

Le comité national de l´Inao qui continue de plancher sur le sujet a dévoilé les grandes lignes de ce qui pourrait être un « agrément révolutionnaire ». « Il ne se limitera plus à une simple dégustation, souvent trop en amont dans le processus d´élaboration du vin, explique Gérard Boesch, vigneron alsacien et président de la commission agrément de l´Inao. Ce sera une validation de tous les points clés qui ont une action sur les caractéristiques, la typicité et l´originalité de l´appellation, L´objectif est d´abord de vérifier l´aptitude du vin jusqu´au stade de la consommation. »
Il faudra vérifier que les différents opérateurs, du producteur au metteur en marché, possèdent des outils d´élaboration adaptés à la production d´AOC. Ce qui se traduit par le maintien des contrôles à la parcelle mais peut inclure en sus des contrôles du matériel de cave à l´image des centres de pressurage en Champagne ou des alambics en Armagnac, et des équipements des négociants. Les distributeurs resteraient contrôlés par le biais du suivi aval de la qualité. Il faudra également être plus exigeant sur l´identification et la traçabilité des lots.

La dégustation d´agrément portera sur les lots prêts à la commercialisation, soit à la mise en bouteilles ou en Bib. Pour les producteurs qui mettent en bouteilles, pas de problème. Mais « il faudra également aller chez les négociants. Il faut qu´ils se sentent acteurs de l´AOC au même titre que les producteurs ». Pour l´instant la réglementation limite l´agrément à la production. « C´est notre mission de la faire évoluer, nous ne nous sommes pas arrêtés au cadre réglementaire. » Les lots vendus en vrac au négoce devront également être validés.
Tous ces contrôles ne seront pas systématiques mais aléatoires. « On se rend compte que les appellations qui font des contrôles systématiques n´ont pas de meilleurs résultats lors du suivi aval de la qualité que les appellations plus laxistes. Notre souhait est un sondage de 15 % au minimum et davantage en cas de problème. » Un système qui réduirait le surcoût engendré.
Autre point important de la réforme : la qualification des dégustateurs des commissions d´agrément. « Il faut une commission équitable, fiable pour éviter la loterie actuelle. On ne peut plus prendre simplement des gens qu´on va chercher dans les vignes. »

L´objectif est de former des dégustateurs expérimentés et disponibles. Il n´est pas exclu de faire appel à des gens extérieurs à la profession et de rémunérer les dégustateurs, comme c´est le cas pour l´agrément des portos au Portugal.
« On ne peut pas avoir un modèle unique d´agrément »
Pas question pour autant de resserrer l´agrément sur un type formaté de vin. « On ne doit pas arriver à une homogénéisation. Il faut garder une diversité tout en trouvant quelque chose de commun », poursuit Gérard Boesch.
Ce cadre général, qui doit encore évoluer, n´a pas vocation à être appliqué tel quel dans tous les vignobles. « On ne peut pas avoir un modèle unique d´agrément, il est évident qu´il faudra des adaptations régionales. » Pour l´heure trois « agréments tests » sont expérimentés en Anjou, Côte d´Or et dans le Bordelais, sur le millésime 2005. Malgré l´urgence, la réforme ne devrait pas être généralisée avant 2007-2008. « On est dans l´obligation de réussir, sinon les AOC perdront leur crédit pour longtemps », conclut Gérard Boesch. Et d´ajouter, « si la réforme n´est pas faite, ce sont les gens de l´Inao qui feront le travail, moyennant paiement. »

Pour en savoir plus
Voir dossier de Réussir Vigne de décembre 2005 : « Les AOC en plein lifting » (RV nº114, 66 pages).

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