Réussir vigne 15 décembre 2015 à 08h00 | Par Xavier Delbecque

Trois analyses alternatives du sol à la loupe

Analyses classiques, méthode Hérody ou Bourguignon, modèle Petiot… L’offre en matière d’analyses du sol est large, et il est difficile de faire son choix. Voici les trois principaux diagnostics alternatifs, pour vous aider à y voir plus clair.

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Avoir un sol pérenne au bon fonctionnement, tel est le but commun des méthodes Bourguignon, Hérody et Petiot.
Avoir un sol pérenne au bon fonctionnement, tel est le but commun des méthodes Bourguignon, Hérody et Petiot. - © Xavier Delbecque

Bourguignon : pour le retour de la vie dans les sols

L’analyse réalisée par le laboratoire de Claude et Lydia Bourguignon, le Lams, est relativement transversale. Elle aborde de nombreux aspects. « Nous nous déplaçons systématiquement chez le viticulteur, explique Lydia Bourguignon, où nous commençons par une lecture du paysage, notamment la topographie. Puis nous discutons avec l’exploitant, c’est important. » Les scientifiques réalisent ensuite une fosse, idéalement à l’aplomb d’un cep de vigne, où ils examinent les racines (profondeur, orientation, couleur…), les trous de faune et la circulation de l’oxygène. Ces observations sont complétées par une analyse de terre (prélevée en surface et en profondeur) au laboratoire. Cette dernière comporte trois volets : la physique, la chimie et la biologie.

Les paramètres physico-chimiques étudiés sont globalement identiques à ceux réalisés classiquement (granulométrie, pH, oligo-éléments…), avec de surcroît une caractérisation des argiles, pour apprécier au mieux la capacité d’échange en cations et adapter la fertilisation en fonction. L’activité biologique est calculée par la mesure d’une exoenzyme présente dans les micro-organismes, technique présentant l’avantage d’être plus rapide et moins chère qu’une analyse de biomasse comme celle présentée dans le projet Agrinnov (1).

Claude et Lydia Bourguignon proposent un déplacement sur la parcelle suivi d'analyses physico-chimique et biologique.
Claude et Lydia Bourguignon proposent un déplacement sur la parcelle suivi d'analyses physico-chimique et biologique. - © Lams

Le laboratoire propose également une prestation d’analyse de la mésofaune (collemboles, acariens et microarthropodes) par la méthode Berlèse. En fonction des résultats, de l’objectif de production et des possibilités financières du viticulteur, les scientifiques préconisent des actions pour améliorer l’état biologique du sol. Les solutions passent principalement par l’apport de composts, d’abord parce que le taux de matière organique est corrélé à celui des organismes vivants, ensuite parce qu’ils renferment de nombreux œufs et agissent comme un « levain ». « Cette méthode est destinée à tous ceux qui souhaitent mieux connaître leurs sols et avoir des pratiques plus respectueuses. Mais elle s’adresse aussi aux personnes désirant classifier leurs parcelles, ou en connaître le potentiel avant l’achat », selon Lydia Bourguignon. Potentiel agronomique et pérennité sont donc au cœur de la réflexion. Selon les prestations, il faut compter entre 1000 et 1500 euros pour une analyse complète de sol.

Yves Hérody (à droite) détermine le fonctionnement du sol en étudiant, entre autre, la qualité de la matière organique.
Yves Hérody (à droite) détermine le fonctionnement du sol en étudiant, entre autre, la qualité de la matière organique. - © M. Mocivnik

