Réussir vigne 27 octobre 2014 à 08h00 | Par Marion Ivaldi

Les cuvées grêle de trois audacieux

Touchés de plein fouet par la grêle, souvent à 100 %, des vignerons ont décidé de ne pas baisser les bras en commercialisant des cuvées grêle. Retours d'expériences.

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Grêle 2012 
est la cuvée 
de Raimond 
de Villeneuve.
Grêle 2012 est la cuvée de Raimond de Villeneuve. - © DR

Grêle 2012 fait bondir les ventes aux Etats-Unis

Grêle 2012 est une cuvée issue du don de vendange d'une quarantaine de vignerons au Château de Roquefort, situé à Roquefort-la-Bédoule, dans les Bouches-du-Rhône. Largement médiatisée, Grêle 2012 est la première de ce genre en France. " Nos clients ont tous réagi très positivement à l'exception d'un acheteur belge de Flandre... Les Américains ont adoré cette histoire, ce qui s'est ressenti dans nos ventes. Nous avons fait un bond de 15 % en volume et 17 % en valeur, les États-Unis représentant 25 % de nos ventes globales ", explique Raimond de Villeneuve, à la tête du château de Roquefort. 130 000 bouteilles ont été commercialisées, soit 80 % de la vendange 2011 du château, volume imposé par les douanes. " Vu l'engouement, nous aurions pu vendre 200 à 300 hectolitres de plus ", estime Raimond de Villeneuve. Le bilan est donc plus que positif et Grêle 2012 a été un très bon plan de sauvetage. Raimond de Villeneuve poursuit : " je ne peux qu'encourager ce type de plan de sauvetage, c'est bien plus efficace que n'importe quelle " assurance " et c'est une aventure extraordinairement enrichissante à tous les niveaux ! Pour une année comme 2014, je trouve que c'est dommage de ne pas voir davantage d'initiatives comme la mienne ". Autre regret : l'impossibilité d'avoir pu réitérer l'expérience en 2013 où la productivité de ses vignes était bien entendu entachée par la grêle (volumes en baisse de 40 %). Plusieurs vignerons étaient prêts à le soutenir à nouveau, mais les douanes n'ont rien voulu entendre...

Frédéric Palacios crée La part 
de l'Orage, suite à la grêle 2 014.
Frédéric Palacios crée La part de l'Orage, suite à la grêle 2 014. - © DR

La Part de l'Orage reconstitue la trésorerie en un temps record

À la tête du Mas de mon Père, situé sur la commune d'Arzens (Aude), Frédéric Palacios a vu ses vignes lapidées par l'orage de grêle de juillet dernier. Très entouré par ses amis vignerons (ou pas), il a su réagir très vite. Quelques semaines après la destruction de son vignoble, il décide de créer une cuvée de solidarité baptisée La part de l'Orage, du titre du recueil de nouvelles de Grégory Nicolas. Elle sera vinifiée à partir de dons de raisins des vignerons de l'association Changer l'Aude en vin. " J'ai proposé à mes clients d'acheter mes bouteilles 2014 en primeur à dix euros par col. Elles seront livrées au printemps 2015 ", explique Frédéric Palacios.

" Seize vignerons se sont engagés à me réserver entre 500 et 1000 kilos chacun "
Au 20 août, il décomptait une commande de 1200 bouteilles. " De quoi reconstituer une trésorerie et me permettre d'acheter du raisin auprès du domaine Legodar pour compléter le manque de vendange ", poursuit-il. L'initiative n'est pas sans contrainte, souligne-t-il. " Si cette année, les douanes me donnent l'autorisation d'acheter du raisin, quid de l'année prochaine où inévitablement ma vendange sera faible ? "
Par ailleurs, l'initiative ne résoudra pas tout : pour assurer la pérennité du Mas de mon Père, Frédéric Palacios doit vendre la totalité de son stock.

16 h 28 est imaginée par un viticulteur suisse : Philippe Bovet.
16 h 28 est imaginée par un viticulteur suisse : Philippe Bovet. - © DR

16 h 28 devient un collector

Philippe Bovet voit sa production disparaître suite à plusieurs épisodes de grêle en 2013. Devant, l'ampleur du désastre, ce viticulteur suisse décide de récolter tout de même ses neuf hectares dont il tirera moins de 1800 kg de raisin. Il fait un pari : il vinifie chaque cépage séparément (15 variétés différentes) et assemble tous les rouges ensembles.
Même chose pour les blancs. " En avril, quand j'ai dégusté, j'ai été surpris : c'était bon ", se rappelle Philippe Bovet. Il décide donc de commercialiser et choisit un nom : 16 h 28, heure de l'épisode de grêle le plus violent. " J'ai ajouté la météo du lendemain qui était très belle pour suggérer que la vie continue. " Commercialisée à 23 euros par col (soit un prix moyen pour ce domaine), la cuvée est écoulée sur le marché suisse et elle devient très vite un " collector ", du fait de sa rareté : seules 1900 bouteilles sont produites. Mais elle ne solutionne pas les difficultés économiques. " La cuvée ne m'a pas permis de passer le cap car le volume était trop infime. J'ai créé une structure de négoce et lancé Bovet Swiss Line, assemblage des vins suisses dédié à l'export ", explique celui qui, avant l'orage, distribuait ses vins presque exclusivement en Suisse. Moins médiatisée, cette gamme est en fait celle qui a permis de faire face après la grêle !

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