Réussir vigne 05 novembre 2015 à 08h00 | Par Isabelle Montigaud

Pas de solution miracle contre les maladies du bois

Pour faire face au fléau des maladies du bois, les viticulteurs ont soif de nouvelles solutions. Voici les premiers résultats d’expérimentation de cinq types de produits proposés sur le terrain. Si certains sont parfois prometteurs, la plupart sont partiels et mitigés. À suivre avec intérêt et prudence !

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Les maladies du bois, à l'instar de l'esca, ne disposent toujours pas de remède miracle.
Les maladies du bois, à l'instar de l'esca, ne disposent toujours pas de remède miracle. - © J.-C. Gutner

1 - Esquive WP, une promesse mesurée en préventif et sur jeunes vignes

Esquive WP, distribué par le groupe Bayer, est une solution de bio-contrôle, à base de Trichoderma atroviride souche 1237, autorisée contre les trois maladies du bois (esca, eutypiose et BDA). Ce produit s’applique juste après la taille (deux semaines au plus tard) et s’appuie sur la colonisation des plaies de taille par Trichoderma, qui ferme ainsi la principale porte d’entrée des champignons pathogènes. Bayer revendique un effet sur l’expression de la maladie avec une réduction de 30 % des symptômes foliaires, une augmentation de 25 % de ceps maintenus en production et un effet cumulatif sur des sites où le produit a été appliqué depuis plus de cinq ans. « Ces résultats proviennent d’essais pluriannuels sur 20 sites, explique Jean-Luc Dedieu de la société Bayer. Nous recommandons l’application d’Esquive WP plutôt en préventif sur des vignes de moins de quinze ans, en accompagnement des mesures prophylactiques propres aux maladies du bois (taille respectueuse des flux de sève, recépage, élimination des souches mortes…). » À Sancerre, François Dal, de la Sicavac, expérimente ce produit depuis 2009. « Il n’a pas d’effet curatif sur des vignes âgées, indique-t-il. En revanche les résultats sont prometteurs sur une vigne plantée en 2005-2006, qui commence à exprimer la maladie avec trois fois moins d’esca dans la partie traitée avec Esquive WP. Mais ces résultats demandent confirmation. »

En Bourgogne, la chambre d’agriculture de l’Yonne a conduit des essais entre 2009 et 2011, avec des résultats mitigés. « Les trois parcelles de moins de quinze ans présentaient une faible expression des maladies du bois (inférieure à 1,7 % par an) et aucune différence significative n’a été observée entre la modalité traitée et le témoin, observe Guillaume Morvan de la Chambre d’agriculture de l’Yonne. Malgré tout, nous poursuivons nos travaux pour analyser l’impact des trichodermas sur de très jeunes vignes. »

2 - Des engrais foliaires à action très limitée

Plusieurs engrais foliaires sont également proposés sur le terrain et revendiquent une action vis-à-vis des maladies du bois. Parmi eux la solution Ecobios Fortisève (huiles essentielles + oligo-éléments) a été testée par la chambre d’agriculture de Bourgogne en perfusion (15 ml de solution). « Entre 2009 et 2012, sur les trois essais préventifs, un seul a montré un effet du produit sur les deux premières années (moins de symptômes par rapport au témoin), mais cet effet n’est plus visible en troisième année. Les deux autres essais préventifs n’ont pas montré d’effet de la perfusion, commente Guillaume Morvan. Quant aux deux essais curatifs, aucune différence n’est notable entre les pieds perfusés et les pieds témoins. » La Sicavac teste également depuis 2006, sur plusieurs parcelles, le Vitasève, un engrais à base d’oligo-éléments avec "des vertus stimulantes et une contribution au maintien d’une bonne circulation", selon son fabricant. « Les résultats sont contradictoires : intéressants sur une parcelle et sans effet visible sur une autre », rapporte François Dal. Cet organisme s’est également intéressé à Bioaction ES (produit à base d’huiles végétales, de phosphates de calcium et de cuivre). « Nous l’expérimentons depuis 2013, poursuit-il, et sur une parcelle traitée, en deuxième année le pourcentage de ceps exprimant des symptômes a été inférieur de 2 à 3 % par rapport au témoin alors que la société revendique une efficacité de 30 % dès la deuxième année. Nous aurons réellement les résultats cette année. » La Sicavac a également testé d’autres fertilisants foliaires mais sans succès.

Des notes musicales pour enrayer l’esca, un procédé peu conventionnel, à suivre…
Des notes musicales pour enrayer l’esca, un procédé peu conventionnel, à suivre… - © Genodics

3 - ESK Protect, un effet possible sur les formes apoplectiques

Classé amendement organique, ESK Protect est une formulation à base de charbon végétal et d’argile, qui se présente sous forme de granulés à épandre au sol à la dose de 500 kg/ha tous les trois ans. La société Michaël Paetzold qui le commercialise revendique une réduction des symptômes de l’esca jusqu’à 40 % et une forte réduction des formes apoplectiques (50 à 60 %). Testé en Charente Maritime par le FDCETA sur plusieurs sites, cet amendement n’a pas apporté, pour le moment, de bénéfice significatif. « Nous allons reconduire les essais pendant deux ans », précise néanmoins Christophe Terrier. À la Sicavac, les expérimentations conduites par François Dal sont mitigées. « En 2013, les ceps traités avec cet amendement ont légèrement moins exprimé de symptômes que les témoins, mais en 2014, nous n’avons pas observé d’effet positif », témoigne-t-il. Des vignerons interrogés l’an passé (voir Réussir Vigne n° 211, p. 28) soulignaient quant à eux l’intérêt de cet amendement sur les formes apoplectiques de l’esca.

4 - Génodics, peu de résultats concluants

Un autre procédé moins conventionnel consiste à diffuser au voisinage de la plante des suites de fréquences sonores d’une durée de quelques minutes, une ou deux fois par jour, qui vont favoriser ou inhiber la synthèse de protéines avec un effet sur l’esca. Ce procédé génodique développé par la société Génodics est aujourd’hui installé chez 70 vignerons pour une surface totale de 300 hectares. La société revendique une réduction de la mortalité des vignes entre 50 et 95 % par rapport à la pression de l’année sur 70 % des parcelles équipées avec leur procédé. Testé pendant deux années chez deux viticulteurs chablisiens par la chambre d’agriculture de l’Yonne, ce procédé génodique n’a pas montré, après un ou deux ans de fonctionnement, de bénéfice par rapport au témoin. « Nous allons poursuivre nos essais au plus près de la source sonore », commente Guillaume Morvan. Dans le vignoble de Sancerre, François Dal n’a pas constaté non plus de résultats significatifs sur plusieurs parcelles d’essais.

5 - La protection des plaies difficile à mettre en œuvre

Enfin, la protection des plaies de taille peut être envisagée avec un produit comme le Phytopast V, qui est une émulsion de résines de synthèse et d’huiles végétales. Malgré les bénéfices attendus de ce produit, les professionnels restent réservés vis-à-vis d’une solution trop compliquée selon eux à mettre en œuvre sur le terrain (application au pinceau dans les 24 heures qui suivent la taille).

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