Réussir vigne 15 janvier 2016 à 08h00 | Par Xavier Delbecque

Nouvelles régions, peu de changement

L’arrivée des nouvelles régions entraîne des changements organisationnels pour la filière. Même si, dans le quotidien des viticulteurs, cela risque de passer inaperçu.

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La région  Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées devient un  mastodonte du vin, première région viticole au monde sous signe de qualité, avec près de 14 millions d’hectolitres en AOP et IGP.
La région Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées devient un mastodonte du vin, première région viticole au monde sous signe de qualité, avec près de 14 millions d’hectolitres en AOP et IGP. - © Wikipédia

La réforme territoriale va engendrer quelques bouleversements dans la filière. Certains auront, de manière indirecte, un impact sur le viticulteur, d’autres non. Pour les régions Centre, Corse, Pays de la Loire et Paca, aucun suspens, vu qu’elles restent inchangées. Pour les autres, la réforme donne naissance, dans l’ensemble, à des régions où la viticulture pèse. À commencer par Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées, nouveau mastodonte du vin. Avec près de 14 millions d’hectolitres en AOP et IGP, elle est la première région viticole au monde sous signe de qualité. Damien Alary, président sortant du conseil régional Languedoc-Roussillon, rappelait en mai dernier le poids de l’agriculture (viticulture en tête) de la nouvelle entité : 14,3 milliards d’euros de chiffre d’affaires, contre à peine huit pour l’aéronautique ou le tourisme. Un argument choc pour la filière, qui ne peut que résonner dans l’oreille des dirigeants politiques locaux.

Deux marques pour une seule région

Pas évident toutefois que la cohabitation entre ces deux bassins viticoles soit aisée. Instinctivement, les regards se tournent vers l’avenir des marques Sud de France (propriété du Languedoc-Roussillon) et Sud-Ouest France (propriété de Midi-Pyrénées et Aquitaine). « Je souhaite que Sud de France devienne la marque ombrelle de la grande région, et regroupe à ses côtés les autres marques ou dénominations », informe Damien Alary. Un avis que partage Michel Servage, président de la Confédération des vins IGP de France. Forte de ses dix ans d’ancienneté et près de dix millions d’euros d’investissements annuels, la bannière languedocienne paraît effectivement être le meilleur outil de communication. « La marque Sud de France a fait ses preuves, et c’est une opportunité pour nous, commente Jacques Poux, directeur de l’Institut régional de la qualité agroalimentaire de Midi-Pyrénées. Mais je pense qu’il faut continuer à défendre bec et ongles l’origine sud-ouest des vins, qu’ils se démarquent des deux grands bassins voisins, Bordeaux et Languedoc. Il nous faudra trouver un consensus." À l’heure des coupes budgétaires, pas sûr que les décideurs continuent à financer à parts égales ces deux outils. Autant dire que, si la place de la viticulture dans les subventions est certaine, celle de chaque vignoble risque de donner lieu à des débats houleux. Ailleurs aussi, il y a fort à parier que les rapports de forces soient musclés. Cognac et Bordeaux, Bourgogne et Jura, Champagne et Alsace, trois nouveaux couples qui se retrouvent avec des interlocuteurs et budgets communs, alors même qu’ils ont des problématiques différentes. On imagine aisément que certains pourraient se retrouver perdants…

Les grands gagnants de cette nouvelle carte sont sans conteste les petits vignobles, issus d’anciennes régions peu viticoles, comme l’Auvergne ou la Lorraine.

Dans les nouvelles régions, la filière vin aura un poids important.
Dans les nouvelles régions, la filière vin aura un poids important. - © Source : Douanes. Infographie Réussir
Pour Dominique Granier, président de la chambre d'agriculture du Gard et de la Safer Languedoc-Roussillon, les répercussions de la réforme territoriale ne seront pas directement visibles pas les viticulteurs.
Pour Dominique Granier, président de la chambre d'agriculture du Gard et de la Safer Languedoc-Roussillon, les répercussions de la réforme territoriale ne seront pas directement visibles pas les viticulteurs. - © Chambre d'agriculture du Gard

Une formidable opportunité pour certains ODG

« Nous sommes très contents de fusionner avec Rhône-Alpes, avoue Céline Botonnat, animatrice de l’ODG Saint-Pourçain. Dans notre ancienne région, où l’élevage était le secteur agricole largement dominant, il était difficile d’obtenir des financements. » Elle voit de nombreux avantages à cette fusion. « Nous pourrons négocier de nouveaux budgets, et espérons une meilleure visibilité grâce à notre future intégration à l’Œnothèque, pôle de communication rhônalpin ». Même discours pour Jérémie Soulier, animateur des trois ODG lorrains. « Nous aurons, contrairement à avant, des responsables régionaux qui connaissent la vigne et souhaitent la défendre. Par exemple, l’œnotourisme est un axe qu’il est prévu de développer dans la nouvelle grande région. C’est pour nous, mais aussi pour les Champenois, une formidable opportunité de bénéficier du savoir-faire des Alsaciens, qui sont plus en avance. »

