Réussir vigne 13 janvier 2014 à 08h00 | Par Marion Ivaldi

Succès pour Vino Bravo

Organisée à l’initiative de Vin et Société et de l’hebdomadaire Le Point, la conférence Vino Bravo a réuni, le 30 novembre, une palette d’intervenants de tous horizons (gestionnaire de foncier, sociologue, historien, médecin…) autour d’une question centrale : Raisins et raisons font-ils bon ménage ?

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Devant un parterre prestigieux - avec notamment Alain Juppé, maire de Bordeaux - au micro, Pierre Arditi : “ Quand je bois du vin, je bois d’abord l’humanité ”.
Devant un parterre prestigieux - avec notamment Alain Juppé, maire de Bordeaux - au micro, Pierre Arditi : “ Quand je bois du vin, je bois d’abord l’humanité ”. - © M. Ivaldi

C’est vrai, la salle du Palais de la Bourse de Bordeaux n’était qu’au trois quart pleine ; c’est vrai, il y avait sans doute davantage d’auditeurs issus de la filière que de simples citoyens. Mais, avec 400 participants, la conférence Vino Bravo, qui s’est déroulée le 30 novembre dernier, peut être qualifiée de succès et ce sous plusieurs aspects : à commencer par celui médiatique. Une quarantaine de journalistes et blogueurs ont assisté à l’évènement. Une forte activité sur le réseau social Twitter a notamment été observée avec 370 personnes qui ont envoyé des tweets. Et “ nous avons enregistré de nombreux commentaires et retombées dans les régions viticoles grâce aux professionnels qui ont fait rayonner l’évènement ”, se satisfait Joël Forgeau, président de Vin et Société. Il est aussi rare qu’un média national s’affiche avec le vin. Ceci est l'initiative du journaliste du Point Jacques Dupont, auteur d’Invignez-vous, et convaincu par le combat à mener pour défendre le vin dans la société. Son directeur de publication, Etienne Gernelle, a ouvert la conférence, preuve que l’engagement du Point n’est pas le fait d’un seul homme mais bien la volonté de l’entreprise médiatique.
Vino Bravo, c’était aussi du “ people ” avec la participation durant toute la manifestation de Pierre Arditi qui a rendu un vibrant hommage au vin. “ Quand je bois du vin, je bois d’abord l’humanité. Le vin est un titilleur d’imaginaire. Le vin est une boisson de partage, qui sert à étreindre le monde ”, a déclaré le comédien qui a déploré la tendance sociétale à la déresponsabilisation. Le témoignage de l’escrimeur Brice Guyart, double champion olympique, a montré que l’on pouvait être un sportif de haut niveau et aimer le vin, en racontant comment, autour d’un verre à la veille d’une compétition, l’équipe de France s’était soudée. “ La magie du vin nous a permis d’être dans le présent et l’instant ”, a-t-il expliqué. Philippe Meyer, journaliste et chroniqueur à France Culture et France Inter, a insisté sur le danger à se justifier sur ses modes de consommation qui faisait le jeu d’un certain discours.

Agnès Buzyn,  présidente de l’INCa (Institut national du cancer).
Agnès Buzyn, présidente de l’INCa (Institut national du cancer). - © M. Ivaldi

Modérée ou éthique ?


Vino Bravo a permis aux auditeurs de se plonger dans les diverses facettes que représentent le vin. Le sociologue Michel Maffesoli a notamment invité la salle à se questionner sur l’utilisation du mot “ modération ”, lui préférant “ éthique ”. “ Je crois davantage à l’éthique. Le mot vient d’ethos, qui signifie ciment. Il ne faut plus penser la république comme une et indivisible mais plutôt comme la somme de choses différentes. Le propre de l’éthique est l’ajustement des différences. ” Cette interpellation sur la sémantique fait l’objet d’une réflexion au sein de Vin et Société. “ Nous nous questionnons sur le terme de modération, faut-il lui préférer éthique, plaisir ? ”, s’interroge Joël Forgeau. Michel Maffesoli a également insisté sur le rôle bienfaiteur du vin pour l’équilibre sociétal. “ La rationalité est une des spécificité de notre espèce animale. Quand on dit raison, on pense au rationalisme. On voit bien qu’à partir de la fin du 19e siècle, on aboutit au désenchantement du monde. Ce rationalisme est morbide. Comment va-t-on s’ajuster ? Par un éloge de la raison sensible. La rationalité doit être compensée avec les sens : c’est la vielle sagesse des Grecs qui pondèrent ainsi la raison. Cette grande modernité a nié l’animalité propre à l’humanité. En niant l’animalité, on aboutit à la bestialité. Il faut reconnaître l’animalité et la ritualiser. ” Et cela passe notamment par le boire ensemble.
Autre temps fort de la journée : la table ronde réunissant quatre représentants du corps médical autour des enjeux de santé publique sur l’alcool et le vin, une table ronde qui n’a pas été aisée à organiser… “ Je suis plutôt satisfait des débats qui ont montré que le milieu médical peut confronter ses avis et les partager ”, commente Joël Forgeau, qui appelle de ses vœux que les discussions autour du Plan Cancer soient aussi bien dosées et mesurées que celles tenues lors de cette table ronde. Au cours de celle-ci, la présidente de l’INCa (Institut national du cancer), Agnès Buzyn, a affirmé que le risque de développer un cancer augmente dès le premier verre. Elle a également laisser sous-entendre que le Plan Cancer pourrait contenir des mesures fiscales à l’encontre des boissons alcooliques. Elle a enfin indiqué : “ Je ne suis pas là pour dire “ arrêtons de boire ”. D’ailleurs c’est souvent le thème des pamphlets que je lis par ci, par là. Non, personne en France ne souhaite dire “ arrêtons de boire ”. Des propos à nuancer, indique l’association l’Honneur du Vin, puisque Agnès Buzin déclarait sur France Info, le 7 février 2013 : “ je dis à tout le monde, arrêtez de boire ”…


Les différentes interventions peuvent s’écouter sur www.vinetsociete.fr

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