Réussir vigne 10 juillet 2014 à 08h00 | Par Marion Ivaldi

Prôner la modération lors de l’exercice de vente

Dominique Fenouil est le président fondateur du Repaire de Bacchus, un réseau de cavistes franciliens. Il est à l’origine du “ Guide de la consommation du vin et des alcools ” publié par le Syndicat des cavistes professionnels cette année.

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Dominique Fenouil, président fondateur du Repaire de Bacchus. “ Lorsqu’on boit du vin, il faut boire de l’eau. Il ne doit pas y avoir une table sans pichet et verre d’eau ! ”
Dominique Fenouil, président fondateur du Repaire de Bacchus. “ Lorsqu’on boit du vin, il faut boire de l’eau. Il ne doit pas y avoir une table sans pichet et verre d’eau ! ” - © M. Ivaldi

N ’y a-t-il pas une certaine antinomie à vendre du vin et prôner la modération ? Les deux sont-ils conciliables ? A cette dernière question, le volubile et charismatique patron du Repaire de Bacchus, Dominique Fenouil, répond un grand “ oui ” franc. Pour lui, il n’y a pas de doute, son métier n’est pas de vendre de l’alcool, “ mais une culture, un univers de gastronomie ”. Ce principe posé, l’art du commerce en découle. “ Mes vendeurs ont pour consigne de demander le budget et le nombre de personnes qui participeront au repas. Pour trois personnes, c’est deux bouteilles pas plus. On compense le volume par la qualité et on oriente vers des beaux produits. Il vaut mieux se faire plaisir avec moins. ”


Boire de l’eau


Mais la modération ne s’arrête pas à l’acte d’achat. Dominique Fenouil souhaite transmettre un savoir être et un savoir boire. “ D’abord, il faut bannir la voiture. ” Dominique Fenouil désire aussi que ses clients, mais également tous les amoureux de la Dive, se mettent à… l’eau. “ C’est un verre de vin pour un verre d’eau ”, martèle-t-il. Cela permet évidemment de réduire sa consommation d’alcool et “ de mieux apprécier le second verre après le verre d’eau ”. Pour mieux répartir la consommation d’alcool dans la soirée, Dominique Fenouil recommande aussi de se méfier des mets salés présentés à l’apéritif. “ Avec des cacahuètes ou autres biscuits salés, les convives vont avoir tendance à boire deux flûtes au lieu d’une ”, explique Dominique Fenouil, qui conseille de boire lentement, en prenant le temps pour profiter du plaisir. L’homme veut également donner des repères de consommation à ses clients. “ L’inégalité entre les femmes et les hommes est méconnue ”, remarque-t-il. La limite légale pour conduire une automobile est dépassée dès le deuxième verre pour les femmes de moins de 60 kg, les hommes de moins de 80 kilos la dépassant au troisième verre. “ Autre clé de la consommation très peu connue du public : le jour d’abstinence ”, poursuit Dominique Fenouil. Lui conseille de choisir le lundi, au lendemain des week-ends propices aux moments conviviaux et amicaux.
Au pays du vin, tous ces petits trucs ne devraient-ils pas être connus et pratiqués par tous ? N’y a-t-il pas un défaut d’éducation à l’art de boire ? “ Si bien sûr mais ce n’est pas à l’éducation nationale de prendre le relais comme on l’entend parfois. Ce serait un dérapage ”, lâche-t-il. Boire du vin est pour lui un choix de vie. Il incombe aux parents d’accompagner leurs enfants dans cette découverte. “ Le vin a quelque chose d’initiatique, c’est un problème personnel qui ne doit pas être l’affaire de l’école ”, ajoute-t-il.

Guide de la modération
distribué par le Syndicat des cavistes professionnels.
Guide de la modération distribué par le Syndicat des cavistes professionnels. - © DR

Ne pas hésiter à parler modération


Depuis qu’il distribue son Guide de la consommation du vin et des alcools (15 000 dépliants distribués au Repaire de Bacchus et dans les enseignes adhérentes du Syndicat des cavistes professionnels) a-t-il constaté une modification du comportement de sa clientèle ? “ Notre chiffre d’affaires n’a pas baissé d’un centime ”, affirme-t-il. Ses clients se montrent en revanche très intéressés par les informations dispensées. Ils sont une très large majorité à les découvrir pour la première fois. Aussi, aux vignerons qui commercialisent leurs vins, il souhaite transmettre un message. “ N’ayez pas peur de parler de modération avec vos clients ! Ce n’est pas parce qu’un vigneron conseille de boire modérément qu’il vendra moins. ” Cet avis, cependant, n’est pas partagé par tous les cavistes. L’initiative de Dominique Fenouil a reçu l’opposition de certains professionnels, fait qu’a pu constater Réussir Vigne. Contacté par téléphone, un caviste du quatorzième arrondissement indique : “ parler modération, cela ne fait pas partie de notre métier. À mon avis, vous ne trouverez pas un caviste parisien qui en parle avec ses clients ”. Et bien si, on l’a trouvé !

Voir aussi article " Halte au double discours ".

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