Réussir vigne 17 mars 2003 à 15h15 | Par Claudine Galbrun

Filière viticole - Un point de discorde majeur bloque le projet Cap 2010

Qu´y a t-il de plus difficile à faire qu´une synthèse lorsque personne n´est d´accord sur l´essentiel à savoir. Peut-on, oui ou non, assembler des vins de pays de régions différentes ?

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Tout devait être bouclé en ce début de mois de février. La note de synthèse des réflexions de la filière sur ce qui est ni plus, ni moins son avenir et son aptitude à relancer un marché qui peine, suite au rapport rédigé par le groupe de travail Cap 2010, devait être remise au ministre de l´Agriculture et rendue publique. Denis Verdier, président de l´Onivins, était chargé de rédiger cette synthèse ou plutôt de réaliser le grand écart entre des positions parfaitement divergentes. Pourtant, à la mi-janvier, le directeur de l´Onivins, Jean-Luc Dairien ne doutait guère de l´issue des négociations. « Sur 90 % du texte, nous avons des points de convergence. » Restaient les dix petits pour cent de points de « non-convergence » qui semblent aujourd´hui peser lourd dans la balance. Tandis que se peaufinait, rue de Rivoli, à Paris - siège de l´Onivins - la dernière mouture de ce qui devait être le « compte-rendu des débats de la filière viticole », au domaine de Mansc à Lattes dans l´Hérault - siège du syndicat des vins de pays d´Oc - se tenait un « conseil de guerre ».

D´autant plus qu´on peut se demander si le négoce choisira tel ou tel vin dans ses assemblages parce que celui-ci renforce la qualité du produit final ou parce qu´il s´avère simplement être un pondérateur de prix. Même si certains jugent l´attitude du syndicat des vins de pays d´Oc « populiste et conservatrice », considérant que celui-ci ne vise qu´une seule chose : conserver en l´état ses rentrées financières liées à l´agrément.
L´affaire, fin janvier, en était là : le syndicat des vins de pays d´Oc jouait les trouble-fête et Denis Verdier avait pour mission de le faire rentrer dans le rang. Quand soudain, la CCVF (Confédération des coopératives vinicoles de France), dont le président n´est autre que Denis Verdier, ruait soudain dans les brancards. Par les voix de ses vice-présidents, Jean-Louis Piton et Joël Castany, la CCVF déplorait que le débat se focalise sur le fait de savoir s´il faut ou non assembler des vins de pays de régions différentes tout en se déclarant au passage défavorable à ce type d´assemblage. « Ce problème n´est qu´un épiphénomène.

Pourtant, aujourd´hui, les propositions de Cap 2010 se retrouvent bloquées parce que chacun veut défendre ses propres intérêts. Nous regrettons profondément que la filière n´ait pas débattu de son principal défaut de construction à savoir le partage de la valeur ajoutée entre l´amont et l´aval. Sachant qu´en la matière, production et négoce sont co-responsables. Cette question n´a été qu´effleurée ce qui fait qu´aujourd´hui, aucune synthèse n´est possible. Cap 2010 est devenue une soupe froide. » Et de souhaiter que les discussions repartent sur de nouvelles bases. Côté négoce, on estime avoir été au bout des discussions en acceptant notamment que l´agrément des vins de pays de régions différentes avant assemblage reste au producteur. Et de rappeler que le partenariat entre amont et aval, « chose naturelle et obligatoire pour ces vins des régions de France », faisait parti du compromis qui devait aboutir à cette évolution réglementaire sur les vins de pays. « S´il n´y a pas cette évolution, il n´y a plus de discussion. Aux autorités politiques de trancher », estime l´Afed (Association française des embouteilleurs-distributeurs).

Toujours au même point après deux ans de réflexion
La Cnaoc, elle aussi, a fait entendre sa voix et exprime les plus vives réserves quant au projet de compromis que tente de mettre sur pied Denis Verdier. Elle considère également que le débat n´a pas été mené à son terme et pour qu´une véritable clarification de l´offre soit offerte au consommateur, il aurait fallu avoir le courage de distinguer les vins qui relèvent d´une logique de terroir de ceux qui obéiront à des logiques agro-alimentaires. « La Cnaoc ne peut accepter que des vins de pays bénéficient de pratiques oenologiques assouplies tout en gardant la possibilité de l´indication géographique. Le champ de liberté qui leur sera offert ne les incitera en aucune façon à passer en AOC. ». Et quid de ceux qui seraient prêts à réclamer pour certaines AOC génériques une réglementation assouplie ? Quant à l´éventualité d´une mutualisation des fonds des différentes interprofessions à AOC pour communiquer sur le produit vin, la Cnaoc est résolument contre.

La Confédération des vins de pays, quant à elle, est plutôt favorable à l´assemblage de vins de différentes régions, à condition que l´agrément soit bien contrôlé par la production. « Mais cela ne servira à rien si on ne fait que cela. Il faut aussi aborder le problème de la communication au sens large et celui des rapports amont-aval. » Quant aux Vignerons indépendants, ils se déclarent « perplexes » quant au fait de casser une mécanique qui marche, en l´occurrence, celle des vins de pays d´Oc. Pour eux, la solution passerait sans doute par une nouvelle hiérarchisation de l´offre, en maintenant l´existence des vins de pays et des AOC, sans qu´il y ait possibilité de passer d´une catégorie à l´autre, en imposant un système de parcelle différencié et en créant une catégorie vin de cépage de France, bénéficiant de la mention de cépage et de millésime, de pratiques oenologiques assouplies et qui constituerait la seule possibilité de repli, sans oublier les vins de table.
Il semble qu´il y ait au moins un point sur lequel tout le monde s´accorde : cela fera bientôt deux ans que la filière réfléchit et on en est toujours au même point.
Une mise en garde du négoce.

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