Réussir vigne 30 mars 2016 à 08h00 | Par Xavier Delbecque

Le biocontrôle, une solution d'avenir

Poussés par une politique volontariste, les produits de biocontrôle devraient se multiplier dans les prochaines années. Voici les usages accessibles dès aujourd'hui et le potentiel de ces solutions.

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Fabien Cardetti a expérimenté le programme "Fullpack", basé entre autre sur des produits de biocontrôle. Test concluant puisqu'il a baissé son IFT de 4 points sans entraver sa protection.
Fabien Cardetti a expérimenté le programme "Fullpack", basé entre autre sur des produits de biocontrôle. Test concluant puisqu'il a baissé son IFT de 4 points sans entraver sa protection. - © X. Delbecque

Avec une efficacité jugée moindre que les produits conventionnels, les solutions de biocontrôle peinent encore à séduire. Et pourtant, elles peuvent d'ores et déjà permettre de perdre quelques précieux points d'IFT (indice de fréquence des traitements). « Je suis persuadé que c'est le créneau à prendre » lance Fabien Cardetti sur ses terres du Domaine de Lescure. L'exploitation familiale de 24 hectares, située à Labastide Saint-Pierre dans le Tarn et Garonne, a expérimenté un programme mis au point par la coopérative Qualisol, en partenariat avec l'IFV Sud-Ouest et Invivo. Ce projet, baptisé « Fullpack vigne » a fait la part belle aux produits de biocontrôle. Son but : optimiser la protection du vignoble tout en réduisant les intrants. Et les résultats sont au rendez-vous. Alors que le frontonnais affiche des IFT compris entre 17 et 22, selon une étude des élèves ingénieurs de Purpan, les modalités du projet ne dépassent pas 13. Avec parfois même des rendements supérieurs ! « Pour cela, nous sommes partis sur une approche physiologique de la vigne, explique Philippe Lorenzati, responsable cultures spéciales chez Qualisol. C'est-à-dire que nous n'avons pas cloisonné les types de protection et les ravageurs, mais nous avons raisonné sur la plante dans son ensemble. » Durant cinq années, des dizaines de produits de biocontrôle, stimulateurs de défenses naturelles et fertilisants ont été testés sur des microparcelles. Les plus intéressants d'entre eux ont ensuite été intégrés au programme « Fullpack ». Ce dernier prend la forme d'un itinéraire technique piloté tout au long de la campagne par un technicien. Il combine des produits phytosanitaires classiques, des produits de biocontrôle et de stimulation des plantes ainsi que des solutions agronomiques. Par exemple, dans la lutte anti-mildiou, le début de campagne et l'encadrement de la floraison se sont faits à l'aide de produits conventionnels, puis les Trichoderma ont pris le relais en fin de saison. Idem pour le botrytis. Pour les insectes, confusion sexuelle et Bacillus thuringiensis en complément d'un ovicide ont permis de gérer la très forte pression des tordeuses et cicadelles tout en respectant les traitements obligatoires de la flavescence dorée. Le tout renforcé par un apport de gypse au débourrement et de calcite micronisée à la nouaison, pour fortifier la plante. Au total, Fabien Cardetti a testé ce programme sur neuf hectares de négrette (très sensible au botrytis), de sauvignon (sensible à l'oïdium) et de gamay.

Un état sanitaire aussi bon voire meilleur que le témoin

Au final, le pari est tenu. Sur les cinq années, l'état sanitaire des feuilles était systématiquement identique à celui du témoin. Encore mieux, l'état des grappes était souvent meilleur, et les bois affichaient un aoûtement plus précoce. Les rendements, eux, étaient jusqu'à 14 % supérieurs avec, en prime, moins de déchets lors du tri de la vendange et des vins notés moins astringents et plus fruités. De son côté, Invivo Agrosolutions a réalisé l'analyse du cycle de vie. Il en ressort un bilan carbone équivalent et une écotoxicité aquatique divisée par deux au minimum. Sur le plan économique, si les charges par hectare augmentent, la marge brute croît également, sauf en 2013, année de grêle. « J'ai été très satisfait de l'expérience, témoigne Fabien Cardetti. Bien sûr, il faut réaliser davantage d'observations, et pouvoir être très réactif. Surtout en année compliquée. Mais les produits s'utilisent facilement, et sans changer de matériel. Cela demande juste quelques passages supplémentaires. C'est une simple adaptation. »

Dans l'étude, Qualisol n'a pas oublié d'associer des sociologues. « Au-delà de l'aspect agronomique, nous avions sous-estimé le côté humain, avoue Philippe Lorenzati. Il s'agit d'une véritable mutation de nos métiers. Si nous voulons diffuser ces innovations, il faudra travailler sur l'acceptation, en prenant en compte le poids des habitudes, le conflit intergénérationnel mais aussi le regard des confrères. »

- © X. Delbecque

Pour en savoir plus

Voir dossier Réussir Vigne de mars 2016. RV n°227, p. 40 à 46.

Au sommaire :

p. 42 - Les produits naturels au banc d'essai.

p. 44 - Des projets de recherche foisonnants.

p. 45 - Lancement d'un consortium national.

p. 46 - La confusion progresse toujours.

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