D’autre part, le rapprochement des régions entraîne par là même, une fusion d’autres organismes, publics ou privés. C’est le cas par exemple des chambres d’agriculture régionales. « Le but du jeu est d’optimiser leur fonctionnement, en mutualisant au maximum les moyens comme l’informatique, la comptabilité, les ressources humaines… tout le back-office en somme, explique Dominique Granier, président de la chambre d’agriculture du Gard. Mais notre travail reste le même, nous serons toujours aussi proches des agriculteurs car les chambres départementales ne changent pas. »

Une économie d’échelle qui pallie la baisse d’argent public

Pour lui, c’est aussi l’occasion de renforcer les compétences techniques, en créant des expérimentations plus larges et en partageant les connaissances. Quant au nouveau financement, « même combat !, estime-t-il. En quinze ans, notre structure est passée de 70 à 40 % d’argent public. La fusion ne perturbera pas nos comptes ». Pour les Safer régionales, l’heure est aussi au rapprochement. Là encore, le fonctionnement local ne sera pas affecté, car les agents fonciers garderont leurs secteurs. Mais les plans stratégiques devront être harmonisés, en essayant de ne léser personne. Ici aussi, la manœuvre permettra une économie d’échelle, qui devrait être du même ordre que pour les chambres d’agriculture.

Dans le privé, des initiatives voient également le jour. À l’instar des fédérations de Cuma d’Aquitaine, Limousin-Poitou-Charentes-Centre et Coop de France Limousin, qui ne font plus qu’une dans la nouvelle région. « Nous allons gagner en visibilité et en efficience, prévoit Gérard Abonneau, coordinateur en Limousin-Poitou-Charentes-Centre. L’euro investi par un viticulteur dans une Cuma rapportera plus. » Pour réaliser la rationalisation des coûts tant attendue, tous ces organismes devront toutefois s’appuyer sur une organisation rigoureuse et les nouvelles technologies. Sans quoi, les grandes distances pourraient engendrer l’effet inverse…

Des centres névralgiques qui s’éloignent

Pour ce qui est du travail quotidien des viticulteurs, il ne devrait pas être affecté par la nouvelle organisation territoriale. Certes, les services de l’État fusionnent, les directions régionales de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt (Draaf) déménagent, certains agriculteurs s’éloignent encore un peu plus des centres névralgiques. Mais ce changement ne bouscule pas les habitudes. « Je ne me rends jamais à la Draaf, témoigne un viticulteur gardois. Le fait que le siège soit désormais à Toulouse, c’est-à-dire à plus de 350 kilomètres de mon exploitation, ne me préoccupe pas plus que cela. » Les services décentrés de FranceAgriMer restent inchangés, les agents et les antennes locales seront conservés. Il est question cependant de délocaliser du siège des pôles de compétences par filières. Selon nos informations, les pôles viticulture de la Draaf pourraient être installés à Bordeaux pour la région Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes et à Montpellier pour la région Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées. Une telle délocalisation impacterait principalement les interprofessions et les ODG, qui travaillent régulièrement avec les Draaf. Et au-delà des heures de route, se posera la question de la représentativité, car dans ces « super-régions », les problématiques des différents bassins changent. Trouvera-t-on à Bordeaux une oreille attentive aux attentes des Charentais ? Il faut l’espérer en tout cas.

Nouveaux budgets : la grande inconnue

Il existe beaucoup d’incertitudes, dans toutes les régions ayant fusionné, sur l’évolution des budgets consacrés à la filière viticole, et plus largement à l’agriculture. De même, les nouvelles aides et subventions ne sont pas encore connues, elles doivent être harmonisées en fonction de ce qui existait dans les anciennes collectivités. Ces éléments vont dépendre directement des politiques mises en place par les conseils régionaux fraîchement élus, et seront débattus dans les prochains mois. Une chose est sûre, c’est que cela ne se fera pas en un claquement de doigt. Pour ce qui est des budgets, ils ont jusqu’au 31 mai 2016 pour être adoptés. L’harmonisation des aides et subventions et des politiques publiques pourraient s’étaler sur toute la durée du mandat, selon l’aveu de plusieurs directeurs généraux de région.

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