Réussir vigne 28 janvier 2016 à 08h00 | Par Xavier Delbecque

« La paille m’aide à gérer les adventices »

Depuis quelques années, le domaine champenois Bonnevie-Bocart a troqué le paillis d’écorce contre la paille de blé et d’orge. Pour les propriétaires, la satisfaction est au rendez-vous. Reportage.

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La paille sur l'inter-rang permet à Eric Bonnevie de maîtriser les adventices tout en faisant des économies.
La paille sur l'inter-rang permet à Eric Bonnevie de maîtriser les adventices tout en faisant des économies. - © X. Delbecque

En hiver, les vignes du domaine Bonnevie-Bocart (Billy-le-Grand, Marne) se repèrent de loin, tant le jaune de la paille fraîchement étalée est éclatant. Cela fait maintenant deux ans qu’Éric Bonnevie l’utilise pour couvrir ses cinq hectares de vignes. À l’origine de cette décision, il y a la volonté de valoriser les sous-produits des cinquante-huit hectares de grandes cultures dont le domaine est également propriétaire (blé, orge, betterave, colza, moutarde…). « À la vente, la paille me rapporte 400 euros à l’année, c’est-à-dire quasiment rien, explique le vigneron. Je me suis demandé s’il n’y avait pas mieux à faire avec. » Il a donc effectué un premier test d’épandage sur une parcelle, il y a de cela six ans. Une expérience peu convaincante. « L’épandage a été franchement laborieux car je n’avais pas le matériel adéquat, témoigne l’exploitant. Et je me suis retrouvé avec des paquets de paille dans les rangs. Mais je suis plutôt buté, j’ai continué à essayer ! » L’année suivante Éric Bonnevie investit dans un épandeur porté Vitep distribué par ACI Viticole, qu’il bricole légèrement pour que la paille tombe juste avant le passage de roue.

Éric Bonnevie, et sa fille Mathilde, paillent leurs vignes depuis deux ans, avec succès.
Éric Bonnevie, et sa fille Mathilde, paillent leurs vignes depuis deux ans, avec succès. - © X. Delbecque

Une gestion des adventices satisfaisante dans l’inter-rang

Le tout est monté sur un enjambeur trois rangs (CMC Jaguar de 100 chevaux). Après quelques essais, il trouve le bon ajustement : la paille doit être sèche, décompactée et exempte de toute ficelle. Résultat, un paillage sur le rang régulier, d’environ 70 centimètres de large pour une quinzaine de centimètres d’épaisseur. Avec, à la clé, de nombreux avantages. « La paille reste bien en place, et permet de gérer les adventices de façon très satisfaisante sur l’inter-rang », assure le vigneron qui réduit ainsi l’usage des herbicides. Autres effets positifs, ce couvert végétal permet de lutter contre l’érosion et d’éviter le tassement. Il garde la fraîcheur en été et crée un amendement organique idéal au développement de la biologie du sol. Les ouvriers apprécient quant à eux le côté confortable. Marcher sur le mulch est plus agréable, et surtout, permet de garder les pieds au sec. Pour Éric Bonnevie, qui était déjà habitué à pailler avec des écorces, le principal changement a été en terme financier. « Je ne vois pas de différence par rapport à mes anciens paillis dans la lutte contre les adventices. De même je n’ai pas noté de changement de comportement de la vigne. Par contre je n’achète plus d’écorces ! », se réjouit-il. Une économie non négligeable de 1350 €/ha/an, sur une base de 300 m3/ha tous les quatre ans ; à 18 euros le m3. La quantité moyenne de paille utilisée par le vigneron est de six à sept tonnes par hectares. À 40 euros la tonne, cette technique pourrait également se montrer avantageuse pour les viticulteurs en monoculture.

Un paillis qui se révèle toutefois glissant

Il existe par contre des inconvénients à prendre en compte. À savoir qu’en situation de pente et d’humidité, l’enjambeur a tendance à glisser. De fait, sur les parcelles de coteaux, notre viticulteur ne paille qu’un rang sur deux et alterne tous les ans. Le rang non paillé reçoit les bois de taille sectionnés en tronçons. Sur les autres parcelles, tous les rangs sont recouverts de paille et bois de taille, et le paillis reste en place pendant deux ans. Ce rythme suffit pour gérer les adventices. Autre point négatif, le temps de travail pour l’épandage. « Nous sommes à deux personnes : une qui décompacte les ballots et charge l’épandeur, puis une qui mène l’enjambeur, rang par rang, explique Éric Bonnevie. On ne fait que 150 mètres avec un appareil, et il faut parfois faire marche arrière pour débourrer la machine. Au final je ne roule guère plus qu’à deux kilomètres par heure. » Le chantier n’avance donc que de 60 ares par jour.

En termes d’agronomie, la paille se révèle également bien adaptée aux parcelles du domaine Bonnevie-Bocart. En 2007, les analyses de terre de la parcelle test présentaient des taux de matière organique (MO) très élevés, de l’ordre de 5,3 %, ainsi qu’un rapport carbone sur azote (C/N) de 13. Un tel niveau traduisait clairement une accumulation de matière organique. Les analyses de 2015 montrent en revanche un retour à la normale. Les taux de MO avoisinent 3,5 %, et le rapport C/N est redescendu entre 11,3 et 12,1. « La vigne retrouve son équilibre. Mais à terme il y aura une réflexion à mener sur la gestion durable de ces paramètres, estime Mathilde Bonnevie, la fille aînée. De même que pour la fertilisation. » La paille se dégradant rapidement, il est probable qu’un apport ponctuel de fragments d’espèces ligneuses soit effectivement nécessaire.

@ Retrouvez en ligne la vidéo de l’appareil en fonctionnement : http://vigne.reussir.fr

Jean-Yves Cahurel, Sicavac Beaujolais.
Jean-Yves Cahurel, Sicavac Beaujolais. - © X. Delbecque

« Il faut faire attention à la faim d’azote »

" L’utilisation de paille dans les vignes était une technique répandue en Beaujolais dans les années 1980 ", explique Jean-Yves Cahurel, technicien viticole à la Sicavac Beaujolais. " Les résultats d’expérimentation de l’époque montraient des effets bénéfiques importants sur l’érosion, mais la paille était épandue en rangées perpendiculaires à la pente. Les instituts avaient également noté un risque de diminution de la vigueur. Le seul risque agronomique, à mon avis, est effectivement de créer une « faim d’azote » car le rapport C/N est faible, et ce dernier élément risque de manquer aux micro-organismes du sol. Toute la surface, cela fait beaucoup… La pratique a quasiment disparu chez nous au profit de l’enherbement, moins contraignant."

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