Réussir vigne 02 juin 2006 à 14h18 | Par Réussir Vigne (C. Galbrun)

Vigne, vin et besoins en eau - Le pilotage de l´irrigation par l´aval

Faut-il irriguer la vigne ? Répondre à cette question revient à s´interroger sur le type de vin que l´on veut produire en fonction du marché visé.

Abonnez-vous Réagir Imprimer

" Si l´on s´en réfère aux manuels de viticulture, l´irrigation est réservée aux zones où la pluviométrie est inférieure à 400 mm/an ", indique Éric Lebon, de l´Inra de Montpellier. Et de citer l´exemple de l´Australie. Dans ce pays, 60 % des vins produits le sont dans l´État de South Australia là où effectivement, la pluviométrie annuelle ne dépasse pas ce seuil. " L´irrigation dans ce cas nécessite une très haute technicité qui tient compte à la fois de l´intérêt, aujourd´hui admis par tous, d´un certain niveau de déficit hydrique en vue de maîtriser la vigueur mais aussi de contrôler la taille des baies et l´efficience de l´eau utilisée, la ressource étant limitée. " La France et surtout sa partie méridionale n´est pas dans une situation climatique comparable et surtout aussi sèche. En moyenne annuelle, la zone des Corbières reçoit 640 mm, celle d´Avignon 700 mm. De plus, si cet État australien ne bénéficie d´aucune pluie pendant la période de développement de la vigne, la France, elle, doit faire face à de fortes variations inter-annuelles (moins de 400 mm en 1967, 1025 mm en 2005) et surtout intra-annuelles, la pluviométrie estivale étant très irrégulière.
" Ce qui rend, dans ces conditions, le pilotage de l´irrigation délicat ", estime encore Éric Lebon. Faut-il alors apporter de l´eau à la vigne ? " Il est difficile de répondre précisément à cette question. Tout dépend du type de vin que le vigneron veut produire en fonction du marché visé ", estime Olivier Jacquet de la chambre d´Agriculture de Vaucluse. " Si le vigneron cherche à produire des vins typés, très accrochés à leur terroir, avec des rendements compris entre 30 et 50 hl/ha, point n´est besoin d´irriguer la vigne. " D´autant que les essais menés à la chambre d´Agriculture, et dont les résultats ont été présentés à l´occasion des rencontres rhodaniennes le 30 mars, ont montré qu´un déficit hydrique n´avait pas d´effet négatif sur la qualité du vin. " Même en 2003, où l´on a connu une contrainte hydrique forte, voire très forte, les vins ont respecté la typicité de l´appellation, sont restés colorés et équilibrés et n´ont pas été rejetés à la dégustation. Ce type de situation conduit à des profils de vins de type corsé ", indique Olivier Jacquet.
En cas de fort déficit hydrique pouvant entraîner une importante défoliation, il ne faut pas hésiter à retarder la vendange, ce qui ne pourra que favoriser la concentration, estime encore Olivier Jacquet. " Des situations extrêmes de blocage de maturation ont pu être constatées. Celles-ci s´expliquent par des problèmes d´implantation des vignes d´où l´importance de favoriser l´enracinement lors de l´installation par des éclaircissages, une maîtrise de la vigueur et du rendement. "
Le pilotage de l´irrigation s´avère plus délicat en France qu´en Australie car la pluviométrie y est plus irrégulière. ©C. Galbrun

" La question est de savoir si 2003 restera une année exceptionnelle "
Attention également à la vigueur du porte-greffe. Le SO4, le rupestris du Lot ou encore le rugeris 140 sont à éviter car très gourmands en eau. Toutefois, après cette année 2003, quelques questions se posent quant aux effets négatifs d´un fort déficit en eau sur la pérennité du vignoble. " Nous avons effectivement observé après la canicule de 2003 des mortalités totales ou partielles, des débourrements défaillants, des retards de maturité. La question est de savoir si 2003 restera une année exceptionnelle ou si, avec le réchauffement climatique en cours, elle sera considérée à l´avenir comme normale. Si tel était le cas, on peut sans doute parler de la mise en oeuvre d´une irrigation de sauvegarde pour éviter des pertes de récolte et des défauts de maturation ", estime Olivier Jacquet.
L´irrigation, peut se justifier si le vigneron souhaite produire des vins issus de rendements élevés, plus fruités, plus gouleyants, mettant en avant le cépage et dans un positionnement de prix d´entrée de gamme, poursuit Olivier Jacquet. " Une irrigation bien maîtrisée permet d´élargir les types de profils de vins. "
Dans le plan national de restructuration de la filière, que vient de remettre au ministre de l´Agriculture Bernard Pomel, il est d´ailleurs prévu d´autoriser l´irrigation sur toutes les catégories de vins, y compris AOC jusqu´à la date du 15 août. L´irrigation est interdite en France depuis 1964 mais pratiquée sur environ 40 000 hectares, rappelle d´ailleurs au passage Bernard Pomel. " L´irrigation peut être qualitative à condition d´être modérée et dégressive ", insiste toutefois Olivier Jacquet. Elle permet une hausse des rendements (sur grenache, un des essais menés a montré une production supérieure de 30 % à celle du témoin sec), une maturité plus précoce et un bon niveau qualitatif.

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Réussir vigne se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

Les ARTICLES LES PLUS...

Voir tous

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 20 unes régionales aujourd'hui