Réussir vigne 29 octobre 2015 à 08h00 | Par Xavier Delbecque

La taille Guyot Poussard a le vent en poupe

Grâce à ses bons résultats vis-à-vis des maladies du bois, la taille Guyot Poussard fait de plus en plus d’adeptes. Déjà bien répandue en Val de Loire et en Bourgogne, elle commence à intéresser d’autres vignobles, tels que Bordeaux et l’Alsace.

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La taille Guyot Poussard est utilisée par de plus en plus de viticulteur, dans le but de lutter contre les maladies du bois.
La taille Guyot Poussard est utilisée par de plus en plus de viticulteur, dans le but de lutter contre les maladies du bois. - © Sicavac

Ayant pris le nom du viticulteur qui l’a mise au point au début du XXe siècle, la taille dite « Poussard » est une variante du Guyot se voulant moins mutilante et basée sur le respect des flux de sève. Grâce aux travaux de la Sicavac à Sancerre (Cher), dirigés plus particulièrement par François Dal, et face au désarroi des viticulteurs vis-à-vis des maladies du bois, ce mode de taille a été remis au goût du jour. À tel point que l’engouement est aujourd’hui national.

Dans le Sancerrois, où François Dal prône cette pratique depuis une dizaine d’années, les formations vont bon train. « Nous avons réalisé un sondage au printemps 2015, qui a porté sur un tiers du vignoble Sancerrois, indique Marie Thibault, technicienne à la Sicavac. Parmi les répondants, 60 % ont formé leurs salariés à ce nouveau mode de taille. 80 % des domaines ont au moins une personne compétente ! » Ainsi, la moitié de ces exploitations sont conduites en Guyot Poussard sur l’intégralité de leurs parcelles. « 23 % des exploitants ont par ailleurs remarqué une baisse des maladies du bois dans leurs vignes », ajoute la technicienne. En Bourgogne, la dynamique est également bien lancée : « Il y a une progression linéaire depuis cinq ans, informe Laurent Anginot, de l’Association Technique Viticole de Bourgogne (ATVB). Le Gest (Groupement d’études et de suivi des terroirs) participe à la vulgarisation de la technique, et la chambre d’agriculture de Côte-d’Or dispense des formations tous les ans. Même si la majorité des viticulteurs continue à utiliser les tailles en Guyot classiques, le mouvement « Poussard » n’est pas marginal. » Les adeptes sont de plus en plus nombreux et Laurent Anginot estime qu’il n’est pas impossible qu’à terme, une petite moitié du vignoble soit convertie. « Il faut dire que ce mode de taille est intéressant, ajoute-t-il. Il fonctionne bien sur les cépages vigoureux. Par contre, il me fait parfois peur sur pinot noir. Si la technique continue de s’étendre, il faudra porter une réflexion sur les porte-greffe, en trouver des plus vigoureux pour s’adapter. »

Pascal Lecomte, de l'Inra, œuvre au développement de la taille Guyot Poussard dans la région de Bordeaux.
Pascal Lecomte, de l'Inra, œuvre au développement de la taille Guyot Poussard dans la région de Bordeaux. - © Inra

"Ce mode de taille devrait émerger fortement dans les prochaines années"

À Bordeaux, Pascal Lecomte, de l’Inra, travaille sur le sujet depuis plusieurs années, et encourage vivement au développement de la taille Poussard, d’autant plus que ses premiers résultats d’essai vont dans le sens d’une réduction des symptômes de l’esca. « C’est une conduite d’avenir, assure-t-il. Elle devrait émerger fortement dans les cinq à dix ans à venir. » Les autres instituts techniques bordelais ne veulent cependant pas sauter les étapes : « Nous allons mettre en place un vaste programme d’essais sur toute la région Aquitaine, informe Alexandra Lusson, technicienne à la chambre d’agriculture de la Gironde, car il y a une très grosse demande de la part des viticulteurs locaux sur cette thématique. Mais avant de se lancer, beaucoup de questions sont en suspens ». Ces essais auront donc pour but d’évaluer l’impact de la pratique sur la mortalité des ceps, les rendements, la vigueur, la maturation, mais également sur les aspects économiques et de temps de travail, pour voir si le mode de taille Poussard correspond réellement aux attentes et aux besoins des viticulteurs. « Nous allons commencer en priorité par les cépages sensibles aux maladies du bois, c’est-à-dire le sauvignon, cabernet sauvignon et sémillon. Si nous obtenons des résultats favorables sur tous ces critères, nous préconiserons la diffusion de cette pratique », conclut la technicienne.

Les viticulteurs biologiques souvent pionniers

La taille Poussard est aussi arrivée jusqu’en Alsace, même si elle y reste encore assez confidentielle. Selon la DRAAF, en 2014, seul un très faible pourcentage de viticulteurs la pratiquait et essentiellement ceux en mode de production biologique. En champagne par contre, les instituts techniques sont un peu plus réservés. « Nous y réfléchissons, avoue François Langellier au Comité Interprofessionnel des Vins de Champagne, mais ce n’est pas une priorité. Des essais seront sans doute mis en place dans les prochaines années, mais même si les résultats sont probants, il faudra encore modifier le cahier des charges de l’appellation ».

C’est à la faveur de nombreuses initiatives locales que la pratique de la taille Guyot Poussard s’est essaimée à travers toute la France, jusque dans des vignobles plus modestes, à l’instar du Diois et des Côtes Roannaises. Si les divers instituts techniques confirment à l’avenir l’intérêt de ce mode de taille, il y a fort à penser qu’il trouve sa place dans les cahiers des charges et dans nos parcelles.

Témoignage : Edouard Bricaud, au château de Sancerre (Cher)

« La taille Guyot Poussard présente beaucoup d’avantages », estime Edouard Bricaud, adjoint du directeur d’exploitation au château de Sancerre dans le Cher.

" Le domaine du château de Sancerre a été l’un des premiers à mettre en pratique la taille Poussard, il y a une petite dizaine d’années. Aujourd’hui la quasi-totalité du vignoble est conduite ainsi et nous ne regrettons pas ce choix. Au départ il a fallu prendre le temps de former tout le personnel, mais maintenant ce n’est pas plus chronophage qu’une Guyot classique : c’est une taille assez simple. On gagne même du temps à l’ébourgeonnage ! Nous n’avons pas remarqué d’impact sur les rendements, mais c’est vrai qu’il faut faire attention car cette pratique n’est pas adaptée à toutes les parcelles ; elle demande beaucoup de vigueur. Pour ce qui est des maladies du bois, ce n’est pas une solution miracle, mais nous constatons un retard de l’apparition des premiers symptômes."

Repères

La taille Guyot Poussard est une taille Guyot simple, à deux bras : un bras avec courson et un bras avec baguette et un courson sous la baguette. On change la direction de la baguette chaque année. Les plaies de tailles se retrouvent sur le dessus et alignées avec les précédentes. Il se forme ainsi un « courant de sève » sur la face inférieure des bras. Des chicots, ou cônes de dessèchement, de plusieurs centimètres doivent être laissés à la taille.

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