Réussir vigne 07 mai 2007 à 14h06 | Par Claudine Galbrun

Environnement - La Champagne lance le Plan climat

Pour l´instant, la Champagne est la seule région viticole à se mobiliser et à organiser la lutte contre le changement climatique. A qui le tour ?

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" D´un point de vue strictement économique, nous avons intérêt à faire évoluer nos pratiques ", indique Arnaud Descottes du CIVC (Comité interprofessionnel du vin de champagne). Avant d´ajouter : " même si cela peut sembler une approche un peu cynique ". Mais en matière de réchauffement climatique, la Champagne a fait ses comptes. En prenant trois hypothèses d´évolution du prix du baril de pétrole : à 60, à 80 et 150 dollars - celui-ci ne pouvant qu´évoluer à la hausse puisque aujourd´hui plus personne ne doute que les stocks sont limités et sachant que le peak oil, moment où les réserves vont effectivement se tarir est prévu en 2015, selon les pétroliers - le surcoût engendré sur l´économie champenoise par ce renchérissement s´élève dans le premier cas à 30 millions d´euros, dans le second à 80 millions et dans le troisième à 150 millions d´euros. La filière champenoise est aussi consciente que très prochainement, le consommateur n´appréciera plus seulement le prix d´un produit en euros mais aussi " en éco " et souhaitera connaître l´empreinte écologique qu´a laissé le produit tout au long de sa fabrication.
" Mais lutter contre le réchauffement climatique est aussi une question morale, citoyenne et écologique. On nous bassine avec le développement durable que personne n´arrive d´ailleurs clairement à définir. Cela devrait pourtant être simple : arrêtons d´enrichir l´atmosphère en gaz à effet de serre. Ce qui suppose, dès demain matin, de diminuer par deux nos émissions au niveau mondial. Pour la France, cela implique une division par quatre de ses émissions. Cet objectif à l´horizon 2050 est d´ailleurs inscrit dans la loi française. La Champagne a donc décidé de coller à cet objectif national ", explique Arnaud Descottes. Et pour l´atteindre, la Champagne lance le Plan climat en s´appuyant sur la méthode du bilan carbone. Cette méthode, rigoureuse, longue mais il est vrai aussi coûteuse en temps (5000 heures de travail nécessaires) et en argent (200 000 euros) consiste à poser le diagnostic des émissions de gaz à effet de serre.
La biomasse peut être valorisée, notamment en la transformant en électricité grâce au procédé de cogénération. ©P. Cronenberger

La Champagne produit 200 000 tonnes de carbone par an
Dans les vignes et dans les caves, ont été comptabilisées toutes les énergies fossiles et électriques requises ainsi que les émissions non énergétiques comme les émissions de CO2 qui se dégagent du feu brûlant la végétation d´une parcelle que l´on vient de défricher ou les fuites de liquide frigorifique ou les émissions liées à l´utilisation d´engrais azotés minéraux. Dans un deuxième périmètre ont été comptabilisées les énergies liées au transport des hommes et des marchandises et de toutes les marchandises y compris les ordinateurs, les cuves, les tracteurs. Enfin, à tout ceci a été ajouté les émissions liées à la fabrication des emballages, des bouteilles, la construction des machines, des bâtiments, du traitement des déchets et des emballages produits en Champagne et chez le consommateur et de tous les services gravitant autour de la filière (notaire, conseillers, CIVC.).
En additionnant toutes ces émissions, l´addition est lourde : soit un rejet pour la Champagne de 200 000 tonnes de carbone par an. L´établissement de ce diagnostic a permis de voir sur quels postes, la filière va pouvoir effectivement jouer. " En fait, un quart des problèmes en Champagne se situe dans les vignes et dans les caves. Ce qui signifie qu´il va nous falloir être plus efficace envers nos donneurs d´ordre et fournisseurs et les inciter à s´engager dans une spirale vertueuse. " Pour ce qui est de la responsabilité directe des Champenois dans le cadre du Plan climat, des groupes de travail ont été mis en place avec pour mission de réfléchir aux économies possibles. L´écoconception des bâtiments est au programme. Actuellement, 200 kwh/m2 sont nécessaires. " On doit pouvoir descendre à 50 kwh/m2 et même aller jusqu´à des bâtiments à énergie positive. " Le groupe de travail chargé de sujet doit produire un guide pour les professionnels.
La lutte anti-gel par chaufferette réclame une énergie considérable, source d´émissions importantes de gaz à effet de serre. Selon le CIVC, ce système est désormais à proscrire. ©DR

250 000 tonnnes de biomasse par an
La valorisation de la biomasse du vignoble doit être encouragée. Cette biomasse (sarments, charpentes, marcs) représente en Champagne 250 000 tonnes par an. Un projet de cogénération permettant d´économiser 1500 tonnes de carbone et utilisant le marc est en cours. " Les charpentes et les sarments représentent un gisement colossal de 300 gigawatts ce qui permettrait de chauffer entre 1 et 1,5 million de mètres carrés de locaux professionnels. A noter que leur transport jusqu´au lieu de leur utilisation ne représente que 10 % de l´énergie qu´ils contiennent. " Au cours du processus oenologique, pourrait être envisagé un allégement des bouteilles et une diminution des intrants. Trois pistes également sont envisagées sur le poste machinisme : optimisation de la puissance des tracteurs, couplage d´opérations dans le vignoble, utilisation de biocarburants.
" En matière de lutte anti-gel, il faut au plus vite arrêter le recours aux chaufferettes, un dispositif excessivement polluant et privilégier d´autres pistes. " Quant à la fertilisation, la Champagne estime qu´à court terme, la fertilisation minérale azotée sera éliminée. Restent à mettre en place deux derniers groupes de travail dont l´un sur l´emballage à l´expédition. " Un très gros poste d´émission " et l´autre sur le transport. Les pistes envisagées dans ce domaine concernent un renforcement du ferroutage, un meilleur taux de remplissage des camions et un moindre recours à l´avion. " Même si celui-ci est peu utilisé, la pollution qu´il génère est telle qu´il pèse pour 40 % dans les émissions totales liées au transport. A chacun dans ses déplacements professionnels de prendre ses responsabilités ", souligne Arnaud Descottes. Et dans tous les autres domaines aussi, d´ailleurs.

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