Réussir vigne 17 novembre 2004 à 16h59 | Par Marion Ivaldi

Filière viticole - Les régions s´emparent du débat sur la réforme

Les propositions présentées cet été au ministre de l´Agriculture pour sortir la filière viticole française de la crise doivent maintenant être débattues dans les régions en vue de leur application. Les pistes de travail restent encore assez floues.

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Pour une fois, le dernier Conseil de direction de l´Onivins a fait preuve de cohésion autour d´un problème épineux, celui du compromis proposé au ministre le 21 juillet dernier pour sortir la viticulture de la crise. Un tour de table du conseil a permis de vérifier et valider que tout le monde était bien dans une logique d´application du texte. Chacun a répondu par l´affirmative, sifflant le top départ des débats en régions. Paris n´imposera pas sa loi, c´est à chaque région de définir ses règles du jeu.
Pour lancer le débat, le président de l´Onivins, Denis Verdier, prendra la plume pour rappeler à chaque région viticole les deux points forts des propositions : d´une part, répondre à la demande du marché et simplifier l´offre ; d´autre part, créer un cadre par grands bassins de production pour organiser les débats nécessaires.

L´Aquitaine hésite sur la création de zones mixtes
L´une des grandes questions est la création de zones mixtes. Les regards se tournent vers trois régions : la Bourgogne, l´Aquitaine et le Beaujolais. En Bourgogne, la réponse est claire : c´est non à la mixité. L´Aquitaine, quant à elle, hésite. Les discussions vont bon train. Le vin de pays d´Aquitaine verra-t-il le jour ? « Pour l´instant nous travaillons sur des hypothèses pour affiner les propositions faites », indique le CIVB (Conseil interprofessionnel des vins de Bordeaux). Le négoce bordelais doit faire ses propositions à la viticulture bordelaise prochainement. Si le projet convient, il sera alors présenté à la Confédération des vins de pays pour son acceptation. Le débat risque d´être houleux, surtout dans le contexte de marché que se prépare à affronter la région. Avec deux millions d´hectolitres de volume supplémentaires produits cette année, la pression sera au rendez-vous.
Dans le Beaujolais, le débat est également lancé comme décidé lors des Assises de la viticulture beaujolaise le 7 juillet dernier. « Pour l´instant, aucune décision n´est prise », insiste Louis Pelletier, directeur de l´Union viticole du Beaujolais. Un groupe de travail réunissant les représentants de l´interprofession se mettra au travail le 2 novembre prochain et étudiera les opportunités relatives à la création d´un vin de pays de la région beaujolaise. Selon l´Union viticole du Beaujolais, il n´existe pas, à ce jour, d´études permettant de guider la réflexion autour de grandes questions comme la lisibilité de ce nouveau vin dans un contexte de vignoble mono-cépage. Et puis, il faut définir son nom, son type, ses consommateurs. En clair, tout reste à faire.
Mais, pratiquement, comment mettre en place une région mixte ? Il suffit de prendre exemple sur celles le pratiquant déjà, répondent en coeur les organisations qui soutiennent la création de vins de pays de grandes zones. Il faut ainsi définir la gestion de l´affectation parcellaire et créer l´organisme qui contrôlera ces affectations. Le producteur devra définir à l´avance quelles parcelles il prédestine à la production d´AOC, de vins de pays ou de vins de table. Il s´agit de se placer dans une logique de marché : maîtriser les volumes produits sur plusieurs années. Car, « il faut voir la réalité des choses, c´est-à-dire étudier combien de volumes ont été vendus l´an passé et ajuster la production en fonction », explique Patrick Dhuisme, directeur de la Confédération des coopératives vinicoles de France. Mais combien d´années à l´avance ? Cela reste à définir. Pour Michel-Laurent Pinat, délégué général de l´Association française des éleveurs, embouteilleurs et distributeurs des vins et spiritueux, c´est « trois ans minimum ».
Les relations négoces/production glisseraient ainsi vers la généralisation des contrats de production qui définiraient un prix (ou une fourchette de prix), un volume de production et éventuellement des méthodes culturales. « Ils pourraient aussi prévoir une participation financière au soutien d´une marque avec des retombées économiques pour le négociant et le producteur », ajoute Jérôme Rouzier, directeur de la Confédération des vins de pays.
Quant au style de ces vins de pays nouvellement créés, les réponses restent assez vagues, voire inexistantes. Peut-être que certains préfèrent conserver le secret tant que rien n´est véritablement décidé. Michel-Laurent Pinat donne une piste et croit aux vins de soif, « simples, agréables à boire et aromatiques. » Mais, prévient-il, « il ne faut pas que tous les vins s´ajustent sur ce standard ».

Révision nationale des décrets d´AOC
La création de la mixité a l´avantage de permettre une ré-affectation des volumes AOC vers un segment de marché, les vins de pays, qui progressent encore un peu tant en France qu´à l´export. Si les régions refusent de miser sur cette segmentation et fondent leur stratégie sur le maintien des AOC, il faudra « sortir par le haut », comme l´a dit René Renou, président de l´Inao. L´Institut propose de travailler à une révision « en profondeur » des décrets. Contrôles à la parcelle, interdiction de certaines pratiques oenologiques., seraient alors autant de pistes pour la réécriture. Pour ce faire, une trame nationale de révision est en préparation à l´Inao, a indiqué l´Onivins. En tout cas, la révision des décrets permet une certaine souplesse face aux objectifs des appellations. « Tout le monde ne vise pas le même niveau d´excellence, commente l´Inao qui prend pour exemple la filière lait dont une partie a fait le choix de réviser les décrets tandis que l´autre est restée sur d´anciennes bases.
Quatre mois après la présentation du compromis au ministre, les choses ont donc peu évolué. On sait simplement que les régions s´emparent de la question mais toujours aucune esquisse des nouveaux vins de pays de grands bassins de production. Pourtant, l´objectif est de mettre en place la nouvelle stratégie de la viticulture française dès la prochaine campagne. Pratiquement, cela veut dire que le dossier doit être bouclé avant le printemps prochain pour permettre aux viticulteurs de travailler leurs vignes en conséquence. Sur la faisabilité d´un tel agenda, certains répondent « on espère qu´il sera tenu », d´autres évitent de répondre.

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