Réussir vigne 26 février 2016 à 08h00 | Par Isabelle Montigaud

L’attachage, entre tradition et objectif de production

L’attachage (pliage ou liage) de la vigne est d’abord une question de tradition. Mais les pratiques évoluent en fonction des objectifs de production, de la maîtrise sanitaire, ainsi que de la volonté de réduire les coûts de production.

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Aujourd’hui, certains vignerons reviennent à une arcure moins prononcée pour limiter les problèmes de botrytis et d’autres préfèrent les tailles courtes avec pliage à plat pour limiter les temps de travaux.
Aujourd’hui, certains vignerons reviennent à une arcure moins prononcée pour limiter les problèmes de botrytis et d’autres préfèrent les tailles courtes avec pliage à plat pour limiter les temps de travaux. - © P. Cronenberger

« La vigne est une liane, rappelle Gilles Rey, consultant indépendant. Elle pousse donc par son extrémité et le pliage des longs bois est à mon sens l’attachage qui correspond le mieux à la physiologie de la vigne. Lui seul permet de régulariser la croissance des rameaux. En fonction du nombre d’yeux, je préconise donc une arcure plus ou moins prononcée. » Dans la taille longue, l’arcure ou palissage oblique sont en effet requis pour combattre l’acrotonie (croissance privilégiée des bourgeons supérieurs) et permettre le développement de sarments vigoureux à la base des longs bois. En revanche, la taille est très importante pour limiter la longueur des baguettes et pour contrôler les circuits de sève.

L’attachage en arcure, pour étaler la végétation et réguler la pousse

L’arcure est d’ailleurs le mode de pliage traditionnel dans plusieurs régions viticoles comme l’Alsace, les Charentes ou encore la Bourgogne, même si les pratiques évoluent. « Historiquement, le pliage en arcure était quasi exclusif sur les chardonnays du Mâconnais avec des bénéfices bien connus comme l’étalement de la végétation, la régulation de la pousse et également la possibilité d’avoir des baguettes allant jusqu’à douze yeux et donc une production importante, explique Florent Bidaut, conseiller viticole en Bourgogne. Au début des années 1990, nous avions conduit une expérimentation qui montrait qu’une taille plus courte avec pliage à plat était plus adaptée aux clones productifs et à la recherche d’une qualité supérieure des vins. Par ailleurs, ce type de pliage facilite la mécanisation (prétaille) et diminue les temps de travaux (tirage des bois, pliage des baguettes…). Aujourd’hui, la situation est plus partagée avec certains vignerons qui sont revenus à une arcure moins prononcée pour limiter les problèmes de botrytis et d’autres qui préfèrent les tailles courtes avec pliage à plat pour éviter les temps de travaux liés au mouchage (coupure des pousses qui se développent dans l’axe du rang pour les pliages en arcure). »

En Alsace, vignoble traditionnellement conduit en arcure voire en double arcure, « les pratiques évoluent également, note Frédéric Schwaerzler de la chambre d’agriculture d’Alsace, avec des arcures souvent moins prononcées (entre 15 et 30 centimètres de hauteur) en fonction des objectifs de production et des objectifs qualitatifs. Mais l’arcure conserve un intérêt majeur dans la régulation de la vigueur ».

À Cognac, où l’arcure dominait, deux modes de conduites se développent actuellement : l’arcure haute taille longue non palissée, qui allie les avantages de la taille longue (fertilité, longévité) et l’économie du relevage, et la taille longue attachée à plat avec une taille en courson. Ainsi le prétaillage peut être mis en œuvre.

Pliage à plat : tradition pour certains, maîtrise des coûts pour d’autres

Dans un vignoble comme Sancerre, « c’est l’attachage à plat qui est la tradition sans doute car l’appellation autorise seulement dix yeux par cep ce qui est trop court pour faire une arcure", explique François Dal de la Sicavac. Les vignerons plient donc à plat en roulant la baguette deux à trois fois autour du fil afin de freiner le flux de sève et homogénéiser la pousse sur la baguette. "C’est un système de pliage plus rapide à mettre en œuvre que l’arcure (20 à 30 % de temps en moins) et intéressant quand on n’a pas de problème de rendement », ajoute-t-il.

Dans l’Entre-deux-Mers, Carine Delacroix, conseillère viticole observe que c’est également le pliage à plat qui domine. Le raisin est bien étalé, il n’y a pas d’entassement, la mécanisation est possible en particulier pour l’effeuillage et surtout la maturité est plus précoce et plus homogène ce qui est très important pour la production des vins rouges.

Arcure ou plat, si la tradition « régionale » reste dominante, plusieurs facteurs peuvent donc faire évoluer les pratiques, en particulier les objectifs de production (niveaux de rendement, exigences qualitatives), les exigences sanitaires, l’organisation du temps de travail et la possibilité ou non de mécaniser. Au final, dans l’idéal, le raisonnement de l’attachage devrait se faire à la parcelle !

- © Chambre d’agriculture de Saône-et-Loire

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