Réussir vigne 15 février 2002 à 09h22 | Par Catherine Bioteau

Ras le bol des goûts de bouchon ! - Alternative au liège, synthétique bouchon d´avenir ?

Alternative au bouchon en liège, le synthétique intéresse mais ne résout pas tous les problèmes de bouchage.

Abonnez-vous Réagir Imprimer

Sur les 15 milliards de bouteilles bouchées annuellement dans le monde, 1 milliard le sont avec des bouchons synthétiques. Et la tendance est plus qu´à la hausse. En France, les synthétiques bouchent près de 300 millions de bouteilles (sur 3,5 milliards), en grande majorité destinées à l´exportation, notamment vers la Grande Bretagne. « Mais, note Nicolas Maistret, gérant de Packservices (bouchon Integra), les vignerons français commencent à les utiliser pour la vente aux particuliers et à communiquer sur leur intérêt. C´est un début. » Les synthétiques font même une timide apparition dans les grandes surfaces françaises.
A base de résines polymères, ces bouchons ne transmettent pas de goût de bouchon, ne s´émiettent pas, ne forment pas de poussière et sont souvent étanches, autorisant le stockage des bouteilles debout. Par contre, ils conviennent d´abord aux vins conservés moins de deux ou trois ans. « Les synthétiques sont une bonne alternative aux colmatés bas de gamme, aux composites et aux agglos. Il ne faut pas les comparer aux bouchons liège naturel de qualité pour le bouchage des vins de garde », prévient Nicolas Maistret.
Toutes ces qualités en font-elles un bouchon miracle ? « Non, met en garde Pascal Chatonnet du laboratoire bordelais Excell, il ne faudrait pas que la question des TCA élude les autres performances des bouchons liège », à savoir notamment les risques d´oxydation, « un défaut aussi critique que le problème du TCA mais certainement beaucoup plus fréquent. Les alternatives synthétiques provoquent une évolution plus rapide des vins. » Leur extraction est parfois plus difficile. Attention, prévient également Bénédicte Nicolini de l´Institut coopératif du vin, « il y a une très grande hétérogénéité d´une marque de synthétique à l´autre. Les qualités ne sont pas les mêmes. »
©DR

Les synthétiques évoluent et devraient s´améliorer à l´avenir. Mais ils resteront des bouchons « plastique » , à une époque où le naturel est de mise. Qu´en pensera le consommateur ? « Il est profondément attaché au liège », répondent les bouchonniers, sondages et enquêtes à l´appui. « Il suivra, s´il est sûr de ne plus avoir de mauvais goûts », assurent certains vignerons. Les plus confiants comptent même sur l´attrait des synthétiques colorés pour séduire une clientèle plus jeune.

Coût de revient
De plus en plus de fournisseurs proposent des synthétiques. Les prix varient, de moins de 0,05 euros à plus de 0,14 . Parmi les leaders : Nomacork et Supremecork aux USA, ASA (bouchon Integra) en Australie, Novembal (bouchon Tage) en Europe. En France, la société Gültig vient de lancer Vision, un bouchon en polyéthylène.
Dominique Ricome, Château de Valcombe, Costières de Nîmes
« On fonce sur le plastique sans être sûr que ce soit la solution »
« C´est l´exigence de nos clients qui nous a fait passer au bouchon plastique. Les acheteurs anglais, et parmi eux des cavistes de qualité, ne veulent plus prendre de risque avec les goûts de bouchon». Depuis deux ans, Dominique Ricome bouche 10 % de ses bouteilles avec un synthétique (Supreme Cork), ce qui ne le satisfait pas totalement.
« Le plastique pose des problèmes d´esthétisme par rapport au liège, on n´a pas l´habitude. Et puis, toutes les boucheuses ne sont pas adaptées à ces bouchons, souvent plus durs que le liège.» Le vigneron avoue regretter le liège « un produit naturel noble alors qu´on ne sait pas ce qu´il y a dans le plastique » et n´exclue pas que d´ici deux à trois ans, on découvre d´autres mauvais goûts liés au plastique. « Mais tant que les bouchonniers n´arriveront pas à régler les problèmes de goûts de bouchon, nous n´aurons aucun argument à opposer à nos clients. En attendant, on est partagé entre la dégradation lente de la qualité du liège et le manque de garantie qu´offre le plastique.»
Le Préserveur arrive sur vins tranquilles
Le Préserveur, bouchon alliant liège et silicone, est présenté comme une alternative efficace aux goûts de bouchon.
Voila maintenant près de deux ans que la société Cortex a lancé son Préserveur : un bouchon en liège affublé d´un joint en silicone. Toute l´astuce de ce nouveau bouchon est d´être, selon Cortex, imperméable aux grosses molécules, comme les TCA ou TCP, tout en laissant passer les plus petites, dont l´oxygène. Soit un bouchon "barrière" qui éviterait en plus les problèmes de voltigeurs, de gerbage et autres bouteilles couleuses. Le Préserveur, développé dans un premier temps pour le bouchage des effervescents, s´est vendu à près de 4 millions d´exemplaires en Champagne en 2001. « C´est pour l´instant le seul bouchon qui ait fait ses preuves contre le goût de bouchon en conditions expérimentales », estime Isabelle Tribaut-Sohier du CIVC. 2002 pourrait être l´année de son lancement sur vins tranquilles. « 1 million de bouchons ont déjà été commercialisés, essentiellement pour des essais. 500 000 seront livrés en janvier 2002 », annonce Jean Courant, de la société Préteux Bourgeois. L´utilisation de ce bouchon nécessite cependant une adaptation des chaînes d´embouteillage et notamment le rajout d´un boîtier orienteur pour présenter le bouchon dans le bon sens dans la boucheuse. Un orienteur optique est commercialisé depuis peu pour 2744 euros.
Pour l´instant l´opercule en silicone s´adapte essentiellement sur des bouchons en liège naturels haut et moyen de gamme. Cortex annonce déjà la mise au point d´un agglo spécial operculé : le AL40. A terme, un « Etancheur » pourrait également suivre le Préserveur, pour une meilleure conservation des arômes fruités et floraux des primeurs. Les résultats des premiers bouchages à grande échelle sont attendus avec impatience.
Yannick Collet, directeur chez Union Champagne à Avize « Aucun retour négatif »
L´Union Champagne teste le Préserveur au niveau pré-industriel depuis 1 an et demi, «sans problème», selon son directeur Yannick Collet. Cette année, le Préserveur a bouché plusieurs centaines de milliers de bouteilles, soit 20% de la production. « Pour l´instant, nous n´avons eu aucun retour négatif et, globalement, peu de commentaires de la part des clients. Début 2001, nous avons même mené une mini-enquête sur un marché test de 10 000 bouteilles bouchées avec le Préserveur. Les résultats étaient positifs. Il faut dire que dans 99% des cas, les consommateurs ne se rendent pas compte que le bouchon est différent, si on ne les prévient pas.»

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Réussir vigne se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

Les ARTICLES LES PLUS...

Voir tous

Voir tous

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 20 unes régionales aujourd'hui