Réussir vigne 08 novembre 2006 à 16h38 | Par Sophie Caron

Marketing - Vins allégés cherchent clientèle

Plus la filière est en crise, plus la désalcoolisation suscite de l´intérêt. Mais ces boissons issues du vin, pauvres en alcool, peuvent-elles présenter un intérêt économique pour le viticulteur ? Leur marché est encore naissant. Enquête auprès de ceux qui ont plongé dans le bain du " low alcohol ".

Abonnez-vous Réagir Imprimer

Il était une fois le lir. Ni vin, ni jus de raisin, le lir est une nouvelle boisson fermentée qui, grâce à la désalcoolisation, permet une expression de la vigne à 6 % d´alcool. Au dernier Sitevi, elle a fait un tabac. " Au vu de ce succès, on se dit que nous sommes sur la bonne voie. Nous avons comblé un vide ", estime Catherine Linares, responsable marketing chez Michael Paetzold, la société qui a mis au point le procédé lir et le commercialise. Le lir suscite la curiosité, l´enthousiasme ou la méfiance, mais peut-il représenter une opportunité économique pour le viticulteur ?
Ils sont trente, trente viticulteurs, coopératives ou négociants à avoir tenté, aujourd´hui, l´expérience de la désalcoolisation. Soit 150 000 hl passés sous les feux de la lirisation, en comptant les 15 000 hl d´" alternatif ", directement commercialisés par Michael Paetzold. " Plus qu´un process, nous vendons un concept, nous les aidons à bâtir un argumentaire, un packaging. " Objectif : que chaque lir soit l´expression du terroir de chacun mais qu´il y ait un discours commun. "
Le " Pink rosé " de Listel a fait l´objet d´une vaste campagne de promotion et s´est vendu à 300 000 exemplaires cette année. ©D. R.

Le lir se positionne sur une consommation jeune et estivale
Le pionnier des " liristes " n´est autre que le bordelais Xavier Carreau, qui a élaboré 16 000 bouteilles de lir à partir d´une cuvée 2004. Un an plus tard, 4000 ont été vendues. " Nous n´avons pas, pour l´instant, d´objectif quantitatif, nous cherchons un nouveau créneau de consommation ", tempère Cyril Jourdan, son neveu. Une année test qui a permis de tirer quelques leçons : le lir nécessite un packaging moderne ; il faut le positionner sur une consommation jeune et estivale ; le blanc et le rosé plaisent plus que le rouge. Bref, les consommateurs ne se sont pas arraché le produit mais la famille Carreau reste convaincue qu´il y a un marché, même s´il sera long à conquérir. C´est aussi l´opinion de Pascal Monnier de la coopérative Vinsobraise qui avoue, lui aussi, avoir du mal à écouler les 80 hectolitres de son produit baptisé " Il faut que jeunesse se passe ". " C´est difficile, car notre cible n´est pas nos clients habituels, amateurs de vin, mais ceux qui ne boivent pas ou peu de vin. Sur le terrain de la grande distribution nous commençons à avoir de bons contacts, nous sommes confiants. Mais il faudra du temps. "
Du côté du négociant La Tour des Chevaliers, dont le produit " 6 degrés " est le plus abouti en termes de marketing, on est moins optimiste. Les 14 000 bouteilles lirisées restent dans la cave. " L´idée est bonne, mais, le produit est trop cher. On se retrouve sur le créneau de la bière avec laquelle on ne peut pas rivaliser en termes de prix, ni de marketing. " Car pour faire du bon lir, il faut du bon vin, donc un vin cher auquel il faut ajouter le coût de la lirisation (30 à 50 centimes la bouteille), du transport et du packaging. Dans les faits, une bouteille de lir est vendue entre 3,50 et 7,5 ? selon les liristes. Un énorme travail de communication est donc à faire avant que l´histoire du lir ne se transforme en conte de fée. " L´histoire n´est pas écrite, elle ne fait que commencer ", estime Catherine Linares.
Chez François et Vincent Pugibet, trublions de la viticulture languedocienne, les seuls à avoir défié la réglementation en commercialisant des vins désalcoolisés, la satisfaction est, par contre, totale. Depuis que le Domaine de la Colombette rectifie les taux d´alcool de ses vins, les ventes ont progressé de plus de 4,5 %. Que ce soit pour la gamme dont le degré d´alcool est abaissé d´1 ou 2 degrés ou pour le " Plume ", élaboré à 9 %, le succès est total. " Nous avons vendu plus de 30 000 bouteilles de " Plume ", en moins de six mois ", relate Vincent. Mais s´il pensait toucher une clientèle jeune et branchée, ce sont les seniors qui se l´arrachent. Une population qui avait l´habitude de boire des vins à 9-10º dans sa jeunesse.
Il y a quatre ans, en lançant leur " Vin de soif ", les Producteurs Plaimont et la Cave de Rabastens avaient déjà tenté d´ouvrir une brèche sur un marché traditionnel. Un vin dont le faible taux d´alcool (10º) n´est, cette fois, que le fruit d´une sélection de cépages, de rendements élevés et d´une vinification adaptée. 200 000 bouteilles ont été vendues cette année, dont une grosse partie chez Monoprix.

Un produit plus proche des boissons fraîches que des vins classiques
Pourtant, pour André Dubosc, directeur de la coopérative, le bilan reste mitigé : " Le marché français reste limité mais surtout, nous avons du mal à vendre un produit plus proche des boissons fraîches que des vins classiques. " Pour aller plus loin, la coopérative envisage de créer un partenariat avec un industriel de l´agroalimentaire plus à même, selon elle, de toucher une clientèle qui consomme peu ou pas de vin. Comme quoi en matière de vins allégés, le nerf de la guerre reste le marketing. L´Union des producteurs des vins de Mâcon l´a bien compris en s´accordant les services de la société Boisset pour élaborer et commercialiser leur pétillant " Virvolte ", à 7º, vinifié selon une méthode ancestrale. Chez Listel, le " Pink rosé " à 9º, vendu en bouteille de 25 cl et lancé à grand renfort de publicité magazine, s´est vendu à 300 000 exemplaires cette année. Et David Boissier d´analyser : " Il ne suffit pas d´avoir une bonne idée, encore faut-il avoir les moyens de la faire connaître ".

Un site pour le lir : http://www.the-lir.com

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Réussir vigne se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

Les ARTICLES LES PLUS...

Voir tous

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 20 unes régionales aujourd'hui