Réussir vigne 12 août 2014 à 08h00 | Par Marion Ivaldi

Une coopérative en action pour l’installation

A l'occasion du congrès des Vignerons coopérateurs de France, qui s'est tenu début juillet 2014 à Perpignan, Réussir Vigne s’est rendu à la cave de Vinovalie. Découverte d’une coopérative qui s’implique pour susciter de nouvelles vocations.

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Sébastien Philibert, viticulteur 
installé en 2013 sur les terres 
de Vinovalie. “ La coopération attire 
à nouveau. ”
Sébastien Philibert, viticulteur installé en 2013 sur les terres de Vinovalie. “ La coopération attire à nouveau. ” - © M. Ivaldi

Comment faire face au manque de candidats à l’installation pour pérenniser le modèle coopératif ? C’est une question de plus en plus prégnante pour le mouvement coopératif qui doit faire preuve d’imagination. “ Des caves innovent pour attirer de nouveaux viticulteurs ”, assure Boris Calmette, président des Vignerons coopérateurs de France. Parmi elles, Vinovalie dont le vignoble s’étend sur Gaillac, Cahors et le Gers, met en place un dispositif d’accompagnement pour répondre à ses ambitions. “ Notre plan Vinovalie 2025 prévoit d’étendre le vignoble à 5000 hectares contre 3800 actuellement ”, indique Ingrid Dauzats, responsable marketing et communication de la cave. Et pour ce faire, évidemment, il convient d’attirer des vocations.
Sébastien Philibert s’est installé l’année dernière en hors-cadre familial sur 25 hectares en location situés dans le vignoble cadurcien. À 40 ans, ce fils de coopérateur drômois a une préoccupation en tête : son besoin en fonds de roulement. “ Avant d’être rémunéré pleinement par la cave, il faut attendre au total trois ans. En attendant, il faut vivre et investir dans le vignoble. Ce n’est pas facile de convaincre la banque de suivre un tel projet ”, explique-t-il. C’est là qu’intervient Vinovalie en versant une aide de 1000 euros/ha. “ L’attitude du banquier est beaucoup moins frileuse ”, assure-t-il. La question du financement du foncier en partie réglée, Sébastien Philibert a dû trouver le moyen de financer le matériel, autre poste qui freine l’installation. “ La cave me prête gracieusement une partie du matériel qu’elle possède sur le Château Les Rigalets. Par ailleurs, j’ai pu entrer dans une Cuma pour la vendange mais aussi l’effeuilleuse et la prétailleuse. ”
Le tout récent viticulteur est ainsi paré pour ses premières vendanges 2013. C’est la concrétisation d’un projet permis par la cave qui a su attirer un viticulteur expérimenté. “ Il y a deux ans, j’ai rencontré David Girard, vice-président de Vinovalie et ancien président de la cave des côtes d’Olt située à Parnac. Je cherchais à m’installer après avoir eu plusieurs vies de viticulteur dans la Drôme et le cognaçais ”, se souvient Sébastien Philibert. La cave lui propose un emploi de tractoriste, ce qui lui permet de mûrir son projet tout en ayant un salaire. Elle a ainsi grandement facilité l’arrivée de Sébastien Philibert dont le projet a certainement fait écho dans le coeur de David Girard, lui-même installé hors cadre familial en 2006. Entre ces deux installations, un seul nouveau viticulteur avait rejoint la cave. C’était en 2011.


Savoir séduire


Sébastien Philibert loue cinq hectares au GFA l’Astrolab. Ce groupement, créé en 2010, sous l’impulsion de Jacques Tranier, directeur général de Vinovalie, possède 40 hectares qui sont loués à de jeunes viticulteurs pour un bail de 25 ans. “ Le problème, dans la viticulture, est que le retour sur investissement se fait trois ans après. Aujourd’hui, il est impossible de convaincre des investisseurs sur des temps aussi longs ”, constate Jacques Tranier. Le GFA a un atout très séduisant : “ les investissements réalisés dans ce type de groupement permettent une déduction d’un montant de 75 % des apports pour les personnes imposables à l’ISF ”, explique Lauriane Revidon, juriste de Vinovalie. Fort de cet argument, Jacques Tranier a pu convaincre un petit groupe d’amis pour se lancer dans cette aventure. Les parcelles sont achetées en s’adaptant à chaque situation. “ Il est arrivé qu’un viticulteur nous fasse part de son souhait de louer des parcelles qui étaient à la vente. C’est ce qui a déclenché l’achat des terres par le GFA ”, indique Lauriane Revidon.
À plus long terme, Vinovalie a d’autres projets : créer une Cuma rattachée à la cave et un groupement d’employeurs. “ La main-d’œuvre n’est plus suffisamment formée. On a investi sur le commercial mais on a oublié le terrain. Aujourd’hui, on a du mal à trouver un bon tractoriste ”, déplore David Girard. Le groupement permettrait d’assurer la formation d’un personnel à disposition des viticulteurs qui ont parfois du mal à assumer tout le travail d’exploitations dont les surfaces sont de plus en plus grandes.

Ingrid Dauzats, responsable 
communication et marketing. 
“ Nous souhaitons recruter des jeunes qui ont 
envie d’entreprendre. ”
Ingrid Dauzats, responsable communication et marketing. “ Nous souhaitons recruter des jeunes qui ont envie d’entreprendre. ” - © M. Ivaldi

Communiquer vers les jeunes


Vinovalie compte aussi prendre son bâton de pèlerin pour attirer les jeunes. Elle lance cette année un programme baptisé “ Devenez vigneron Vinovalie ” qu’elle souhaite déployer au sein des établissements de formation et des salons de formation. “ Nous voulons recruter des jeunes qui ont envie d’entreprendre, car devenir viticulteur, c’est savoir gérer une entreprise ”, insiste Ingrid Dauzats. Le programme vise à expliquer le soutien que peut apporter la cave sur le plan financier et technique. “ L’idée est d’attribuer à chaque nouvel installé un parrain pour guider la recrue ”, ajoute Ingrid Dauzats qui reconnaît qu’il y a beaucoup de travail à accomplir. “ Les idées sont là mais il va falloir bâtir le plan de communication. Nous nous apercevons que les jeunes connaissent très mal le système coopératif. ” Un avis partagé par Sébastien Philibert : “ les centres de formation ont dénigré le système coopératif. À ma première installation, mes professeurs me disaient de ne pas aller à la cave coopérative. Heureusement, aujourd’hui, c’est le phénomène inverse. Le modèle coopératif attire à nouveau ”.

- © Vinovalie

Cave de Vinovalie


. 400 coopérateurs
. 3800 hectares
. 270 000 hectolitres
. 20 millions de cols
. 43 millions d’euros de chiffre d’affaire

 

Commercialisation

48 % en grande distribution, 15 % à l’export, 13 % en CHR, 8 % en vente directe, 16 % en vrac.

 

Favoriser l’agrandissement
La stratégie de Vinovalie pour pérenniser ses approvisionnements vise aussi à soutenir l’agrandissement. La cave a créé un club des entrepreneurs, soit une quinzaine de viticulteurs qui ont manifesté le projet de s’agrandir. Ces derniers ont suivi une formation dispensée par le Centre d’économie rural afin de mûrir et formaliser les étapes de leur projet. Ensuite, Vinovalie accompagne le projet d’agrandissement grâce à une aide de 1000 euros/ha. De même, les plantations nouvelles sont soutenues par une aide du même montant.

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