Réussir vigne 15 novembre 2004 à 17h36 | Par Catherine Bioteau

Onologie/Filtration - Haro sur les filtres kieselguhr classiques

Parmi les filtres à alluvionnage, le filtre kieselguhr à débatissage hydraulique serait le plus générateur d´effluents polluants. Le filtre tangentiel, pourtant plus récent, ne brille pas non plus par son côté écologique.

Abonnez-vous Réagir Imprimer

Si toutes les techniques de filtration n´ont pas le même impact sur la qualité des vins, elles ne génèrent pas non plus la même pollution. Depuis l´an dernier, 2 études sont menées en France, l´une par l´ITV, l´autre par la Chambre d´agriculture de Gironde, pour évaluer l´effet environnemental du lavage des filtres à alluvionnage et des filtres tangentiels. Les résultats sont très variables selon le vin filtré, mais globalement, on peut avancer que le classique filtre à alluvionnage continu à débatissage hydraulique n´est pas le plus écologique, loin de là. « Sur ce type de filtre, les terres de filtration sont obligatoirement évacuées avec les eaux de lavage. La pollution rejetée est alors très importante car tous les éléments éliminés du vin se retrouvent dans les effluents. On observe couramment des valeurs de plus de 200 g de DCO*/hl de vin filtré, pour des vins nouveaux passés sur des filtres de 4 à 5 m2, observe Alain Desenne de la Chambre d´agriculture de Gironde. Sans compter que la présence de terres dans les effluents peut obstruer les canalisations et entraîner la détérioration du matériel de traitement des effluents. »
Les essais ITV chiffrent la pollution moyenne de ces filtres à plus de 100 g de DCO par hectolitre de vin filtré.
©Cronenberger


Le tangentiel polluant et gourmand en eau
Par contre, le débatissage à sec qui équipe certains filtres à alluvionnage continu diminue nettement cette pollution des eaux. Il permet une évacuation des terres de filtration à la pelle par vibration ou rotation des plateaux, avant le lavage à l´eau. Ainsi la pollution contenue dans les terres peut être traitée séparément de celle des eaux de lavage, qui ressortent de ce fait moins concentrées. « Un vin rouge jeune sur un filtre à débatissage à sec de 5 m2 ne génère plus que 4,6 g de DCO par hl de vin filtré », poursuit Alain Desenne. La moyenne se situant à 3,6 g/hl de DCO selon les essais ITV.
Autre filtre écologiquement intéressant : le filtre presse, alluvionné avec des diatomées ou des perlites. Son lavage n´est pas simple, mais il permet de récupérer à sec la quasi-totalité des terres, générant une DCO moyenne de 7,3 g par hl de vin filtré, selon l´ITV. « On peut filtrer des volumes importants à la suite sans avoir à laver le filtre, ce qui diminue énormément la charge polluante. Mais sur des vins de presse très chargés, filtrés après malo, la DCO peut monter à 400 g/hl », nuance Alain Desenne. Selon l´ITV, le filtre presse serait plus gourmand en eau que le kieselguhr.

Quant au filtre tangentiel, s´il offre l´avantage de ne pas générer d´adjuvant de filtration, il engendre néanmoins une pollution conséquente. Les éléments polluants sont en partie évacués lors du lavage des membranes et en partie concentrés dans un rétentat. La DCO moyenne après filtration tangentielle est de plus de 110 g/hl de vin filtré, selon les mesures ITV. Pour des vins rouges jeunes, elle est de l´ordre de 100 g, mais peut atteindre 800 g pour des liquoreux, nécessitant de nombreux rinçages intermédiaires, précise la Chambre. Les rétentats les plus polluants sont cependant valorisables en distillerie. La filtration tangentielle est également la plus consommatrice d´eau : plus de 9 litres par hl de vin filtré. Mais cette moyenne prend en compte des liquoreux très difficiles à filtrer.
A noter que tous les chiffres avancés ne tiennent pas compte de la différence de qualité de filtration obtenue en fonction du filtre utilisé.
L´étude ITV se poursuit mais la balle est d´ores et déjà dans le camp des constructeurs. « La contrainte environnementale s´intègre progressivement dans les préoccupations des vinificateurs. Il paraît souhaitable que les constructeurs en tiennent compte et fournissent des informations pertinentes sur ce point », estime Joël Rochard d´ITV France.
Le tangentiel consomme beaucoup d´eau et d´énergie. ©C. A. de la Gironde

Le filtre écologique ou à débatissage à sec permet d´évacuer les terres de filtration avant lavage. ©C. A. de Gironde

* La DCO, ou demande chimique en oxygène, qui mesure la quantité d´oxygène nécessaire à la dégradation des matières organiques et minérales contenues dans l´eau, est l´un des paramètres les plus représentatifs de la pollution des effluents.

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Réussir vigne se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

Machinisme agricole

Question du mois

Travailler sans soufre : évidence ou additif incontournable ?

Répondez à la question

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 20 unes régionales aujourd'hui