Réussir vigne 10 décembre 2015 à 08h00 | Par Clara de Nadaillac

La sélection massale privée se sécurise

Des conseillers et des pépiniéristes proposent à présent des sélections massales privées, avec garanties sanitaires. Voici en quoi cette prestation de service consiste chez trois d’entre eux.

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Les sélections massales privées, avec possibilité de test de virologie, se développent afin de conserver une diversité, comme ici, de vieux chenins dans le Val de Loire.
Les sélections massales privées, avec possibilité de test de virologie, se développent afin de conserver une diversité, comme ici, de vieux chenins dans le Val de Loire. - © T. Dormegnies

Sauvegarder le patrimoine de l’exploitation, favoriser la diversité, obtenir des vignes globalement plus résistantes, réaliser des vins plus complexes : tels sont les principaux arguments mis en exergue par les viticulteurs faisant appel à de la sélection massale privée. Les pépinières Hebinger, à Eguisheim (Haut-Rhin), qui ont été l’un des précurseurs en la matière, en savent quelque chose. "Nombre de viticulteurs viennent me voir pour conserver la diversité génétique de leurs vieilles vignes tant qu’ils le peuvent", indique Christophe Hebinger, son gérant. Pour y répondre, il propose des sélections massales privées depuis plus de vingt ans. En règle générale, le viticulteur choisit lui-même les ceps qui lui plaisent visuellement, et en envoie les greffons à la pépinière. "Mais nous pouvons également nous rendre sur place, si le vigneron le désire", précise le pépiniériste, qui se déplace partout en France. Des tests virologiques sont au catalogue (court noué, enroulement), mais pas obligatoires. Le pépiniériste multiplie ensuite le matériel. Le prix de cette prestation, à partir de 1 500 pieds, est un surcoût de 16 centimes par cep, par rapport au tarif "normal". Les frais d’analyse et de déplacement sont en sus.

Un suivi des ceps sélectionnés durant deux à trois ans

Lilian Bérillon, pépiniériste à Jonquières (Vaucluse), réalise des sélections massales privées sur toute la France depuis une dizaine d’années. Une fois contacté, et avant de se déplacer, ce spécialiste du végétal regarde l’environnement de la parcelle. « S’il s’agit d’un secteur avec une forte pression de flavescence dorée par exemple, nous hésitons avant de nous rendre sur place, prévient-il. Parfois, nous déclinons. D’autres fois, nous reportons à plus tard. Car il faut absolument éviter de multiplier du matériel végétal qui aurait été piqué par la cicadelle mais n’exprimerait pas encore les symptômes. » Une fois sur le domaine, il écoute les besoins du viticulteur et sélectionne visuellement des ceps, datant de la période présélection clonale (avant les années soixante-dix). « Nous éliminons les pieds porteurs de certaines viroses, poursuit le pépiniériste, puis nous nous basons sur la qualité de la récolte (présence ou non de coulure, taille des baies…). » L’entreprise réalise ce travail deux, voire trois années de suite. Selon les souhaits du vigneron, le pépiniériste prélève, ou non, des échantillons de sarments aoûtés en première année, pour une analyse sanitaire en laboratoire. « Il s’agit d’un test Elisa, recherchant la présence de court noué et d’enroulement », précise Lilian Bérillon. À l’issue des deux à trois années de travail, le nombre de ceps sélectionné varie. « Parfois, il n’y a rien à conserver, prévient-il. C’est difficile à expliquer au viticulteur, mais il y a une réglementation sanitaire. On ne peut pas faire n’importe quoi. » D’autres fois, la sélection est satisfaisante, et l’équipe peut prélever des greffons, qui seront ensuite traités à l’eau chaude, multipliés à la pépinière et greffés si le vigneron le souhaite. Suivant le nombre de parcelles suivies, la réalisation de tests sanitaires ou non…, le prix de la prestation varie de 6 000 à 10 000 euros par an.

Des analyses de virus systématiques

Thomas Dormegnies, ancien sélectionneur des pépinières Mercier, vient quant à lui de se lancer sur ce créneau de la sélection massale, en créant son entreprise TDormegnies Conseils, en Charente-Maritime. Comme son confrère, il se déplace partout en France. Sa prestation, facturée 1 500 euros, commence par la définition d’un ou deux objectifs de sélection avec le viticulteur. Il peut s’agir de conserver les ceps avec des grappes aérées, ou à faible rendement, ou encore les moins sensibles au botrytis. Le travail se poursuit sur le terrain, lors de deux visites. La première se déroule en juin. « Je marque alors environ 200 pieds qui semblent intéressants d’un point de vue visuel et ne présentent pas de symptômes de virose », détaille-t-il. Il revient sur les parcelles une semaine avant les vendanges, pour s’intéresser aux grappes à maturité : « Sur les 200 pieds, je ne conserve que ceux qui ont un équilibre et une vigueur normaux, note-t-il. J’arrive généralement aux alentours de 150 ceps. » Il prélève alors des échantillons de sarments aoûtés et les envoie à un laboratoire d’analyse, pour une recherche du court noué et des trois enroulements (coût de l’analyse en plus). Au final, le consultant se retrouve avec environ 75 individus sains et intéressants, les 75 autres étant généralement porteurs de viroses. « Il est possible de suivre ces 75 souches une année de plus pour vérifier leur comportement, poursuit Thomas Dormegnies. Mais sinon, je réalise des greffons et les envoie chez un pépiniériste pour multiplication. Puis je supervise ensuite leur plantation souche par souche chez le viticulteur. » En plus, le client peut demander un suivi des génotypes plantés.

- © IFV

« L’IFV et ses partenaires proposent une grande diversité dans les conservatoires »

L'avis de Pascal Bloy, directeur du pôle national matériel végétal de l'IFV.

« La sélection clonale a pour but d’éviter la multiplication de viroses et de caractériser le comportement agronomique du matériel végétal sélectionné (rendement, couleur, type de vin…). Mais si certains viticulteurs souhaitent privilégier la diversité à la sécurité agronomique, il n’y a pas de problème sur le fond. C’est un choix. À condition, bien sûr, que des tests sanitaires soient effectués pour éviter le développement de viroses. Nous-mêmes, en partenariat avec diverses institutions (Inra, chambres d’agriculture, comités interprofessionnels, etc.), proposons aux viticulteurs qui le demandent d’avoir accès aux ceps que nous avons sélectionnés et installés dans nos conservatoires de cépages. Ils peuvent ainsi avoir accès à une grande diversité d’individus, repérés sur de nombreuses parcelles, dont la qualité sanitaire a été vérifiée. »

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