Réussir vigne 23 avril 2007 à 17h19 | Par Claudine Gérard

Réforme de l´OCM - Et si les plantations étaient libéralisées.

La libéralisation des plantations pourrait devenir la règle en Europe en 2013. Une menace prise au sérieux par les professionnels français.

Abonnez-vous Réagir Imprimer

Alors que le 4 juillet, date à laquelle la commissaire européenne à l´agriculture, Mariann Fischer Boel fera ses propositions officielles de réforme de l´organisation commune de marché vitivinicole, arrive à grands pas, l´inquiétude grandit dans les rangs de la filière française. Se profilerait en effet ce qui est considéré comme une menace à savoir la libéralisation des droits de plantation pour toutes les catégories de vin y compris les AOC en 2013. Autrement dit : n´importe qui pourrait planter n´importe où pour ce qui est des vins de table et pour les AOC, il n´y aurait plus besoin d´autorisation de plantation du moment que cette plantation est effectuée dans l´aire délimitée de l´AOC. La seule restriction étant le respect du cahier des charges de l´appellation pour pouvoir bénéficier de cette mention. Parmi les quatre scénarios possibles de réforme qu´avait présenté en juin 2006 la commission européenne, du plus conservateur au plus libéral, le scénario le plus médian est sans doute celui qui tient la corde, estime-t-on à Viniflhor.
On libéralise les plantations et le marché fera le reste...
Et l´histoire se déroulerait ainsi : pendant la phase d´apurement du marché qui se ferait par l´arrachage, le contrôle des plantations resterait effectif, puis on libéralise ces plantations et le marché fait le reste. " La commission européenne fait preuve en la matière d´un dogmatisme libéral considérant que c´est parce qu´on ne laisse pas faire le marché que la filière connaît des problèmes ", indique Jean-Louis Piton, vice-président de la CCVF (Confédération des coopératives vinicoles de France) et président du groupe de travail vins au Copa-Cogeca à Bruxelles. " Nous sommes très inquiets de cette idée de libéraliser totalement le secteur et de cette suppression des droits de plantation pour tous les vins ", estime Philippe de Guénin, qui prononçait ses mots à la veille de quitter ses fonctions de directeur de Viniflhor.
" Les droits de plantation ont été à la source d´une valeur ajoutée très significative pour le vignoble. Certes, il y a peut-être eu des échecs mais tout ne doit pas être remis en cause. " Pour la Cnaoc, le danger est réel. " Prenons l´exemple de Bordeaux. L´aire délimitée de son AOC s´étend sur 220 000 ha. La superficie plantée est actuellement de 127 000 hectares. Si seulement 30 000 hectares supplémentaires sont plantés et revendiquent l´appellation, on ne peut que s´attendre à une surproduction, un effondrement des cours, moins d´efforts qualitatifs, des niveaux de contraintes abaissés et au final un nivellement par le bas. Dans tous les États membres de l´Union européenne, le développement de la filière des vins de qualité a été maîtrisé par l´encadrement des plantations. Nous voulons prouver à la commission européenne que la bonne réputation des vins AOC dépend de la bonne gestion des organismes de la filière ce qui passe par l´encadrement des plantations. "
La disparition des droits de plantation pourrait poser des problèmes d´articulation entre les VQPRD associés au terroir et les autres catégories de vin. " ©P. Cronenberger

" C´est de la bombe atomique "
Les VIF (Vignerons indépendants de France) redoutent également cette perspective de libéralisation surtout pour les AOC qui ont une aire délimitée beaucoup plus étendue que l´aire effectivement plantée. : " c´est de la bombe atomique ". Dans leur étude critique sur les propositions de réforme de l´OCM vin, Étienne Montaigne et Alfredo Coelho de l´Agrosup de Montpellier, ont analysé les conséquences de cette décision : " La disparition des droits de plantation favoriserait la délocalisation des vignobles, le développement de grands firmes aptes à la mobilisation de capitaux, l´apparition rapide d´excédents et poserait des problèmes d´articulation entre les VQPRD associés au terroir et les autres catégories de vin. " Sans oublier les conséquences sur l´aménagement du territoire et le tissu économique et social rural. Et Jean-Louis Piton, avouant pourtant qu´il a du mal à imaginer toutes les conséquences d´une telle dérégulation du droit à produire, complète ce tableau déjà bien noir : " si réchauffement climatique il y a, faut-il aussi s´attendre à une migration du vignoble ainsi facilitée vers des zones plus fertiles ? ". Reste maintenant à voir comment la filière peut s´opposer à cette " vraie menace ".
La Cnaoc a entamé des discussions avec les autres États membres producteurs pour obtenir un front commun d´opposition à cette proposition de la Commission et va envoyer à cette dernière un document visant à lui prouver que son analyse est erronée et dangereuse. Les VIF estiment pour leur part qu´il vaudrait mieux faire une proposition alternative soit refuser toute libéralisation sur le secteur des vins à indication géographique et en contrepartie, accepter une libéralisation sur le secteur des vins de table. Jean-Louis Piton se demande s´il sera possible d´infléchir la position de la commission et s´il ne vaudrait pas mieux rejeter en bloc le projet. Ce qui suppose de trouver une majorité de professionnels en Europe contre celui-ci. " Ce qui a été possible en 1993 et avait abouti au maintien jusqu´en 1999 de la précédente OCM ", rappelle-t-il. Mais si rejet il y a, existera-t-il encore la possibilité que le secteur du vin bénéficie d´une OCM spécifique et celui-ci ne sera-t-il pas appelé à se fondre dans la PAC (Politique agricole commune, le découplage des aides (soit une aide directe au producteur) devenant la règle ? Le choix risque d´être cornélien.

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Réussir vigne se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

Les ARTICLES LES PLUS...

Voir tous

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 20 unes régionales aujourd'hui