Réussir vigne 04 décembre 2017 à 08h00 | Par Clara de Nadaillac

Le drainage en place, c’est possible

Bien que le drainage d’une parcelle déjà plantée ne soit pas idéal, il reste efficace pour assécher certaines mouillères. Voici comment.

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Des entrepreneurs peuvent drainer des vignes déjà en place, afin de venir à bout des mouillères.
Des entrepreneurs peuvent drainer des vignes déjà en place, afin de venir à bout des mouillères. - © Patrick Cronenberger

Le drainage d’une vigne en place est assez rare. La plupart des vignerons lui préfèrent le drainage avant plantation. Et encore. Selon Maxime Christen, de la chambre d’agriculture de la Gironde, il ne faut drainer que « lorsque la parcelle est sujette à des excès d’eau significatifs (signes d’hydromorphie nets) et que les propriétés physiques des sols (texture et profil de perméabilité), ainsi que la topographie de la parcelle sont favorables à un fonctionnement efficace et durable de ces ouvrages ». Le reste du temps, il estime que « la création de fossés ou leur remise en état de fonctionnement (curage) et la mise en place de drains de sentiers peuvent suffire à améliorer considérablement les aptitudes au ressuyage de sols à hydromorphie temporaire ».

Des prestataires de services pour tous types d’interrangs

Néanmoins, lorsque aucune autre solution n’est adaptée et que le viticulteur souhaite venir à bout d’une mouillère, le drainage d’une parcelle en place peut être réalisé par des prestataires de services. Ces derniers viennent sur le terrain, munis d’une petite draineuse spéciale pour les vignes. La plupart des entreprises n’interviennent que dans des interrangs de 3 m voire 3,5 m minimum, car leurs engins ne passent pas dans les intervalles plus étroits. Mais certaines sociétés disposent de matériel pouvant intervenir dans des vignes de n’importe quelle largeur, à l’instar de la firme girondine TAF. Cette dernière est équipée d’une machine à chenilles dotée d’une voie variable.

L’opération se réalise généralement en sortie de vendanges, ou en hiver, dans tous types de parcelles. « Il n’y a aucune contre-indication, explique Francis Dubois, de Transterrassement. Il y a quelques années, l’Inra a fait des essais pour estimer l’impact sur les racines de la vigne. Mais cela ne pose aucun problème car il n’y a pas de racines pivot dans l’interrang, juste du chevelu racinaire. » De son côté, Jean-Pierre Rault, de la Cuma Périgourdine, met tout de même en garde contre un drainage des terrains très pierreux. « Je ne conseille vraiment pas ; c’est un travail extrêmement délicat. On démolit beaucoup. » Au niveau de l’entretien du sol, sa préférence va aux surfaces enherbées et tondues. Mais Sébastien Rey, de TAF, et Antoine Rollin, de Rollin drainage, interviennent sur tous types de sols.

Une opération onéreuse

Avant le passage de la trancheuse, les vignerons n’ont rien à faire. L’entrepreneur installe des collecteurs le long de la parcelle, à un mètre de profondeur, recouverts de cailloux sur environ 40 cm, puis de terre. Il crée ensuite des tranchées dans les rangs, tous les 8 mètres environ et y pose des drains de diamètre 65 à environ 90 cm de profondeur, puis ajoute 20 à 30 cm de cailloux ou de gravier, et referme (ou non, selon si le vigneron préfère réaliser l’opération lui-même).

L’opération est chronophage. À titre d’exemple, à la Cuma Périgourdine, la trancheuse progresse à environ 1000 mètres par jour. Au niveau tarifs, la Cuma facture environ 4 euros HT le mètre, sans le gravier, et 8 euros HT avec fourniture du gravier et pose. Chez TAF, cela revient à environ 10 000 euros l’hectare, gravier compris, mais cela varie suivant l’épaisseur.

« Aucun travail préparatoire ni dégât »

Gérald Geoffroy est adjoint au directeur de production de Chasse-Spleen, en Gironde.

« Nous avons eu recours au drainage partiel l’an dernier, sur une parcelle qualitative de merlot d’une quarantaine d’années, que nous souhaitons conserver. Elle se situe en pente et depuis une dizaine d’années, une mouillère est apparue dans la partie basse, suite à des travaux de construction à proximité. Cette mouillère s’amplifiant d’année en année, nous avons décidé d’intervenir. Nous avons drainé les bouts de rangs sur environ 30 mètres, à raison d’un drain tous les 8 mètres. L’opération s’est déroulée en mars. Nous n’avons eu aucun travail préparatoire à réaliser ; nos sols (sable et graves) sont travaillés mécaniquement. Le drainage n’a pas abîmé la vigne, et l’entrepreneur a repris le sol derrière pour l’homogénéiser avec le reste des rangs. Depuis, nous n’avons plus de problème pour accéder à cette parcelle. La semaine dernière, nous avons eu 140 mm. La pluie a cessé vendredi, et ce lundi, nous rentrons dans la parcelle sans problème. Néanmoins, le drainage implique un surcroît de travail, et un coût non négligeable. »

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