Réussir vigne 21 octobre 2013 à 08h00 | Par Benoît Velut et Claudine Galbrun

La formation doit d'adapter pour faire face à la crise des vocations

L’avenir de la filière dépend intimement du bon renouvellement des générations. Modification des structures et nouveaux enjeux techniques : la formation va devoir s’adapter.

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Le recrutement 
des jeunes est de plus 
en plus difficile à assurer, 
alors même que les besoins 
en formation augmentent.
Le recrutement des jeunes est de plus en plus difficile à assurer, alors même que les besoins en formation augmentent. - © J.-C. Gutner

Où sont les jeunes ? La question se pose dans presque toutes les régions, et l’inquiétude grandit. “ Dans 10 ans, 65 % des chefs d’exploitation seront à la retraite. Qui va les remplacer ? ”, questionne Michel Issaly, président des VIF. La préoccupation concerne aussi bien les vignerons indépendants que les coopératives. “ Chez Alliance Aquitaine, notre pyramide des âges n’a pas changé en vingt ans, ce qui pourrait être un bon signe. Dans le même temps, la surface engagée n’a presque pas bougé non plus… mais le nombre de coopérateurs, lui, a fortement baissé ”, constate Eric Chadourne, son président. Tous s’accordent pour dire que la tendance à la concentration des exploitations va se poursuivre à l’avenir. Philippe Laveix, président de Jurisvin, (réseau des notaires de la filière vitivinicole), expose cette vision partagée : “ On peut le regretter mais à l’avenir le paysage de la production sera composé de grosses exploitations, bien structurées, dont la superficie pourrait se situer dans le bordelais autour d’une centaine d’hectares en moyenne. Ils auront sur un plan commercial les moyens de s’adresser directement à des acheteurs (grande distribution, exportations) ou ils vendront au négoce des volumes conséquents. Ils auront en tous cas établi des circuits de commercialisation. De petites structures sans doute de moins de 15 ha peuvent aussi trouver leur place même si cela restera difficile. Elles disposeront d’un circuit de commercialisation plus confidentiel basé sur la vente directe auprès de cavistes, restaurants ou particuliers. ” Dans le même esprit, Robert Levesque, directeur de Terre d’Europe-Scafr (le service d’études de la Safer), estime que le mouvement de concentration des exploitations se poursuivra tant que la valeur ajoutée se fera essentiellement à l’export “ sauf si l’Etat et/ou la profession décidait de freiner ce phénomène en imposant un contrôle des structures. C’est un point qui sera débattu dans la prochaine loi d’orientation agricole ”, annonce-t-il.


Gérer l’accès au foncier


Le constat du désintérêt des jeunes pour la profession est partagé par Cyril Samson, secrétaire général de la Fédération Aprefa qui gère la formation agricole au ministère : “ Le recrutement est difficile et de nombreuses offres d’emploi restent non pourvues. Assez curieusement, les jeunes se ruent vers l’aménagement paysager, dont les métiers ont pourtant les mêmes contraintes physiques que ceux de la vigne. ” Boris Calmette, président de Coop de France, en exprime la principale raison : “ Le renouvellement des générations est trivialement lié au chiffre d’affaires par hectare… Les vocations ne reviendront que là où il sera rentable de cultiver la vigne et de faire du vin. ” L’accès au foncier s’avère être l’autre frein, imposant au candidat non seulement une mise de départ importante, mais aussi un parcours administratif qui peut le décourager. Face à ces constats, le pessimisme semble l’emporter.
Néanmoins, quelques signaux encore faibles peuvent éclaircir le tableau. “ Evidemment, on verra de gros groupes profiter du faible taux de renouvellement des exploitations ”, estime Jacques Rousseau, de l’ICV. “ Mais parallèlement, le regain de sympathie dont bénéficie le monde agricole attirera encore plus de néo-vignerons libres de toute tradition familiale et ouverts d’esprit, ce qui est un facteur de dynamisme important dans une région viticole qui aurait tendance à s’engourdir. ” Un autre signal positif vient de l’émergence de systèmes de financement et d’accompagnement à l’installation alternatifs, comme celui initié en 2005 par l’association Terre de Liens. Cécile Claveirole, l’une de ses administratrices dans le Jura, annonce “ opposer au constat pessimiste condamnant les petites exploitations un modèle qui perd peu à peu son caractère utopique. Une part croissante de la société veut un autre modèle économique et lui donne les moyens d’exister, notamment en plaçant son épargne chez nous pour favoriser la reprise ou la création de petites structures. Cela correspond à un marché de niche encore très étroit, émanant de consommateurs qui veulent “ un visage derrière la bouteille ”, mais il est amené à se développer : la niche est loin d’être saturée ! ”. Le métier de vigneron est en effet dans l’air du temps, “ made in France et impossible à délocaliser ! ”

