Réussir vigne 13 novembre 2015 à 08h00 | Par Xavier Delbecque

Le court-noué, un fléau toujours présent

Face à la récurrence du court-noué, il existe toujours aussi peu de solutions. Malheureusement, les recherches sur le sujet avancent à pas de fourmis. Combiner les mesures préventives est pour l'heure ce qu'il y a de mieux à faire.

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Les symptômes du court-noué s'expriment de plus en plus dans les vignobles historiques.
Les symptômes du court-noué s'expriment de plus en plus dans les vignobles historiques. - © J.-M. Bossennec/Inra

Il fait beaucoup moins de bruit que les maladies du bois. Et pourtant, le court-noué est un problème récurrent, causant des difficultés à nombre de viticulteurs. "J'ai l'impression d'en voir de plus en plus, déplore Jean-Jacques Couchou-Meillot, viticulteur à Vertus (Marne). On n'arrive pas à s'en sortir !" Le constat est le même pour l'ensemble des vignobles historiques : si la contamination de nouvelles parcelles reste relativement rare, celles touchées déclinent lentement mais sûrement. « La recherche est en ordre de marche, mais nous faisons figure de parent pauvre, regrette Nathalie Ollat, ingénieur à l'Inra de Bordeaux. Pourtant la problématique n'est pas anodine ! On tire la sonnette d'alarme depuis longtemps, mais on ne nous écoute pas. » L'an dernier, le financement d'une étude de visibilité, visant à faire un simple état des lieux du problème, a même été refusé. Dans un tel contexte, difficile de mettre en place un plan de lutte, qu'il soit à l'échelle de l'exploitation ou du pays. Voici donc un tour d'horizon des solutions actuelles.

La désillusion après l'inscription du Némadex

En 2011, le Némadex Alain Bouquet, un porte-greffe tolérant au virus du court-noué, entrait au catalogue officiel. Mais force est de constater qu'il connaît un départ plutôt mitigé. La plupart des pépiniéristes n'ont reçu que très récemment le matériel végétal, et pour ceux qui ont déjà commencé la commercialisation, la diffusion reste anecdotique. Il faut dire que l'efficacité de ce porte-greffe n'est pas franchement au rendez-vous : une vigueur très faible, une mauvaise résistance à la sécheresse et peu de tolérance au calcaire. Il est inadapté à la majorité des vignobles français ; les instituts techniques eux-mêmes le qualifiant de porte-greffe « de niche ». « Il y a de la demande pour ce produit, informe Sébastien Velletaz, de la pépinière éponyme, mais nous ne le mettons pas en avant. Je le déconseille même dans beaucoup de cas, car je ne veux pas que les viticulteurs fassent fausse route. Certains l'essaient tout de même, surtout en complantation, mais cela représente environ dix milles plants par an seulement. » Nathalie Ollat est consciente de ces mauvais résultats agronomiques : « C'est une première étape. Nous continuons à travailler sur l'innovation des porte-greffes pour gagner en efficacité, notamment augmenter la vigueur et la tolérance au calcaire, car c'est là que le bât blesse. Par exemple, nous avions de bons résultats face à la maladie avec un croisement entre la mère du Némadex et le Riparia, mais il ne pousse quasiment pas ! » Mais il y a peu de chance pour qu'un salut à court terme vienne de cette voie : il n'existe pas de résistance naturelle au court-noué (seulement des tolérances), et l'obtention d'un nouveau matériel végétal est longue. « Nous sommes repartis pour dix à quinze ans de recherche, au minimum » avertit la scientifique.

Dévitalisation et extraction soignée des racines

De même, les essais sur la prémunition (injection d'une souche du virus hypovirulente, agissant comme un vaccin) continuent à donner des résultats hétérogènes. La pépinière Guillaume commercialise toutefois des plants prémunis depuis une quinzaine d'années. « L'efficacité dépend des cas ; je déconseille sur parcelle maigre ou stressée. Quoi qu'il en soit, le ministère limite la diffusion. Nous ne commercialisons que 8 500 pieds de pinot noir et chardonnay par an, destinés à la complantation sur des tâches de court-noué en parcelles de grand cru », informe Pierre-Marie Guillaume.

La piste la plus suivie actuellement par les chercheurs est l'utilisation de plantes à effet nématicide lors de la période de repos du sol. Cultiver de la luzerne, de la vesce ou encore de l'avoine en jachère entraîne, selon les premiers résultats, jusqu'à 50 % de réduction des populations de nématodes par rapport à un sol nu. Une telle pratique pourrait permettre de diminuer le temps de repos de quelques années, mais toujours pas de s'en affranchir. Pour les techniciens, le meilleur moyen de gérer le court-noué lorsqu'un repos de sept à huit ans est impossible, est encore de coupler les techniques existantes, à savoir celles présentées ici ainsi que la dévitalisation des souches avant arrachage et extraction soignée des racines.

Un OAD pour moduler la durée de repos du sol

La cellule de transfert de l'institut des sciences de la vigne et du vin de Bordeaux Vitinnov propose en prestation deux diagnostics pour la gestion du court-noué. Le premier permet de détecter les foyers de viroses afin de hiérarchiser les parcelles à renouveler et planifier l'arrachage. Le deuxième présente un intérêt pour optimiser la durée de repos du sol. « La moitié des parcelles à problème nécessite un repos de moins de deux ans » explique Coralie Laveau, directrice de la cellule. Le diagnostic consiste en la réalisation de fosses pédologiques à la parcelle et de prélèvements de terre sur différentes hauteurs pour appréhender la pression parasitaire. « Nous effectuons un dénombrement des nématodes vecteurs, et en fonction de leur répartition et de leur nombre, nous proposons un temps de repos adapté ».

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