Réussir vigne 22 janvier 2016 à 08h00 | Par Isabelle Montigaud

Taille minimale, un bilan positif

Les expérimentations conduites en taille minimale depuis plus de vingt ans sont encourageantes. Réduction des coûts de production, qualité « correcte » et moindre expression des maladies du bois sont au rendez-vous, pour un mode de conduite qui peine à convaincre.

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À gauche, taille minimale, et à droite cordon de royat avec fils releveurs.
À gauche, taille minimale, et à droite cordon de royat avec fils releveurs. - © CA Gard/2010

La taille minimale pourrait bien s’imposer à la faveur de son impact sur les maladies du bois. « Mais l’objectif de la non-taille ou taille minimale est avant tout de diminuer les coûts de production » rappelle Gilbert Cazals de la chambre d’agriculture de l’Aude. « De ce point de vue, les essais que nous avons conduits depuis 2006 au domaine de Cazes montrent clairement que les économies réalisées sont importantes : 1425 euros par hectare par rapport à une taille Guyot contre seulement 825 à 1025 euros/hectare en taille mécanique de précision (TMP). »

Une économie qu’il faut mettre en relation avec l’investissement nécessaire pour la mise en place d’un espalier en taille minimale (fils porteurs à 1,50 m du sol, piquets de 2,20 m de haut tous les 4 mètres, ancrage solide) ainsi qu’au gros travail d’ébourgeonnage pour bien former les troncs. Cela correspond à « 8 à 9000 euros d’investissement à amortir sur les trois premières années, observe Thierry Grimal du domaine de Cazes, sans compter que dans notre région, ce mode de conduite nécessite de l’irrigation pour éliminer un stress hydrique trop important et un enherbement de l’inter rang pour limiter une humidité au printemps favorisant le développement de maladies." Avec vingt ans de recul au domaine de la Valette dans l’Hérault, Alain Carbonneau, professeur à SupAgro Montpellier précise que « la taille minimale s’adapte naturellement à une vigne de taille moyenne et que sur une vigne vigoureuse, elle est possible en combinaison avec un enherbement choisi. Au contraire, si la vigne est peu vigoureuse, il faut envisager une irrigation en goutte à goutte en complément. »

Maîtriser les rendements en fonction des objectifs qualitatifs

« En effet, l’un des défis de la taille minimale est la maîtrise de rendements. Les souches conduites en non-taille sont sur nos parcelles plantées en 2006 très productives avec parfois des rendements énormes supérieurs à 20 tonnes par hectare si on ne recourt pas à des travaux de régulation en vert comme le rognage », souligne Bernard Genevet de la chambre d’agriculture du Gard qui conduit des essais de non-taille depuis 2008 sur syrah, sauvignon et merlot. « Dans nos essais, c’est le merlot qui répond le mieux à ce type de mode de conduite avec des rendements plus raisonnables. C’est un cépage qui mûrit bien et supporte les rendements élevés. Le sauvignon donne également satisfaction pour certains types de produits. En revanche, nos résultats sont bien plus mitigés sur syrah. Contrairement à d’autres essais, nous ne constatons pas dans nos situations de régulation « naturelle » de la production ce qui nous incite à la prudence. » Au domaine de Cazes dans l’Aude, Gilbert Cazals a observé des rendements plus élevés les premières années puis la plante se régule avec des rendements pratiquement identiques aux tailles mécaniques, même si la production est moins régulière. « Au niveau des degrés et de l’acidité, nous n’avons pas observé en 2015 de différence entre les différents types de taille (Guyot, taille minimale, taille mécanique) », poursuit-il. En pratique, le contrôle de la charge peut être obtenu par des rognages d’été et/ou par la mise en place d’un enherbement permanent. « Mais nous manquons de références pour guider au mieux les vignerons dans l’application de ces techniques », regrette Bernard Genevet.

