Réussir vigne 25 mars 2016 à 08h00 | Par Isabelle Montigaud

Le retour de l’excoriose

En 2015, de nombreuses parcelles ont exprimé de l’excoriose. Dans les cas les plus sérieux, et en particulier pour les cépages sensibles, une protection précoce doit être envisagée dès ce printemps.

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"L’excoriose semble en recrudescence depuis plusieurs années », souligne Bernard Molot de l’IFV.
"L’excoriose semble en recrudescence depuis plusieurs années », souligne Bernard Molot de l’IFV. - © Chambre d'agriculture de Loire-Atlantique

De nombreuses maladies secondaires, telles que le black-rot, semblent revenir sur le devant de la scène. C’est le cas de l’excoriose. Cette maladie est causée par le champignon Phomopsis viticola, qui se propage à la faveur de pluies, par dissémination des spores issues d’une vigne contaminée. En cas de fortes attaques, les bois sont fragilisés et le débourrement peut être bloqué. « La période 2000-2005 a été fortement marquée par des attaques d’excoriose, et plus récemment les années 2012 et 2013, à la faveur des printemps humides, observe Nadège Brochard, conseillère à la chambre d’agriculture de Loire-Atlantique. En 2015, la situation en début de saison semblait plus favorable mais l’épisode pluvieux du 1er mai a conduit à une expression plus tardive de l’excoriose sur les rameaux de l’année. » La situation était délicate également en Gironde mais aussi dans le sud de la France, « où l’excoriose semble en recrudescence depuis plusieurs années », souligne Bernard Molot de l’IFV, qui, outre l’influence des printemps pluvieux, s’interroge « sur les effets indirects de l’interdiction de l’arsénite de soude depuis plusieurs années qui avait un effet très significatif sur l’excoriose… ». Dans les vignobles septentrionaux, la maladie était également de retour en 2015, « avec des contaminations tardives dues à des conditions exceptionnellement favorables fin avril-début mai (forte humidité résiduelle combinée à des températures élevées au stade 3-5 feuilles étalées). Les symptômes se sont exprimés sur la deuxième quinzaine de mai », précise Pierre Petitot de la chambre d’agriculture de la Côte-d’Or. En Alsace, l’expression de l’excoriose était aussi jugée sérieuse en 2015, « y compris sur des parcelles historiquement peu concernées », note Marie-Noëlle Lauer de la chambre d’agriculture d’Alsace.

Il faut être vigilant sur les cépages sensibles

Outre les conditions météo de l’année et l’historique (parcelles contaminées en N-1), il convient d’être particulièrement vigilant sur des cépages sensibles comme le grenache, le muscat d’Alexandrie, le muscat de Hambourg ou le marselan dans le sud et le cabernet sauvignon ou encore le gamay dans les vignobles atlantiques. Dans tous les cas, quand la maladie s’est exprimée au printemps de l’année N, il est impératif de bien observer les pieds lors de la taille suivante et de brûler les bois atteints. « À ce jour, il n’y a pas de seuil d’intervention, constate Nadège Brochard. Chaque situation doit être analysée au cas par cas. Néanmoins, pour notre vignoble, on peut considérer qu’au-delà de 20 % des ceps touchés, un traitement est à envisager au printemps. » Dans d’autres vignobles, comme celui de la Côte-d’Or, on évoque plutôt un seuil aux environs des 10 %, « en tenant compte aussi des conditions climatiques au moment du débourrement », indique Pierre Petitot.

Une ou deux interventions à positionner précocement

« Pour être efficaces, les interventions contre l’excoriose doivent être positionnées précocement », assure Bernard Molot. Deux stratégies sont possibles. L’une consiste à ne faire qu’un seul traitement avec une spécialité à base de fosétyl-Al, lorsque 40 % des bourgeons atteignent le stade D. « L’efficacité de cette stratégie dépend étroitement du respect du stade », insiste-t-il. La deuxième stratégie consiste à protéger tous les rameaux naissants, et à encadrer en totalité la sortie des feuilles, avec un premier traitement lorsque 50 % des bourgeons sont au stade éclatement des bourgeons et un deuxième traitement quand 50 % des bourgeons sont au stade 2-3 feuilles étalées (soit environ huit jours plus tard). Dans les deux cas, les spécialités recommandées sont des produits de contact comme le mancozèbe, le manèbe, le folpel ou le soufre mouillable. En bio, ce sont d’ailleurs deux applications à base de soufre qui sont recommandées. « Il faut être très vigilant sur l’évolution de l’excoriose, conclut Fabrice Guillois de la chambre d’agriculture de l’Aude, car faute d’intervention, la maladie peut s’installer et progresser. »

Jérôme Zaros, domaine du Buisson dans l’Entre-deux-mers, en Gironde
Jérôme Zaros, domaine du Buisson dans l’Entre-deux-mers, en Gironde - © J. Zaros

« Forte expression de l’excoriose en 2015 et très grosse attaque d’érinose »

« Au printemps 2015, nous avons observé de l’excoriose sur l’ensemble du domaine, avec un grand nombre de parcelles à plus de 20 % d’infection. Cette maladie resurgit tous les trois ou quatre ans, à la faveur de l’humidité au moment du débourrement. Pour 2016, notre stratégie est de tailler en choisissant les bois les plus sains possibles, et au printemps nous envisagerons une intervention spécifique sur les parcelles les plus atteintes en 2015.

L’érinose a également fait son retour l’an passé avec de très fortes attaques malgré une intervention au soufre en début de campagne, dans le cadre de la lutte contre l’oïdium. Les feuilles supérieures ont été très touchées et nous avons du mal à expliquer cette attaque. Peut-être faudra-t-il à l’avenir intégrer cette problématique dans le raisonnement de la protection de la vigne ? "

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