Réussir vigne 07 mai 2015 à 08h00 | Par Ludovic Vimond

Préparer ses sols de plantation

Travail du sol. La plantation d’une vigne nécessite un travail de réflexion et d’étude du sol en amont, afin que les opérations mécaniques visant à préparer la plantation ne soient pas faites en dépit du bon sens.

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La charrue quart de tour grande profondeur permet d’enfouir plus profondément les nématodes.
La charrue quart de tour grande profondeur permet d’enfouir plus profondément les nématodes. - © Grenier Franco - Kirpy

L’implantation ou la replantation d’une vigne ne se fait pas à la légère. La nouvelle plantation est en place pour des décennies et doit être productive assez rapidement pour être rentabilisée. Il faut cependant prendre le temps de bien connaître le sol et le sous-sol de sa parcelle pour favoriser à la plantation et le bon développement de la vigne par la suite.

Prendre en compte le précédent cultural

Le précédent cultural est l’un des premiers critères à prendre en compte. Lorsque la nouvelle plantation succède à une vigne ou un verger, il est important d’observer l’état sanitaire de l’ancienne plantation. Les principaux risques sont en effet le pourridié et le court-noué. Que ce soit l’une ou l’autre de ces maladies, l’arrachage doit être soigné, en essayant de récupérer un maximum de racines. Sources de contamination, ces dernières peuvent infecter les jeunes plants et faire réapparaître la maladie des années après la plantation. Dans le cas du pourridié, une zone humide favorise le développement de ce champignon : c’est pourquoi un drainage de ces zones est conseillé pour en brider la diffusion.

Dans le cas du court-noué, une dévitalisation de la vieille vigne avec un herbicide s’avère efficace, d’autant plus lorsqu’elle est réalisée tôt (juste après la vendange) et que le temps entre la dévitalisation et l’arrachage est important. Cette dévitalisation prive de nourriture le nématode vecteur du virus du court-noué. L’IFV conseille un repos de la parcelle de sept à dix ans : durant ce repos, le viticulteur pourra mettre en place un engrais vert, pour limiter l’érosion, maîtriser les adventices, enrichir en matières organiques et restructurer en profondeur. Le choix de l’engrais vert doit se faire en fonction de la nature du sol et des objectifs du viticulteur.

L’arracheuse permet d’enlever les ceps et les principales racines.
L’arracheuse permet d’enlever les ceps et les principales racines. - © Grenier Franco - Kirpy

Connaître le sol et le sous-sol

Une fois la vigne arrachée, réaliser plusieurs fosses pédologiques disséminées dans la parcelle peut être décisif dans le choix des outils pour la préparation. Certains viticulteurs s’aident de cartographies de résistivité pour positionner stratégiquement ces fosses. Ces dernières permettent de déterminer les épaisseurs de chaque horizon : l’horizon superficiel riche en matière organique, l’horizon profond plus pauvre et la roche mère. Dans le cas d’une utilisation ultérieure d’une charrue défonceuse pour préparer la plantation, le viticulteur pourra déterminer la profondeur de travail s’il ne souhaite pas perturber les horizons et conserver la matière organique en superficie. Le profil permet également de mettre en évidence des barrières physiques empêchant l’enfoncement racinaire. Selon la profondeur de ces barrières, un travail de sous-solage permettra par la suite de les casser et aux vignes de puiser plus en profondeur.

Les fosses pédologiques procurent également l’occasion de réaliser des échantillons des différents horizons pour analyse.

Le sous-solage (photo de gauche) permet de remonter certaines racines et de travailler en profondeur sans perturber les horizons. Et plusieurs passages d’outils à dents (photo de droite) permettent de remonter et ratisser les dernières racines.
Le sous-solage (photo de gauche) permet de remonter certaines racines et de travailler en profondeur sans perturber les horizons. Et plusieurs passages d’outils à dents (photo de droite) permettent de remonter et ratisser les dernières racines. - © Grenier Franco - Kirpy

Faciliter la pénétration des racines

Une bonne préparation du sol commence par un travail profond. La charrue défonceuse est l’un des outils permettant ce travail. « Attention cependant à ne pas mélanger les horizons, prévient Manuel Blondy de la chambre d’agriculture de Gironde. Il faut garder la matière organique, donc la vie microbienne en surface. Mais si l’horizon organique mesure 50 centimètres, il n’y a pas de problème à piocher à cette profondeur. »

En outre, cet outil remonte des racines qui seraient restées en profondeur. Un passage avec un outil de travail du sol à dents permet de les remonter à la surface. « Nous proposons des gros râteaux attelés sur le tracteur pour emmener les ceps et les racines en bord de parcelle », explique Cédric de Bourayne, de la société Kirpy.

Cependant, la charrue défonceuse peut constituer une semelle de labour et donc une barrière physique à l’enfoncement des racines. Réaliser le labour dans un sol relativement sec limite le lissage et par conséquent la semelle de labour. « Cela vaut pour tous les travaux du sol », poursuit Cédric de Bourayne.

À défaut de charrue défonceuse et/ou pour travailler plus en profondeur, la sous-soleuse assure une fissuration du sol sans perturber les différents horizons.

Amender les sols

À partir des analyses de sol, le viticulteur pourra sélectionner les porte-greffe et cépages adaptés. Il peut également déterminer les amendements et les quantités à apporter par hectare pour rééquilibrer le pH du sol et améliorer éventuellement la vie microbienne en apportant de la fumure organique. Contrairement à ce que l’on observe parfois sur le terrain, ces apports sont à réaliser une fois le labour effectué, pour éviter de trop enfouir en profondeur la fumure organique.

Broyer les pierres

Dans les parcelles caillouteuses, la replantation offre l’occasion d’affiner le sol à l’aide d’un broyeur de pierres, sur une profondeur pouvant atteindre 25 à 40 centimètres. Dans un premier temps, les organismes vivants du sol accusent le coup, « mais très vite, la vie reprend son cours dans une couche de sol meuble plus importante qu’auparavant », assure Cedric de Bourayne. « Une précaution à prendre dans les sols pierreux calcaires, en prêtant attention à ce que le broyage n’augmente pas trop le taux de calcaire actif et soulève des problèmes de chlorose », fait remarquer Manuel Blondy.

Affiner le sol en surface

À nu, la parcelle se prête plus facilement aux opérations de drainage. Dans les régions méditerranéennes l’autorisant, la replantation donne l’occasion de mettre en place l’irrigation souterraine par microgouttes.

Il reste ensuite à travailler le sol sur les 15 voire 20 premiers centimètres, afin de favoriser le reprise du plant. Ce travail peut être effectué par n’importe quel outil de travail du sol superficiel, à dents ou à disques, animés (fraises ou herses rotatives) ou non animés. Sur les sols limoneux, on prendra cependant soin de ne pas trop émietter le sol pour ne pas générer de croûte de battance à la première pluie venue : les outils animés sont plutôt proscrits dans ce cas de figure.

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