Réussir vigne 12 février 2003 à 11h45 | Par Claudine Galbrun

Filière viticole - Cap 2010 prévoit un nouvel espace de liberté pour les vins de pays

Fi d´une nouvelle catégorie réglementaire de vins mais assouplissement des règles de production des vins de pays : telles seraient les premières conclusions du groupe de réflexion Cap 2010. Reste à mettre tout le monde d´accord.

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Ce 14 janvier 2003 devait être la dernière ligne droite d´une réflexion au sein de la filière viticole qui dure déjà depuis quasiment 2 ans et qui a débuté avec le rapport Berthomeau. Le groupe de réflexion Cap 2010, composé de producteurs, de négociants et de représentants de la grande distribution proposait une nouvelle segmentation réglementaire de l´offre, à même de résoudre, pour l´essentiel, la majorité des problèmes de la filière, avec la création des vins de cépage de France. Au final, qu´en est-il ? Cette future et éventuelle nouvelle catégorie de vins aurait vécu pour simplement laisser la place à un espace de « liberté » ou « d´initiatives », selon les interprétations des uns ou des autres, soit à un simple assouplissement de la réglementation des vins de pays. Ceux-ci auraient désormais accès aux copeaux et à la règle des 85/15 % pour le cépage et le millésime dans le cas d´un mono-cépage (possibilité de mélanger 85 % d´un millésime ou d´un cépage donnés avec un autre) tout en conservant l´indication géographique. De quoi normalement se donner les moyens de concurrencer les pays du Nouveau Monde qui, eux, ne se sont pas embarrassés de telles contraintes.

Assemblage de cépages de différentes origines
Il faut dire que depuis quelques temps, la réflexion, au niveau français, avait fait son chemin et même le directeur de l´Onivins reconnaissait récemment que « depuis 25 ans, la création des vins de pays est la seule chose qui ait bougé dans la filière viticole et qu´il serait dommage de casser une mécanique juridique qui a fait ses preuves et qui fonctionne ». La création d´une nouvelle catégorie de vin semblait d´ores et déjà remise à plus tard. En optant pour un modus vivendi, on satisfait quelque peu le négoce - voire la grande distribution - qui appelait pourtant de ces voeux cette nouvelle catégorie de vins, garantie d´approvisionnement au meilleur coût avec une origine France, valeur sûre au niveau mondial, tout en se défaisant de la pesanteur de l´indication géographique imposée par les vins de pays. Quant à ces derniers, cela faisait belle lurette que nombre d´entre eux réclamaient l´usage des copeaux et le mélange des cépages et du millésime.

Mais c´était sans compter avec le Syndicat des pays d´Oc qui, s´il est d´accord sur l´essentiel, voit d´un très mauvais oeil, compte tenu de ce qu´il représente au niveau des vins de cépage (le Syndicat détient par exemple 85 % des parts de marché du cépage chardonnay), la possibilité offerte par cet espace de liberté de mélanger des cépages de différentes origines. Dans un communiqué rageur intitulé « Conseil de guerre aux vins de pays d´Oc », le syndicat estime que « cette proposition foule aux pieds de façon irrémédiable le savoir-faire du vigneron, les efforts qualitatifs menées et l´origine géographique avec l´identité du territoire ». Pour Jacques Gravegeal, président des vins de pays d´Oc, « l´indication géographique garantit le retour de valeur ajoutée aux producteurs. Donc il n´est pas question que les vins de pays d´Oc deviennent les vins de pays de France. S´ils veulent la guerre, ils vont l´avoir ». Pour lui, cela revient à dire que les AOC, du moins certaines, auraient la possibilité de se défaire d´excédents bien encombrants et que le négoce serait ainsi le grand bénéficiaire d´un système lui permettant de s´approvisionner au moindre coût.

Même si le document de synthèse fait état de la mise en place de partenariats entre négoce et production, accompagnés d´aides publiques qui seraient réservées aux seules entreprises contractantes. Un point d´ailleurs que dénoncent certaines organisations professionnelles comme la Cnaoc ou les Vignerons indépendants.

« La production conserve la maîtrise du jeu »
Le directeur de l´Onivins, Jean-Luc Dairien, s´est voulu rassurant à l´issue du conseil de direction du 15 janvier.« Il n´est pas question de casser des mécaniques qui marchent comme les vins de pays d´Oc. Un vin devra d´abord être agréé en tant que vins de pays d´Oc avant de pouvoir être mélangé à un autre vin qui lui aussi aura été agréé par le syndicat, par exemple, des Jardins de la France. La production conserve ainsi la maîtrise du jeu. Nous devons pouvoir assembler des vins des différentes régions de France pour mieux les valoriser sous un nom de cépage car on sait très bien que cette référence au cépage est ce qu´attend le marché et non pas l´indication géographique. » Restera aussi à trouver un nom géographique « conforme au cadre communautaire et qui permettra de recouvrir cette nouvelle grande zone ». Pour le directeur de l´Onivins, le consensus est proche et le ministre de l´Agriculture devrait découvrir sur son bureau ces propositions avant la fin janvier. Selon certains professionnels, le texte final devrait être consensuel mais non révolutionnaire. « On va sans doute arriver à se mettre d´accord sur les grandes idées. Il faudra ensuite les mettre en pratique ».

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