Hérody : le fonctionnement à travers la matière organique

Le modèle Hérody-BRDA, basé sur les travaux et observations du pédologue Yves Hérody, connaît actuellement un fort engouement, notamment en agriculture biologique. Il a même fait l’objet de comparaison avec l’approche classique par une équipe de l’Inra de Rennes en 2003. Yves Hérody est parti du postulat que la fertilité du sol dépend de sa structure, elle-même liée au complexe organo-minéral. C’est donc la qualité de ce complexe qu’il va chercher à connaître. « Il s’agit d’une approche globale et dynamique, composée d’une phase de terrain et d’une phase de laboratoire. Prodiguer des conseils basés sur une seule des deux analyses ne veut pas dire grand-chose », explique Stéphanie Esneault, géologue-pédologue employant la méthode. La description de terrain est semblable à celle de la méthode Bourguignon. On y trouve les caractéristiques géologiques, la circulation de l’eau, l’agencement des particules de terre… Par contre, seules des caractéristiques physico-chimiques (dont les paramètres sont propres à la méthode) sont analysées au laboratoire. Il s’agit d’un indice de fixation de la matière minérale ; des taux de matière organique, divisés en trois fractions (facilement oxydable, humus vrai et troisième fraction) ; du fer, apprécié sous trois formes (de liaison, amorphe et cristallin) et d’autres mesures (oligo-éléments, acidité…). C’est à travers la capacité du sol à fixer les apports organiques et minéraux, ainsi que le rapport entre la matière organique stable et facilement accessible, qu’Yves Hérody détermine le fonctionnement du sol. À partir des résultats de terrain et de laboratoire, il donne des indications pour optimiser la fertilité, et cela de façon durable. Cela passe notamment par des conseils de pratiques culturales (enherbement, travaux du sol…) et d’amendements. Pour ces derniers, il précise la quantité et la qualité de matière organique ou d’oligo-éléments nécessaire, ainsi que la date d’application souhaitable. Cette méthode s’adresse à tous les viticulteurs désirant améliorer la fertilité de leurs sols, tout en maîtrisant les apports. Yves Hérody prenant sa retraite, les prestations seront désormais réalisées par divers consultants privés formés à la méthode. Ils auront, à n’en pas douter, chacun leurs propres tarifs.

(1) voir PDF Réussir VIgne octobre 2015, n°222 p. 38-39, en fichiers joints.


Éric Petiot base sa méthode sur l’électromagnétisme du sol.
Éric Petiot base sa méthode sur l’électromagnétisme du sol. - © E. Petiot

Petiot : une méthode basée sur l’énergie

Pour Éric Petiot, ethnopharmacologue, l’apparition d’une maladie est la matérialisation d’un déséquilibre énergétique. C’est donc à l’aide d’appareil tels que le rédox-mètre, le pH-mètre et le conductimètre qu’il travaille, afin d’appréhender les paramètres électromagnétiques du sol. « Il existe un sens de circulation du courant électromagnétique dans le sol, c’est ce que je mesure, explique-t-il. Or il y a une relation entre ce facteur et les micro-organismes. Pour diverses raisons, il peut se produire une inversion des paramètres, ce qui crée un climat néfaste pour la microfaune, et accentue sa mortalité. » Une de ses observations, par exemple, est que la conductivité est plus élevée en surface qu’en profondeur, de par la présence d’humus. « Ainsi le labour perturbe l’électromagnétisme naturel. Et cela a un effet sur la croissance du végétal. De même, les désherbants chimiques entraînent un phénomène de suroxydation, pouvant également engendrer des inversions de sens de courant », poursuit le scientifique. Il importe donc pour lui de créer un climat le plus favorable possible aux micro-organismes, de façon à respecter un principe fondamental de l’agriculture biologique : on n’alimente pas une plante, mais les êtres vivants du sol, qui eux la nourrissent. Dans sa méthode, le rééquilibrage énergétique du sol se fait par l’apport de ferments (préparats) animaux et végétaux. « Cela peut aller très vite, mais il faut que le sol soit enclin à assimiler ces ferments, autrement dit qu’il soit paramagnétique, prévient Éric Petiot. S’il ne l’est pas, il faut préalablement y apporter des matériaux de type volcanique. » Les propos du scientifique font référence aux propriétés optiques lévogyre et dextrogyre (sens de rotation) des molécules. Cette méthode est, par essence, plutôt destinée à une gestion biodynamique du sol. Elle peut aussi être employée pour la prévention des déviations : « grâce aux indicateurs, on est capable de prévoir leur apparition deux ans à l’avance. Un sol alcalin-oxydé aura tendance à développer des maladies de surface, un sol acido-oxydé les maladies du bois et un sol alcalin-réduit les pathologies bactériennes », conclut Éric Petiot, qui n'a pas communiqué ses tarifs.


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