Les réunions de bout 
de parcelle prendront encore plus d’importance comme lieu privilégié d’échange 
d’expériences.
Les réunions de bout de parcelle prendront encore plus d’importance comme lieu privilégié d’échange d’expériences. - © M. Ivaldi

Une formation tournée vers l’agroalimentaire


Les nouveaux vignerons ayant passé le cap de l’installation seront-ils armés pour mener à bien leur projet d’entreprise et de vie ? Même si certains regrettent que la formation fasse trop la part belle à la viticulture “ de terroir ” et ne prépare pas les jeunes au fait que le vin puisse être vu comme un produit agroalimentaire, “ les référentiels de formation initiale évoluent dans le bon sens ”, selon Jacques Grosman de la DGAL-SRPV. “ La nouvelle génération est de plus en plus sensible aux questions environnementales et possède les outils pour répondre aux défis techniques et intellectuels qu’elles posent. ” Les nouvelles demandes qui s’imposent à la viticulture exigeront des futurs professionnels davantage de connaissances dans des domaines variés : nouvelles technologies avec la viticulture de précision, règles de base du commerce international, physiologie végétale, agronomie… Côté œnologie, la formation n’a cessé de s’étoffer, passant à un niveau Bac+5 et intégrant de la viticulture et du marketing, “ afin de donner autant de poids à l’œnologue qu’au commercial dans les entreprises ”, souligne Robert Tinlot, président honoraire de l’OIV. Reste que pour Patrick Ducourneau, directeur de Vivelys, une réforme de la formation d’œnologue s’impose : “ Les œnologues ne sont pas formés à gérer de grosses productions. Il faut changer d’état d’esprit et passer à un processus de production de marché, comme dans les autres entreprises agroalimentaires. ”


La formation continue, solution d’avenir


De l’avis de tous, la formation initiale, même si elle est satisfaisante, ne suffira jamais à tout maîtriser. La formation continue est la solution d’avenir majoritairement admise. Comme d’autres, Joël Rochard, de l’IFV, estime que “ l’on verra encore plus de groupements de développement viticoles comme il en existe déjà avec les chambres d’agriculture et autour de certaines coopératives et de certains négoces ”. La réunion de bout de parcelle, moment important d’échange d’informations et de mutualisation d’expériences, a donc de belles années devant elle. La formation passera aussi par le net : l’initiative de l’IFV de création d’un forum autour des maladies du bois et d’une plateforme de e-learning sur le changement climatique est perçue comme un signal de plus de cette tendance.
La filière saura-t-elle se rendre à nouveau attractive pour les candidats à l’installation et les futurs ouvriers qualifiés ? Pour cela, la question de la rentabilité de l’activité et celle de l’image du travail aux vignes sont primordiales : la passion ne suffit pas à nourrir son homme…

Cyril SAMSON, secrétaire général de la Fédération Aprefa pour la promotion de l’enseignement agricole public.
Cyril SAMSON, secrétaire général de la Fédération Aprefa pour la promotion de l’enseignement agricole public. - © Aprefa

Des programmes tournés vers l’agro-écologie

 

“ À l’avenir, les programmes tenteront de répondre aux mutations en cours dans le milieu viticole : ils seront sans doute plus orientés vers l’agro-écologie et prépareront mieux les jeunes à appréhender des métiers de plus en plus complexes (réglementation phytosanitaire plus contraignante, matériel plus sophistiqué…), avec une dimension de gestion de personnel et de commercialisation qui s’ajoutera aux compétences techniques. ”

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