Réussir vigne 24 novembre 2003 à 12h32 | Par Claudine Galbrun

Filière viticole - L´étiquetage cristallise les tensions

Le débat sur l´étiquetage est, une nouvelle fois, révélateur des dissensions qui règnent dans la filière. Sans parler des enjeux économiques...

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La transcription en droit français du texte communautaire sur ce qui doit être affiché sur l´étiquette de la bouteille provoque de belles empoignades. L´article 6 du projet de décret français qui prévoit que « l´identification du nom ou de la raison sociale de l´embouteilleur, de l´élaborateur ou du vendeur, de l´expéditeur, de l´importateur ou de personnes ayant participé à la commercialisation soit complétée par son activité »,cristallise les tensions. Les VIF (Vignerons indépendants de France) réclament, au nom du respect du consommateur que soit clairement et obligatoirement indiqué la mention de l´embouteilleur. Autrement dit, si on est vigneron indépendant, on l´affiche mais si on est négociant ou coopérateur, on l´affiche également. Et voilà bien où le bât blesse. Dans un contexte où le consommateur est à la recherche « du bon petit vin de derrière les fagots », amoureusement bichonné par un vigneron portant un tablier de cuir usagé, acheter un vin vinifié ou élevé par un négociant aux dents longues, vulgaire transformateur de matière première, n´est guère flatteur.
©B. Compagnon


« Nous avons intérêt à avoir des négociants »
On peut comprendre que les vignerons indépendants veuillent capitaliser sur cette vague du retour aux sources. D´autant plus qu´ils ont le soutien des consommateurs.
Mais Denis Verdier, président de la CCVF (Confédération des coopératives vinicoles de France), qui en tant que coopérateur souhaite que soit indiquée sur l´étiquette, la mention « vignerons réunis » prend la défense du négoce : « il faut à tout prix éviter de mettre une étoile jaune aux négociants. Actuellement, la dimension industrielle d´une entreprise a une connotation péjorative. Seul l´artisanat serait à même de produire de bons vins. Mais pour partir à la conquête des marchés export, la seule dimension artisanale est insuffisante. Tous les concurrents qui aujourd´hui, nous taillent des croupières le font sur des bases industrielles. Des artisans du vin doivent demeurer mais pour contrecarrer un Gallo, nous avons intérêt à avoir des négociants, sinon nous le paierons très cher. »

Vu l´impossibilité à rapprocher les positions des uns et des autres, l´administration a décidé de demander une expertise juridique quant à la nécessité ou non d´indiquer la qualité de l´embouteilleur. Le règlement européen ne fait d´ailleurs pas de ce point une obligation. Aussi l´Afed (Association française des embouteilleurs-distributeurs) se demande bien pourquoi la France va se créer des contraintes supplémentaires en rendant cette mention obligatoire. « Il doit y avoir dans cette affaire comme la nostalgie du pot de confiture dont l´étiquette portait la belle écriture ronde de grand-mère. » Mais il y a un autre point de friction : la règle des 85/15 pour le cépage et le millésime. Là encore, toujours dans le but d´une meilleure clarification de l´étiquette pour le consommateur, les VIF se prononcent pour le maintien du 100 % du millésime annoncé sur l´étiquette et l´interdiction d´indiquer un seul cépage quand le vin est issu d´un assemblage. D´autant plus, qu´ils estiment que la règle des 85/15 ne servira pas forcément à l´amélioration qualitative du vin mais à diminuer les coûts de production du négoce.

Certaines AOC partagent cette opinion sur le maintien du 100 % mais d´autres, surtout dans le contexte particulier de ce millésime 2003, seraient bien tentées d´adopter la règle des 85/15 qui, par ailleurs, en l´absence d´un texte français est d´ores et déjà applicable puisqu´inscrite dans le règlement européen. Sachant que la France peut se montrer plus maximaliste que la Commission européenne et remonter les pourcentages requis. Sachant également qu´il ne pourra pas y avoir une règle pour les vins de pays et une autre pour les AOC. Tout le monde sera mis à la même enseigne. A charge pour les AOC, si la règle des 85/15 était admise, de la modifier dans les décrets propres à chaque appellation. Le négoce souhaite, quant à lui, que le pourcentage de 85 % soit retenu comme un minimum.

« Que ceux ensuite qui le souhaitent valorisent les 100 %. La règle des 85/15 est aujourd´hui la norme internationale. Alors pourquoi rendre obligatoire le 100 % ? La France se met des boulets aux pieds et s´étonne ensuite de ne pas sauter plus haut », indique l´Afed. Au niveau français, sur ces deux points de discordance, les choses devraient être tranchées, le 19 novembre prochain, date du conseil de direction de l´Onivins et le texte définitif publié avant le 1er février 2004, sous peine d´amende bruxelloise pour défaut de transcription en droit français d´un texte communautaire. Seulement, dans le même temps, ce texte européen est contesté par des pays tiers qui y voient des entraves non tarifaires aux échanges et par certains États-membres. Au final, le texte européen risque d´être remanié. On s´en doutait : l´affaire n´est pas close.

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