Réussir vigne 12 mars 2015 à 08h00 | Par Pierre-Louis Berger

Une main-d’œuvre handicapée flexible

Albin Combe, du domaine La Fourmone dans le Vaucluse, a trouvé dans les prestations de personnes en situation de handicap employées par Solid’Agri, une solution à l’emploi de saisonniers ou d‘intérimaires. La flexibilité de cette formule permet au domaine d’employer toute l’année les salariés prestataires.

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Grégory Marcellin, 
à droite, superviseur 
à Solid’agri, propose de la main-d’œuvre handicapée à la demande à Albin Combe, du domaine 
La Fourmone. 
C’est de la prestation 
sur mesure.
Grégory Marcellin, à droite, superviseur à Solid’agri, propose de la main-d’œuvre handicapée à la demande à Albin Combe, du domaine La Fourmone. C’est de la prestation sur mesure. - © P.-L. Berger

Depuis cinq ans environ, Albin Combe, jeune viticulteur à Vacqueyras (Vaucluse), fait appel à des personnes en situation de handicap, formées et payées par l’entreprise sociale et solidaire Solid’Agri, à Carpentras. Il est ainsi devenu, au fil des années, l’un des plus anciens clients de l’association, qui propose des prestations agricoles auprès des viticulteurs dans les départements du Vaucluse, de la Drôme et des Bouches du Rhône. La rencontre entre le jeune viticulteur du domaine de La Fourmone et Solid’agri s’est faite à un moment où l’exploitation familiale manquait de main-d’œuvre. « Le domaine traversait une période de mutation du personnel, se rappelle Albin Combe. De cinq personnes, nous nous sommes retrouvés à deux, le chef d’équipe et moi. Il me fallait une main-d’œuvre conséquente pour les travaux de l’exploitation : les vendanges, la taille en vert, l’effeuillage, le retrait et le relevage des fils, l’arrachage des racines… » Il avait une équipe de saisonniers espagnols qu’il logeait sur place dans l’exploitation mais les contraintes de sécurité, la mise aux normes des sanitaires du logement et les lourdeurs administratives l’ont incité à s’en séparer. « Je ne voulais pas prendre de risque », poursuit-il. À cela, s’ajoutait le contexte de crise : il fallait réduire les charges et optimiser les dépenses de personnel. « Nous devions réagir vite. Je ne pouvais pas faire appel à des saisonniers faute de temps pour la formation et la constitution de l’équipe. J’ai repensé à un article que j’avais lu dans la presse locale, qui expliquait les offres de services de Solid’Agri. Au départ, j’avais eu un a priori négatif. Comme beaucoup d’agriculteurs, j’étais un peu frileux. Mais le projet humain me plaisait. J’ai donc contacté l’association qui a trouvé rapidement des solutions notamment pour les vendanges. » Pour la première récolte avec le personnel handicapé, l’association a envoyé deux équipes de sept personnes chacune, qui avaient étudié au centre de formation pour adultes, CFPPA, de Carpentras. « J’ai juste eu à donner des consignes au chef d’équipe, explique le vigneron. Les salariés étaient opérationnels et autonomes. »

 

L’équivalent d’un temps plein annuel


Fort de ce premier succès, l’association Solid’Agri incite le jeune vigneron à reprendre de la main-d’œuvre handicapée. Pour le vigneron, la formule est riche en échanges et très flexible ; il y a recours toute l’année. « Les salariés en CDI de Solid’Agri sont très polyvalents. Ils peuvent intervenir pour des travaux qui demandent du temps et une rapidité d’exécution. » À titre d’exemple, pour l’arrachage des racines, les travaux se déroulent sur une journée et nécessitent beaucoup de main-d’œuvre. Avec Solid’Agri, ce n’est pas un souci.
Au niveau administratif, le système de facturation est simple. Tous les travaux de Solid’Agri sont facturés à la tâche, au cep de vigne, au linéaire ou à la journée, mais jamais à l’heure, contrairement à d’autres prestataires de services non sociaux. Solid’Agri verse ensuite les salaires. Le vigneron n’a aucune démarche à effectuer pour déclarer cette main-d’œuvre. Il doit simplement valider le devis et régler la facture à la fin du chantier. « Solid’Agri entreprend toutes les démarches administratives et s’adresse à la MSA pour faire les feuilles de salaires des salariés en CDI », assure Grégory Marcellin, superviseur à Solid’Agri.
Le domaine de la Fourmone fait partie des dix meilleurs clients de Solid’Agri. Et pour cause. Calculette à l’appui, Albin Combe estime : « 10 jours de vendanges à deux équipes : 140 jours, 15 hectares de taille par an : 70 jours, plus 20 jours en travaux divers. Cela fait un total de 350 jours de travail par an, soit un temps plein. » Mais pour rien au monde, Albin Combe changerait de formule : « C’est un système gagnant-gagnant ». Quant au coût, il reste dans la moyenne,
« ni plus, ni moins élevé que des prestataires classiques. »


Des prestataires de services motivés et qui ont le sourire


Grégory Marcellin confirme : « en viticulture, nous ne sommes pas les plus rapides. On vise surtout une qualité du travail irréprochable, ce qui nous différencie des autres prestataires de services. Il y a rarement des absences. On s’adapte à la demande du client. La flexibilité est notre point fort. Les horaires sont variables : le travail le matin, l’après midi, le samedi, les jours fériés… On peut dépêcher trois ou sept personnes selon les besoins. Les salariés sont équipés en matériels de taille avec des sécateurs électriques et pour les vendanges. Ils viennent sur les exploitations en mini bus. »
En cinq ans, Albin Combe s’est forgé une opinion sur le travail des personnes handicapées formées par Solid’Agri. « Ils compensent leur handicap par une volonté et une envie de travailler supérieures à des intérimaires classiques. Ils sont très motivés et volontaires. Ils s’expriment. Ils sont reconnaissants de pouvoir travailler, car ils ont connu des difficultés d’insertion dans le monde du travail ordinaire. Ma plus grande joie : qu’ils arrivent dans l’exploitation avec le sourire et repartent le soir toujours avec le sourire. » Les salariés de l’entreprise sociale et solidaire sont vite devenus très utiles à l’exploitant. « Mais le plus important, c’est la relation humaine, l’échange qui se construit entre moi et le chef d’équipe et les salariés de l’association, souligne Albin Combe. Je donne des consignes au chef d’équipe qui suit le chantier, les travaux pas à pas. Nous sommes arrivés à un point de ralliement et d’entente que je n’aurais jamais soupçonné au démarrage de notre collaboration. C’est peut-être cela le plus beau cadeau… »

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