Réussir vigne 06 avril 2001 à 10h09 | Par Claudine Galbrun

L´agriculture raisonnée a un coût : qui va payer ?

La gratuité n´est pas de ce monde et la mise en ouvre d´une viticulture raisonnée ne saurait faire exception à la règle. Coût de la qualification, recours à du conseil, temps supplémentaire, investissements induits : qui va payer ?

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L´environnement n´est pas une valeur marchande, rappelait dans son rapport Guy Paillotin, ajoutant d´ailleurs qu´il n´avait pas vocation à le devenir. Or, pour autant, le viticulteur va devoir assumer des coûts directement liés à la mise en ouvre de l´agriculture raisonnée sur son exploitation. En premier lieu, des coûts supportés collectivement avec la mise en place de toutes les instances de qualification et dans un second temps, des coûts individuels générés par le temps passé pour élaborer le diagnostic d´exploitation et le programme d´amélioration, l´éventuel recours à du conseil, l´intégration de nouvelles techniques, des investissements. Terra Vitis a fait ses comptes (il est vrai que le niveau d´exigences demandées dans ce cadre est élevé). Le surcoût de production est estimé à 150 francs par pièce (215 litres). Le viticulteur pourra-t-il présenter la note à son aval ? Rien n´est moins sûr. D´autant plus que l´agriculture raisonnée a érigé en principe de base qu´elle n´était pas un signe de qualité supplémentaire et qu´en conséquence, on ne communiquait pas sur le produit. Ce qui n´exclut pas toutefois une communication institutionnelle.
L´affaire se complique d´autant plus si l´agriculture raisonnée devient le standard de l´agriculture et donc la condition minimale pour accéder au marché. Tout espoir de plus-value serait donc superflu. Guy Paillotin estimait dans son rapport que l´aval, par déontologie, devrait tenir compte de cet effort vis-à-vis de l´environnement. "Certains grands distributeurs ont mis en place des filières raisonnées. Les produits qui en sont issus sont vendus plus chers avec une répercussion auprès du producteur", explique Christiane Lambert, présidente de Farre (Forum de l´agriculture raisonnée respectueuse de l´environnement). Il est donc encore permis d´espérer. Le commerce éthique, après tout, existe. Pour autant, les viticulteurs adhérents de Terra Vitis, qui en l´occurence est une marque, ont bien du mal à répercuter les 150 francs de surcoût dans leurs actes commerciaux, surtout pour les volumes en vrac. Un nouveau système de répartition de la valorisation a été mis en place pour cette campagne : 50 francs pris en charge par le viticulteur, 50 francs versés à l´association Terra Vitis par le négociant qui engage les 50 francs restants dans sa propre communication pour la marque Terra Vitis. Reste à savoir si les négociants vont suivre. Il est trop tôt pour le dire.
Certains pensent que cette plus-value se fera automatiquement. Pour les entreprises ou les consommateurs, cela constituant une assurance qualitative et de sécurité supplémentaire. Mais, dans ce cas, il faudra laisser du temps au temps. Pour Tyflo, association alsacienne qui milite pour la production intégrée, ce n´est pas le moyen de vendre plus, ni plus cher mais de fidéliser le client. D´autres ont des avis beaucoup plus tranchés. C´est le cas de Georges Dutruc-Rosset, directeur de l´OIV (Office international de la vigne et du vin) : "Si l´agriculture raisonnée entraîne un surcoût, il est hors de question de le faire supporter par le viticulteur, surtout dans le contexte concurrentiel mondial. Soit cette logique de qualification s´appuie sur un comportement social et éthique et c´est à la collectivité de faire des efforts. Soit le consommateur supporte ce surcoût mais alors se pose le problème du positionnement de l´agriculture raisonnée ou intégrée par rapport à l´agriculture biologique. Dans ce cas, que faut-il écrire sur l´étiquette pour que le consommateur accepte de payer davantage ?" La question méritait d´être posée. Quant au ministère de l´ Agriculture et des aides qu´il pourrait débloquer, celui-ci répond CTE (contrat territorial d´exploitation) et redéploiement des crédits du développement agricole.

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