Réussir vigne 20 avril 2016 à 08h00 | Par Clara de Nadaillac

Le Made in France se porte bien à l’export

Une hausse du chiffre d’affaires, mais une perte de parts de marché en volume. Tel est le bilan des exportations françaises de vins et spiritueux pour 2015.

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Philippe Castéja, Christophe Navarre et Antoine Leccia, de la FEVS, s'inquiètent de l'érosion des parts de marché du vin depuis 15 ans.
Philippe Castéja, Christophe Navarre et Antoine Leccia, de la FEVS, s'inquiètent de l'érosion des parts de marché du vin depuis 15 ans. - © C. de Nadaillac

Contrairement à ce que les négociants appréhendaient en février 2015, le bilan des exportations 2015 de la filière est plus que positif. La Fédération des exportateurs de vins et spiritueux (FEVS) a en effet annoncé une reprise de la croissance après deux années de léger recul, avec une augmentation du chiffre d’affaires de 8,7 % par rapport à 2014, à 11,7 milliards d’euros. Une hausse qui permet à la filière de retrouver la seconde place dans l’excédent de la balance commerciale de la France (10,4 milliards d’euros), juste après l’aéronautique. Un argument de poids pour la filière.

Ces bons résultats, sont à imputer majoritairement à trois facteurs, selon Christophe Navarre, président de la FEVS : l’affaiblissement de l’euro, la croissance des marchés chinois et nord-américain, et les bonnes performances tant du cognac que du champagne (75 % de la progression 2015 à eux deux). Malgré cela, les volumes sont à la peine avec un retrait de 3,6 %, faisant dire à Christophe Navarre que « pour que les entreprises et produits français continuent de réussir à l’export, nous devons plus que jamais résoudre notre déficit structurel de disponibilités et accélérer l’ouverture des marchés les plus significatifs ». Des propos renforcés par Antoine Leccia, président d’AdVini, dans l’Hérault : « Il n’y a aucun problème sur le segment des AOC ou des IGP. En revanche, sur celui des vins à gros volumes (vins sans IG), la structure de production actuelle ne permet pas d’arriver avec des prix compétitifs au niveau international. Cela nécessite une remise en question. Car la majeure partie de la perte de marché en volume est liée à la baisse des sans IG. Il y a une grosse demande pour des vins avec un rendement de 150 hl/ha. Il est possible de créer de la valeur ajoutée sur ce segment, il ne faut pas l’abandonner. »

Progression des effervescents, des AOC et des IGP tranquilles

Dans le détail, les vins ont progressé de 6,7 % en valeur, pour atteindre un chiffre d’affaires de 7,9 milliards d’euros. Cette évolution positive est notamment imputable aux bons résultats des champagnes (+ 12,1 %), des autres mousseux (+ 15,9 %), et des vins tranquilles AOC (+ 4,3 %). Les vins tranquilles IGP ont eux aussi connu une croissance, quoique plus modérée, de 2,6 %. À l’inverse, les sans IG enregistrent un recul de 2,4 % pour ceux mentionnant le cépage, et de 4 % pour les autres. En volume en revanche, le tableau est moins reluisant. Mis à part les effervescents, le vin perd du terrain sur tous les segments : - 1,1 % pour les AOC tranquilles, - 5,4 % pour les IGP tranquilles, - 16,6 % pour les sans IG avec cépage et - 13,6 % pour ceux avec mention de cépage. Au final, la France a perdu un volume de 3,6 %, portant les expéditions à 12,4 millions d’hectolitres (- 469 000 hl par rapport à 2014). Du côté des spiritueux, la FEVS a confirmé la bonne reprise du Cognac, qui a enregistré une évolution de + 9,4 % en volume, et + 19,6 % en valeur (2,6 milliards d’euros). Par contre, l’Armagnac poursuit son retrait avec - 31,4 % en volume et - 20,8 % en valeur. À eux quatre, champagne, cognac, bordeaux et bourgogne représentent 67 % du chiffre d’affaires export de la filière, pour seulement 28 % des volumes.

Les États-Unis deviennent notre premier marché en valeur pour les vins

Pour ce qui est des destinations, 88 % du chiffre d’affaires est effectué sur vingt pays. Pour le vin, les États-Unis passent devant le Royaume-Uni pour devenir notre premier marché. Les opérateurs y ont été bien aidés par le taux de change et par le dynamisme du premier consommateur mondial de vin. « Pour Bordeaux, il y a une vraie carte à jouer sur cette destination, estime Philippe Castéja, président de Borie-Manoux à Bordeaux. Nous avons beaucoup souffert sur ce marché ; de nombreux produits avaient disparu de la distribution. Mais 2015 a permis la reprise en main. » Du fait de la restructuration et de la concentration de la distribution, les négociants estiment qu’il faut miser sur la désirabilité des produits pour poursuivre cette progression.

Le Royaume-Uni passe en seconde position en valeur, et y reste en volume. Bien qu’enregistrant une progression en valeur, ce marché est marqué par des problèmes de disponibilité, qui expliquent le recul de 6 % en volume. L’Allemagne, troisième destination en valeur pour nos vins, enregistre un recul de 11,6 % des valeurs, corrélé à une perte de 18,9 % des volumes. « Ce n’est pas une nouveauté, signale Christophe Navarre. L’Allemagne est un marché sensible aux prix. Or du fait des faibles disponibilités, les prix ont augmenté, et nous avons donc perdu des parts de marché. » La Belgique, quatrième destination en valeur, cède 1,8 %, en grande partie suite à une baisse des volumes (- 5,8 %, ce qui place la Belgique à la quatrième place).

La Chine se positionne en revanche à la cinquième place, grâce à une augmentation de 21,8 % de la valeur (513 millions d’euros). En volume, la Chine monte même sur la troisième marche du podium, avec un rebond de 18,8 %. « Nous sommes sortis de la phase de déstockage, analyse le président. Il y a eu une réorientation du mix produit et une adaptation des portefeuilles. Nous assistons à une normalisation du marché. L’offre évolue vers des produits d’entrée de gamme. » Ce que confirme Philippe Castéja : « La Chine est sortie des produits exceptionnels correspondant à un marché spécial, pour rentrer dans un marché de consommation. La distribution s’y est professionnalisée. C’est en train de devenir un marché mature, où nous avons une vraie carte à jouer. Il faut que nous soyons présents avec une gamme de produits complète. »

Si la FEVS a salué les bonnes performances de la filière, elle a néanmoins tenu à rappeler que les parts de marché de nos vins ne cessent de s’éroder depuis quinze ans : elles ont été divisées par deux en volume et ont diminué d’un tiers en valeur. Un constat pour le moins inquiétant.

- © Infographie Réussir
La Chine est un des marchés à fort potentiel que la France doit cibler.
La Chine est un des marchés à fort potentiel que la France doit cibler. - © D. Lorand

De l’importance des accords de libre-échange

 

Si la FEVS a insisté sur l’importance de disposer de volumes suffisants, à des prix compétitifs, pour regagner des parts de marché à l’export, elle a aussi rappelé l’enjeu des accords de libre-échange. La Fédération milite pour une entrée en vigueur rapide des traités négociés avec le Vietnam et le Canada et pour un engagement dans la mise en œuvre de ceux avec le Japon et la Colombie. Elle souligne également l’importance de cibler des marchés à fort potentiel pour les futurs accords, tels que la Chine ou l’Inde.

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