Réussir vigne 19 juin 2017 à 08h00 | Par Xavier Delbecque

Quel avenir pour les variétés résistantes ?

Si la plupart des responsables viticoles réclament l’autorisation de variétés résistantes, une frange de la production reste à convaincre. Ces hybrides sont-ils une solution d’avenir ? Cela fait controverse.

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De nombreux plants résistants n'attendent que le feu vert de l'administration pour être plantés. Pour une partie des viticulteurs cependant, ils ne représentent pas une véritable solution d'avenir.
De nombreux plants résistants n'attendent que le feu vert de l'administration pour être plantés. Pour une partie des viticulteurs cependant, ils ne représentent pas une véritable solution d'avenir. - © Clara de Nadaillac

Depuis quelque temps, et à la faveur de la forte pression sociétale sur les phytos, les variétés résistantes sont présentées par beaucoup comme une solution providentielle. Pourtant, la section vigne du Comité technique permanent de la sélection (CTPS) continue de traîner des pieds face aux demandes pressantes de la profession. Tout comme au ministère, où le dossier semble s’enliser alors même que Stéphane Le Foll disait avoir pris les choses en main (voir encadré). Dans les vignobles également, ce type d’innovation variétale ne fait pas forcément consensus, et donne le sentiment d’une certaine tiédeur pour toute une partie de la profession. « Les viticulteurs ont l’air intéressés lors des colloques techniques, illustre Virginie Grondain, technicienne matériel végétal à l’IFV Val de Loire-Centre, mais ensuite ils n’abordent plus le sujet. Ce n’est pas une demande récurrente de leur part. » Sur le terrain, les avis sont effectivement partagés. Pour certains, l’attente est effective : « Je regarde avec attention ce qu’il se fait et je déguste régulièrement les résultats d’expérimentations. On commence à voir de jolies choses, confie ainsi un vigneron de Bandol. C’est une solution intéressante. » Pour d’autres, le scepticisme prime : « Il y a une quarantaine d’années, on nous a fait planter des hybrides à tout va, soi-disant parce que c’était la panacée. Puis il a fallu les arracher rapidement, témoigne un vigneron ardéchois. Je ne suis pas particulièrement chaud pour retenter l’expérience. » Il faut dire que les incertitudes qui pèsent sur ces hybrides d’un nouveau genre sont nombreuses. À commencer par la durabilité des résistances aux maladies cryptogamiques, l’un des problèmes mis en avant par le CTPS. Car l’Inra publiait en mai dernier une étude sur l’adaptation des populations de mildiou aux variétés regent, prior et bronner. Sur ces résistants de première génération, qui sont aujourd’hui demandés au classement définitif, l’efficacité de la résistance chutait jusqu’à 26 % au bout de cinq ans. Certes, ces résistances sont monogéniques, et les cépages de demain nous promettent une résistance renforcée grâce à plusieurs gènes. Mais s’il suffit d’une génération humaine pour contourner un gène, on est en droit de se demander ce qu’il en sera à long terme pour deux, ou même trois gènes ?

Un autre problème pointé par les détracteurs de ces nouvelles variétés : celui de la gestion des maladies secondaires. Car des sensibilités au black-rot sont déjà apparues sur les plants de stations expérimentales. Pour les chercheurs, les croisements à venir devraient toutefois permettre de régler le problème de cette maladie.

Un seul gène de résistance majeur par maladie

D’ailleurs, à l’Inra comme à l’IFV, on est convaincus du potentiel des variétés résistantes. Mais pas dans n’importe quelles conditions. « Une mise à disposition libéralisée du matériel végétal augmenterait le risque d’un contournement rapide, alerte Christian Huyghe, directeur scientifique de l’Inra. Nous ne voulons pas empêcher de tourner en rond, mais nous avons une responsabilité vis-à-vis de ce patrimoine génétique qui est un bien commun à protéger. En cas de contournement, la résistance est perdue à jamais. » D’autant plus que la vigne est une espèce qui ne possède que peu de gènes pour lutter contre le mildiou et l’oïdium : un seul gène majeur par maladie, et quelques mineurs. Pour les deux instituts, les variétés résistantes représentent une voie d’avenir prometteuse, à condition de se baser sur des Resdur (plants avec deux voire trois gènes de résistance), d’observer méticuleusement l’évolution des populations de pathogènes (d’où la création du réseau de surveillance Oscar) et de reprendre les traitements dès l’apparition d’un risque de mutation.

Mais au-delà des aspects techniques, certains s’interrogent sur les risques commerciaux que comporte le développement des variétés résistantes. Car les plantations aujourd’hui se font majoritairement à la demande du marché. Et force est de constater que les grands cépages internationaux (chardonnay, merlot, pinot noir, syrah…) sont toujours les plus plébiscités, notamment en IGP. Il faudra donc un investissement commercial important pour sensibiliser le consommateur à ce type de produit. Une problématique qui devrait être moindre pour les AOC, mais qui soulève la question de leur typicité…

Voir plus clair

Debut février, Stéphane Le Foll nous confiait avoir autorise deux variétés, et s’apprêtait à donner son feu vert pour sept autres. Renseignements pris, le ministre devait classer définitivement monarch, muscaris, souvignier et prior.

De même, quatre variétés Inra (IJ58, IJ134, Col-2011G et Col-2007G) devraient accéder au classement temporaire.
En revanche, cabernet jura a éte retoqueen raison de sa denomination et, al’avenir, toutes les variétes reprenant le nom d’une denomination seront rejetées de la même manière. Quant aux divers cabernets et pinots (cabernet blanc, cabernet cortis, cabernet eidos, cabernet volos, merlot kanthus, merlot khorus), ils devaient être refusés, avec une demande de vérification de liation avec le cépage mentionneou de changement de dénomination. L’avenir de trois variétés était également en suspens : eurtai, julius et soreli. Les deux premières pouvaient accéder aun classement temporaire, la dernière aun définitif.

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