Surveiller l’état sanitaire et adopter des réglages spécifiques

Autre point délicat lié à ce mode de conduite, l’état sanitaire de la vigne. Sous certaines conditions climatiques, la taille minimale, par une meilleure exposition des grappes peut permettre de limiter le développement des maladies. Mais, il faut être très vigilant sur la qualité de la pulvérisation compte tenu de l’architecture des vignes ainsi conduites. Par ailleurs, souligne Bernard Genevet, « on observe une grosse hétérogénéité des stades phénologiques (véraison notamment lorsque la charge est élevée) avec de plus une architecture des souches particulière nécessitant des réglages spécifiques du pulvérisateur pour atteindre la zone à traiter. À l’inverse, la taille minimale semble induire une moindre sensibilité aux maladies du bois compte tenu de l’absence de plaies de taille, un point très positif pour la pérennité des vignes ».

Enfin contrairement à l’idée reçue que des vignes non taillées et très productives soient affaiblies, Alain Carbonneau se veut très rassurant. « Les essais que nous avons conduits au domaine de La Valette montrent qu’il n’y a aucune raison de craindre une réduction de la durée de vie d’une vigne conduite en taille minimale, témoigne-t-il. Le rapport entre la surface foliaire exposée et le rendement du raisin reste suffisant, ce qui assure à la fois la bonne maturité du raisin et la bonne capacité de mise en réserve. Sans compter que l’absence de plaies de taille préserve vis-à-vis des maladies de la souche. »

Au final, la taille minimale présente de nombreux atouts mais elle est très peu développée, sans doute pour des raisons culturelles. « Dans l’esprit du vigneron, la vigne doit être taillée, et c’est sans doute pourquoi, ils préfèrent la taille mécanique lorsqu’ils veulent réduire les coûts », remarque Gilbert Cazals. Néanmoins pour Bernard Genevet, « des pistes de travail sur ce mode de conduite doivent encore être explorées, en particulier la maîtrise de la charge, l’impact sur les maladies du bois, ou des parasites en général, ou encore l’adaptation des itinéraires de vinification afin de valoriser au mieux les rendements très conséquents. »

- © Infographie Réussir

Repères

. La taille minimale consiste à ne plus tailler la vigne et à ne pratiquer que des rognages. L’architecture s’articule généralement autour d’un seul cordon situé à 1,5-1,80 m et d’un système de palissage robuste. Chaque pied peut porter jusqu’à 1500 bourgeons.
. La taille minimale n'est à ce jour pas autorisée en AOC, mais est possible en IGP sous réserve du respect du rendement, et pour les vignes sans IG.

. Principales caractéristiques d’une vigne conduite en taille minimale par rapport à une vigne taillée :

Morphologie : buisson haut libre

Rendement : très supérieur les premières années (x 2) puis stabilisation

Maturité : retardée d’une quinzaine de jours, égale à maturité

État sanitaire : à surveiller, en particulier les attaques de botrytis sous climat frais et humide si la charge n’est pas régulée

Coûts : très inférieurs dès lors que l’espalier est formé (voir tableau 2)

Pérennité : au moins équivalente compte tenu d’une moindre sensibilité aux maladies du bois

Qualité : degrés proches ou légèrement inférieurs par rapport à une taille Guyot, vins plus concentrés, fruités avec plus de couleur.

- © Domaine de Vezian

« Une récolte plus régulière et moins de maladies »

« Je pratique la taille minimale depuis 2008 et tout le domaine est conduit de cette façon. Le bénéfice évident est la réduction des coûts malgré un investissement au départ pour renforcer le palissage (doublement des piquets) et former la vigne. Il faut compter 3 à 4 ans pour amortir ces transformations. Au-delà de la réduction des coûts, ce mode de conduite m’a permis de diminuer les interventions contre les maladies en passant de 10 traitements environ à 6 par an : les raisins sont plus petits, leur peau est plus dure et les grappes sont à l’extérieur, donc exposées au soleil et au vent de notre région. Par ailleurs, si la maturité est décalée de 15 jours environ, j’ai gagné en concentration et en couleur ainsi qu’en régularité des rendements malgré une forte augmentation de la productivité les premières années. Au chapitre des inconvénients, je citerai la nécessaire irrigation et parfois la difficulté à décrocher les raisins lors des vendanges mécaniques. Enfin, l’absence de taille limite le développement des maladies du bois et au final préserve l’avenir de mes vignes ! »

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