Réussir vigne 20 août 2015 à 08h00 | Par Isabelle Montigaud

Mildium, un modèle de réduction des fongicides difficile à appliquer

Le processus de décision Mildium (ou Pod Mildium), mis au point par l'Inra et l'Irstea, et expérimenté depuis près de dix ans, a fait ses preuves sur le plan de la réduction des traitements mildiou et oïdium. En revanche, le transfert de cette méthode aux viticulteurs s'avère plus délicat car sa complexité nécessite un accompagnement technique important.

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Le principal frein à l'extension de la méthode Midium semble être la contrainte des observations nécessaires.
Le principal frein à l'extension de la méthode Midium semble être la contrainte des observations nécessaires. - © J.-C. Gutner

« L'évaluation du processus de décision Mildium a démarré dès 2005 sur les domaines expérimentaux de l'Inra et à partir de 2007, le réseau de parcelles d'expérimentation a été élargi en partenariat avec les chambres d'agriculture de plusieurs régions viticoles », observe Laurent Delière de l'Inra de Bordeaux, qui a participé à la mise au point de cette méthode visant à réduire le nombre de traitements phytosanitaires. « La mise en oeuvre de Mildium a conduit à une réduction significative des traitements mildiou et oïdium de 30 à 50 %, commente Laurent Delière, et dans 80 % des situations, on peut estimer que les résultats étaient très positifs malgré une efficacité légèrement inférieure. Par contre, dans 10 à 15 % des situations, nous avons été confrontés à des problèmes de maladie, en général en situation de risque élevé et dans des parcelles sensibles. »

« Avec cet outil expérimenté chez un vigneron de Châteauneuf-du-Pape, nous avons pu réduire les traitements mildiou et oïdium de 20 à 50 % selon les années, avec des valeurs d'IFT* de 8 pour la parcelle viticulteur contre 5,5 pour la parcelle Mildium en 2010, de 9,7 contre 3,9 en 2011. En année très sensible, comme 2012, l'écart était moins important : 7,3 contre 6,4 », constate quant à elle Marie-Véronique Arrigoni, conseillère à la chambre d'agriculture du Vaucluse. En 2014, l'outil a été testé avec une conduite en bio avec une réduction des doses (alors que dans la démarche Mildium conventionnelle, les produits sont utilisés à dose homologuée) avec là encore des résultats concluants. « J'ai pu réduire le nombre de passages pour l'oïdium et le mildiou de 8-9 à 4 », explique Frédéric Brunier, propriétaire exploitant au domaine du Vieux Télégraphe (70 hectares à Châteauneuf-du-Pape), qui reste malgré tout très prudent sur l'extension de la méthode. « Au vu des résultats, c'est tentant d'élargir la mise en oeuvre de ce processus de décision, mais d'une part la prise de risque est plus importante (en particulier en bio où les possibilités de rattrapage sont réduites) et d'autre part les observations sont lourdes et contraignantes », ajoute-t-il.

En effet, le principal frein à l'extension de la méthode Midium semble être la contrainte des observations nécessaires. « Il faut compter une heure et demie par observation sur chaque parcelle sachant qu'il y a trois observations obligatoires par campagne, ce qui fait au final une dizaine d'heures par hectare et par an, si on tient compte des observations hebdomadaires », souligne Fabrice Guillois, conseiller à la chambre d'agriculture de l'Aude qui a testé Midium sur cinq parcelles de 2008 à 2011, avec de bons résultats. Mais faute de suivi, les vignerons n'ont pas étendu la méthode. « Par ailleurs, au-delà du temps de travail, ces observations sont parfois difficiles à réaliser pour un oeil non averti, en particulier pour détecter les symptômes très précoces d'oïdium au stade 5-6 feuilles et il faut étudier environ 100 souches par parcelle. Je suis donc convaincu de l'intérêt de Midium à condition d'être accompagné », poursuit-il.

Une situation parfois limite pour la maîtrise de l'oïdium

Le deuxième frein au développement de Midium semble être la prise de risque en particulier pour la maîtrise de l'oïdium, qui semble gagner du terrain au fil des ans sur certaines parcelles Midium. « Nous expérimentons ce processus de décision sur une parcelle du domaine de l'École qui dépend du Lycée de Rouffach (Alsace) depuis 2010 avec des résultats très satisfaisants sur le plan de la réduction des traitements (réduction de l'IFT de 8,54 à 5,58 en 2010 ou encore de 9,3 à 6 en 2011) mais en 2014, nous avons constaté que la parcelle Midium présentait des symptômes d'oïdium sur feuilles et sur grappes », constate Céline Abidon, conseillère viticole à la chambre d'agriculture de région Alsace. Même constat en Gironde où, dans les châteaux qui ont expérimenté Midium, « quelques soucis sont apparus au fil des ans vis-à-vis de l'oïdium », observe Anne-Sophie Miclot, de l'ADAR du Médoc. Une situation qui ne remet pas en cause l'intérêt du processus de décision dans la mesure où les résultats sont très encourageants sur le plan de la réduction des IFT et du nombre de passages économisés (voir tableaux 1 et 2 sur les résultats en Gironde), mais qui peut être un frein au développement de cette méthode.

Simplifier Midium pour le rendre plus accessible

Pour que l'outil Midium participe effectivement à la réduction des intrants, les conseillers viticoles qui ont expérimenté l'outil depuis plusieurs années apprécieraient une version simplifiée, informatisée, peut-être avec un package formation, afin que les viticulteurs puissent s'approprier la méthode sans prendre trop de risque ni y passer trop de temps. « C'est un outil très intéressant mais sa mise en oeuvre reste complexe et délicate », indique Fabrice Guillois. « Pour étendre l'utilisation du modèle, il faudrait travailler sur des groupes de parcelles homogènes », suggère Céline Abidon qui compare cette méthode à Optidose qui lui semble « plus simple à utiliser par les viticulteurs et surtout plus régulière dans la réduction des produits phytosanitaires lorsqu'on lisse les IFT sur plusieurs années ». Quant à Laurent Delière, il rappelle que « Midium est aussi un véritable outil d'apprentissage pour les organismes de développement et les vignerons qui permet de mieux comprendre le comportement de chaque parcelle pour faire évoluer les pratiques. Par ailleurs, dans le cadre du réseau Dephy Expe, certains prototypes testent des versions adaptées de Midium avec notamment une simplification des observations et une modulation des doses de fongicides. Et certaines adaptations ont été réalisées en prenant en compte les résultats de l'évaluation de performance de 2007 à 2011. »

 

* Indice de fréquence de traitement.

Mildium en pratique

Le processus opérationnel de décision Midium est basé sur des traitements dits « obligatoires », deux pour le mildiou et deux pour l'oïdium, complétés, par des traitements « optionnels ». Les premiers ont pour objectif la maîtrise des épidémies « faibles » difficilement détectables par des observations. Les seconds - 5 pour le mildiou et 3 pour l'oïdium - sont déclenchés suivant les indicateurs définis pour le processus de décision. Ces indicateurs sont en premier lieu basés sur l'observation à la parcelle des symptômes sur les feuilles ou sur les grappes. Le niveau de la maladie affecté à la parcelle est une variable discrète à deux ou trois niveaux selon le bioagresseurs et la date d'observation. Pour le mildiou, deux indicateurs complémentaires sont également pris en compte, le niveau de risque local permettant d'appréhender le risque de développement de la maladie sur une échelle géographique plus large que la parcelle et les événements pluvieux annoncés par le service prévisionnel de Météo France.

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