Réussir vigne 05 février 2016 à 08h00 | Par David Bessenay

Taillez dans vos coûts de production

Une bonne gestion des coûts de production est vitale pour tout viticulteur. Mais comment les calculer et surtout les limiter ; telle est la question qui se pose régulièrement. Voici quelques pistes pour alimenter vos réflexions sur le sujet.

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La restructuration permet à Gérard Presle de réduire son coût de production d’investir du temps et de l’argent dans la commercialisation.
La restructuration permet à Gérard Presle de réduire son coût de production d’investir du temps et de l’argent dans la commercialisation. - © D. Bessenay

À Marcy-sur-Anse comme ailleurs, passé les commentaires dithyrambiques qui ont accompagné la sortie du « 2015 », les vignerons ont repris le chemin de la vigne, sécateur en main, pour préparer laborieusement le millésime suivant.

Au domaine des Josephins, les travaux hivernaux prendront un peu moins de temps que sur d’autres exploitations équivalentes. Gérard Presle, aujourd’hui en Gaec avec un associé « hors cadre familial », est à la tête d’un domaine de 24 hectares où les deux-tiers des surfaces ont été restructurées. Il faut entendre par là une densité de plantation moindre et des palissages surélevés. Historiquement, le vignoble est planté serré (10 000 pieds/ha ou plus) et les ceps taillés courts. Une tradition qui coûte cher. « Avant restructuration, mon coût de revient se situait à environ 140 euros/hectolitre », explique Gérard Presle, ce qui pour une appellation générique se révèle rédhibitoire.

Arrachage de rangs et replantation

Concrètement, sur les parcelles déjà en place, le vigneron a arraché un rang sur trois, passant de 9000 à 6000 pieds par hectare. Il a changé le palissage existant pour augmenter le feuillage. Sur ses nouvelles plantations, il a opté du 2,40 m x 1 m ou 2,20 m x 0,80 m, soit des densités de 5 000 à 5 500 pieds/ha. Le gain de temps en matière de taille est énorme. Il faut compter 40 heures de taille à l’hectare désormais contre 120 heures dans les vignes basses à haute densité. « Cela m’a permis de conserver une aussi grande surface », témoigne le vigneron de 58 ans. Et le gain de temps en travaux de culture permet d’en dégager pour la vente directe. De 6 000 bouteilles vendues en 2012, le domaine en commercialise 20 000 aujourd’hui.

Les gains économiques se retrouvent à toutes les étapes de culture. En augmentant l’écartement entre rangs, Gérard Presle a pu enherber et donc réduire de 80 % l’usage de désherbant. Il a également diminué sensiblement ses volumes de produits phytosanitaires. « J’utilise 20 % de moins que le modèle Optidose », se félicite-t-il. Enfin, les temps de travaux au moment de la récolte, désormais en partie mécanique, ont baissé de 30 %.

Cette restructuration des parcelles entraîne enfin une modification de la stratégie de mécanisation « J’ai vendu l’enjambeur pour acheter un tracteur fruitier. Ce n’est pas le même investissement, c’est du simple au double ! », enchaîne-t-il. Enfonce-pieux, prétailleuse et un nouveau système de pulvérisation sont désormais utilisés en Cuma.

Près de 40 euros par hectolitre d’économie sur les parcelles restructurées

À l’inverse, avec la réduction du nombre de pieds/ha, le vigneron a vu son potentiel de récolte amputé d’environ 10 %. Une conséquence assumée. « Mon objectif est une qualité optimum pour développer la vente directe qui représente aujourd’hui un tiers de mon chiffre d’affaires », plaide-t-il.

Mais au final, le bilan économique penche largement en faveur de la restructuration « Aujourd’hui, mon coût de production se situe un peu au-dessus de 100 euros par hectolitre. » Mais l’ancien président du Comité de développement du Beaujolais de rappeler, que cette restructuration prônée par la profession avait aussi une visée écologique et qualitative.

Cette modernisation de son parcellaire sera sûrement gage d’une succession plus facile. À 58 ans, Gérard Presle y pense forcément même s’il ne peut s’empêcher de se projeter sur l’avenir du domaine « il faudrait planter du chardonnay pour faire du crémant de Bourgogne », suggère-t-il, jamais à court de projet.

- © D. Bessenay

Pour en savoir plus

 

Voir dossier Réussir Vigne de janvier 2016. RV n°225, p. 36 à 41.

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