Réussir vigne 06 mars 2015 à 08h00 | Par Clara de Nadaillac

Les cépages résistants aux portes du vignoble

Face à la montée de la pression environnementale, au retrait de matières actives et de modes de traitement, l’attente sur les cépages résistants est forte. Mais les questions sont nombreuses. Comment sont obtenus ces cépages, qui peut en planter et où, comment se comportent les consommateurs ? Autant de sujets sur lesquels nous avons voulu en savoir plus.

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Vincent Pugibet
et son père François , commercialisent un vin de France blanc et un rouge issus de vignes résistantes. 
Ils ont séduit plusieurs 
cavistes.
Vincent Pugibet et son père François , commercialisent un vin de France blanc et un rouge issus de vignes résistantes. Ils ont séduit plusieurs cavistes. - © C. de Nadaillac

" Au creux du nid », tel est le nom de la nouvelle gamme de vins du domaine de la Colombette, à Béziers dans l’Hérault. Comprenant actuellement quatre références : blanc et rouge 2012, blanc et rouge 2013, elle est exclusivement élaborée à partir de raisins issus de cépages résistants. « À l’heure actuelle, nous en produisons 10 à 15 000 cols par couleur et par an, annonce Vincent Pugibet, le propriétaire du domaine. Mais pour le millésime 2014, nous comptons augmenter la mise en bouteilles, pour passer à 25 000 cols par couleur. " Si ces volumes restent marginaux par rapport aux 1,5 million de bouteilles produites annuellement par le domaine, ils n’en restent pas moins les premiers sur le marché français.
Le vin blanc est élaboré avec un assemblage de cal 06.04 (arômes de fruits exotiques), de cal 32.07 (notes amyliques de banane) et de cabernet blanc (fraîcheur en bouche). Le rouge, quant à lui, est majoritairement constitué de cabernet jura (bonne structure, tanins équilibrés), avec un peu de cal 1.14. Ils sont positionnés au milieu de la gamme du domaine, aux alentours de huit euros la bouteille. Pour le vigneron, si au niveau technique, les cépages résistants sont une réussite, au niveau commercial, tout reste à faire. « Nous entamons la troisième campagne de commercialisation et avons plus de questions que de réponses, avance-t-il. Il faut créer le marché, car il n’existe pas encore pour ce type de produit. Il ne verra le jour que lorsque nous serons plus nombreux à produire. » Il est convaincu qu’à l’instar des produits développés par Apple, l’offre engendrera la demande. « Car si le vin est bon, bien présenté et au bon prix, il se vendra toujours », note-t-il.


L’argument « plus bio que bio » ne prend pas auprès du consommateur


Pour l’heure, le domaine a pris le parti de communiquer sur la marque « Au creux du nid », plutôt que sur les cépages, dont on ne trouve nulle trace sur l’étiquette. « Je pense que l’innovation variétale va aller très vite, analyse le chef d’exploitation. Les cépages d’aujourd’hui ne seront pas ceux de demain. Il va y avoir une rotation rapide au fur et à mesure des obtentions. Je préfère donc miser sur une marque et un concept. »
Au niveau du discours commercial, difficile d’argumenter sur l’impact environnemental. « C’est dur d’expliquer au consommateur que ce vin est plus bio que le bio », relate le vigneron. Alors, il surfe sur le créneau de l’humour, pour essayer de faire passer le message. « J’explique que le bio n’est pas la panacée car il utilise du cuivre et du soufre. Que ce dernier provient des raffineries pétrolières, et que le cuivre est le même que celui dérobé sur les voies de chemin de fer. » Mais même ainsi, dur de convaincre. Dans l’esprit du grand public, le bio reste le bio.
Alors Vincent Pugibet disserte sur le mode d’obtention. « Les clients sont intéressés, voire même fascinés, se réjouit-il. Nous détaillons l’hybridation sexuelle, par castration des étamines et badigeonnage de pollen, et mettons en avant le fait qu’ainsi, chaque pépin puis chaque cep est unique, contrairement au clonage qui s’apparente à la photocopie d’un individu. Ce discours passe bien. Nous avions peur de la confusion avec les OGM et la manipulation génétique. Mais ce n’est pas du tout le cas. »


Un vin moins fragile qui pourra se passer de soufre


Et ce n’est pas tout. Un atout « bonus » devrait bientôt faire son apparition dans l’arsenal commercial de l’équipe. « Nous avons constaté que le vin rouge a une intensité colorante bien supérieure à celle d’un vin classique, indique François Pugibet, le père de Vincent. Quand le pinot noir a un indice de couleur de 6, le cabernet de 8 à 12, l’alicanto de 18 à 22, avec le cabernet jura, nous sommes à 34-38 ! À la vinification, ce vin sera moins fragile et pourra donc certainement se passer de soufre. » Un argument qui devrait faire mouche… Mais même sans cela, de gros cavistes, un national et des étrangers, sont intéressés par ces vins. Du coup, Vincent Pugibet et son équipe ne vont pas en rester là. Ils vont étoffer leur gamme : ils vont faire vieillir une partie des rouges en fût de chêne afin de créer un produit un peu plus haut de gamme et tester une prise de mousse sur le souvignier gris, cépage peu aromatique mais présentant une bonne acidité. Tout un programme…
Au final, le domaine de la Colombette compte 30 hectares sur ses 130 plantés en vignes résistantes. Cal 06.04, cal 32.07, cabernet blanc, muscaris, souvignier gris, cabernet jura, cal 1.14, cabernet blanc, cal 1.22, johanniter, prior et monarch sont quelques-uns des cépages résistants que l’on peut y trouver, en plus des obtentions « maison ».
Leur plantation s’est déroulée de manière classique, mis à part le fait que les ceps lui ont coûté plus cher : environ deux euros le pied. Et l’offre n’étant pas pléthorique, il a pris les porte greffes qu’on lui proposait. Sur une ou deux zones, il s’est donc retrouvé avec des pieds ne supportant pas le calcaire de ses sols.


Aucun traitement mildiou ou oïdium en sept ans


Depuis qu’il a planté ces vignes en 2007, Vincent Pugibet ne les a pas traitées une seule fois contre le mildiou ou l’oïdium. Et ne les protège plus contre les vers de la grappe. Ces parcelles sont tenues de manière similaire aux autres : densité de 5000 pieds/hectare et taille mécanique. Mais le viticulteur constate que les feuilles chutent plus tardivement que sur ses autres parcelles, d’où une meilleure mise en réserve potentielle.
Au niveau du chai, ces cépages se vinifient de manière similaire aux traditionnels. À part peut-être un niveau de sulfitage inférieur…

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