Réussir vigne 19 juillet 2004 à 09h38 | Par Claudine Galbrun

L´inao ouvre le débat - Le grand ménage

L´AOC a failli. Même le président de l´Institut National des Appellations d´Origine le reconnaît. Il veut lancer une réforme du système en profondeur afin de le remettre sur la bonne voie : celle de la qualité.

Abonnez-vous Réagir Imprimer

Voilà ! C´est dit, admis, reconnu au grand jour par les professionnels eux-mêmes : il y a des vins AOC qui ne valent pas un pet de lapin. Certains en leur temps s´étaient risqué à faire un tel diagnostic mais n´étant pas du sérail, ils n´avaient guère été entendus. Jacques Berthomeau, dans son rapport en juillet 2001, parlait déjà « d´un manque de rigueur » et déplorait « une conduite approximative du vignoble », tant pour les AOC que pour les vins de pays d´ailleurs. On sait depuis ce qu´il est advenu de ses réflexions.
Mais sous le double effet, sans aucun doute concomitant, d´une concurrence internationale grandissante et d´un amenuisement des parts de marché des vins français, il a bien fallu se rendre à l´évidence : l´AOC n´est pas un gage de qualité. D´aucuns diront qu´elle ne l´a jamais été, garantissant simplement la typicité d´une origine donnée. Mais dans l´esprit du consommateur, le mal est fait. René Renou, président du Comité national des vins de l´Inao, lors du comité extraordinaire qui s´est tenu le 29 avril a donc dit tout haut ce que beaucoup pensait tout bas : l´AOC vit une crise de confiance et n´est pas à la hauteur de la part de rêve qu´elle promet. « On voit les réalités qui apparaissent et montent à la surface. »
Force est de constater, pour René Renou, que l´AOC obéit aujourd´hui à deux logiques de production. La première, exigeante, rigoureuse, s´appuyant sur un terroir, occupe un marché de niche et génère une forte valeur ajoutée, la seconde dégage des volumes importants, cherche à copier les standards anglo-saxons et dans certains cas, produit des vins de piètre qualité. Par manque de contrôle, par faiblesse qu´on appelle aussi l´agrément social, certains viticulteurs se sont laissés aller, oublieux des règles premières du concept même d´AOC tout en essayant de profiter de la renommée attribuée à toute une région par justement sa reconnaissance en AOC.
Et au final, il y avait même des vins jugés impropres à la consommation qui gagnaient leur label AOC. René Renou avait pourtant déjà voulu révolutionner le système en proposant le contrôle des conditions de production à la parcelle. Sans doute déçu par les résultats, a-t-il voulu aller plus loin et acter dans les faits l´existence de ces deux logiques. « Si l´on considère que tout le monde est à la même enseigne sous l´égide de l´Inao, on ne donnera satisfaction ni à l´une, ni à l´autre de ces logiques. » D´autant plus, poursuit-il, que la France n´est plus aujourd´hui la référence suprême en matière de vins.
« Pouvoir se battre à armes égales avec le Nouveau Monde »
Les anglo-saxons ont su imposer leur propre code de lecture du vin aux consommateurs. Il propose donc à chaque syndicat de défense d´une appellation de réviser son décret et de choisir son camp. Soit le syndicat opte pour une économie de valeur ajoutée traditionnelle, s´impose rigueur et exigence et obtiendra une reconnaissance en AOCE (Appellation d´origine contrôlée d´excellence) soit il choisit une logique « moderne » de production, une « vision souple et flexible » (mécanisation, règle des 85/15, technologie en cave) et son vin sera alors étiqueté simplement AOC. « Cela ne signifie pas que l´AOCE est mieux que l´AOC. Ce sont des logiques économiques collectives différentes pour répondre à des attentes de marché différentes. »
Pour René Renou, l´AOC doit d´ailleurs offrir aux vignerons français les moyens de se battre à armes égales avec la concurrence du Nouveau monde. « L´Inao doit sortir de son dogme définitif pour adopter une position plus agressive vis-à-vis du marché mondial. ». Il ne s´agit pas non plus de faire un vin industriel. « Ce n´est pas l´esprit de l´Inao. » Chaque décret d´appellation devra être réécrit en fonction d´un cahier des charges établis autour de dix critères (voir l´article « réécriture des décrets » du 21/07/04).
« A chacun de dire ce qu´il fait et de faire ce qu´il dit. Ni plus, ni moins. » Pour obtenir l´AOCE, au moins 75 % des vignerons présents dans l´appellation devront s´être prononcés en sa faveur. « Les 25 % restants suivront soit en ronchonnant, soit en se ralliant au décret ou seront accueillis dans une AOC sous-régionale. » Mais si au sein de la simple AOC, un vigneron manifeste sa volonté d´aller au-delà, il pourra bénéficier de la mention
« Site et Terroir d´exception », soit une reconnaissance individuelle de domaine accordée sur la base d´un cahier des charges reprenant les critères de l´AOCE. L´obtention de l´AOCE et de la mention STE ne serait accordée que pour cinq ans, un contrôle étant effectué à cette échéance et pouvant entraîner le déclassement. Car il y aura des contrôles. Et ce, à deux niveaux. D´abord par l´Inao qui fera preuve de pédagogie et de sanctions sous la forme de « carton jaune ». Et pour les récalcitrants, se mettra en place une brigade indépendante de contrôle. Autrement dit : « de vrais flics ».
Pour René Renou, toute cette réforme doit aboutir à sortir de l´opacité qui régnait jusqu´à présent, la transparence devant être le maître mot de cette réforme. Le projet va maintenant être débattu. Le calendrier fixé pour aboutir est ambitieux : l´affaire, espère M. Renou, devant être bouclée à la fin de l´année 2004.

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Réussir vigne se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

Les ARTICLES LES PLUS...

Voir tous

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 20 unes régionales aujourd'hui