Réussir vigne 06 janvier 2016 à 08h00 | Par Clara de Nadaillac

Économiser l'eau en cave

Jean-Michel Desseigne, de l'IFV, a profité du Viteff(1) pour faire le point sur différentes astuces pour économiser de l'eau au chai. Voici quelques pistes pour limiter votre empreinte eau.

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Le système Pig d'Inoxpa réduit la quantité d'eau utilisée en chai, en vidant et raclant les canalisations avant rinçage.
Le système Pig d'Inoxpa réduit la quantité d'eau utilisée en chai, en vidant et raclant les canalisations avant rinçage. - © IFV

La gestion de l'eau sera certainement l'un des enjeux majeurs de demain. Joël Rochard, de l'IFV, va même jusqu'à penser que « la filière viticole sera peut-être plus impactée par ce type de problématique que par des problématiques viticoles ». Jean-Michel Desseigne, de l'IFV, a donc prodigué quelques conseils pour limiter sa consommation au chai et par la même occasion pour diminuer les effluents de cave. La première étape consiste à avoir une bonne vision des consommations globales, mais aussi unitaires, du chai. Pour ce faire, l'expert recommande d'installer des compteurs ou des débitmètres à ultrasons. Cette opération, certes coûteuse, a pour but d'identifier les pratiques les plus gourmandes. Et « l'achat de certains de ces appareils peut être aidé par l'Ademe », souligne Jean-Michel Desseigne. L'expert a d'ailleurs réalisé une estimation des postes les plus dépensiers. L'hygiène (prélavage, pousse à l'eau, nettoyage, détartrage, sanitation) arrive en tête, et de très loin. Ce poste représente 70 à 80 % des dépenses en eau d'une cave. Suivent certaines opérations, comme la filtration (encollage, affranchissement, régénération) et la thermorégulation ou encore le fonctionnement de quelques appareils (centrifugeuses, filtres rotatifs sous vide). Par opération unitaire, la réception de la vendange nécessite 40 à 50 litres d'eau par tonne de raisin, tandis que l'égrappage foulage en emploie 30 à 70 litres. Un filtre à alluvionnage utilise 2 à 3 l/hl ; la mise en bouteille 0,6 l/col.

 

Jean-Michel Desseigne de l'IFV, prône l'utilisation de balles en mousse ou en silicone pour racler les tuyaux et canalisations et ainsi limiter la consommation d'eau et le rejet d'effluents.
Jean-Michel Desseigne de l'IFV, prône l'utilisation de balles en mousse ou en silicone pour racler les tuyaux et canalisations et ainsi limiter la consommation d'eau et le rejet d'effluents. - © C. De Nadaillac

Bien choisir ses matériaux et traquer les fuites

Une fois les consommations connues, il s'agit de minimiser le volume d'eau employé. Cela démarre dès l'achat du matériel. Car la consommation d'eau lors du rinçage varie logiquement selon le matériau de surface. Selon une étude de l'IFV datant de 2006, l'inox électropoli ne nécessite que 34 l d'eau pour 100 hl de vin, contre 101 pour de l'inox, 108 pour du béton revêtu d'époxy ou encore 133 pour du béton revêtu. Par ailleurs, le flux de pollution est trois fois moindre avec l'inox électropoli qu'avec du béton revêtu.

Une fois équipé, plusieurs « bonnes pratiques » limitent l'utilisation de l'eau. Cela commence par la traque des fuites d'eau et le pré-nettoyage des outils à sec, avec des raclettes par exemple. L'installation de pistolets automatiques moyenne pression, avec jets stoppeurs ainsi que de nettoyeurs haute pression, qui ont une action mécanique, diminue également les consommations. Jean-Michel Desseigne prône aussi l'acquisition d'une centrale à mousse, le recours à des boules ou jets rotatifs pour le nettoyage des cuves, ou encore le nettoyage en ligne ou en cascade (rinçage de plusieurs cuves avec la même eau, de la moins sale à la plus souillée).

Certaines opérations peuvent aussi facilement être optimisées. C'est le cas de la filtration, où il vaut mieux débuter par le blanc et finir par le rouge.

 

- © Infographie Réussir

Mireur et raclage pour optimiser le rinçage des canalisations

De même, le rinçage des tuyaux, par poussage à l'eau, peut être facilité par l'ajout d'un mireur, du Smart Glass d'Inozy, de capteurs à impédance ou encore d'un conductimètre. Tous ces appareils permettent de connaître précisément la charge de matières polluantes et de déchets de l'eau et d'arrêter de rincer dès lors qu'elle en est dépourvue. Le raclage des tuyaux permet également de réduire l'empreinte eau du rinçage. Selon l'expert qui a réalisé des tests, cette opération, qui consiste à pousser le liquide d'un tuyau avec une boule, permet de diminuer la consommation en eau de 70 à 98 % ! L'entreprise Inoxpa commercialise un racleur, le PIG, constitué d'un lanceur, d'un propulseur, d'un receveur et d'une balle en silicone. Mais il est également possible d'employer une balle en mousse et de la propulser à l'aide d'eau ou de gaz.

Dernière piste évoquée par l'expert, la réutilisation des eaux de lavage des bouteilles. Cette technique, qui consiste à récupérer l'eau, à la faire passer sur un filtre tamis, un filtre UV et trois filtres à 3 microns, 1 et 0,3 micron, puis à la renvoyer dans la laveuse, permet de diminuer la consommation d'eau de 85 %. Mais l'expert prévient que d'un point de vue réglementaire, le recyclage d'eau est « possible mais déconseillé ».

 

(1) Le Viteff est la biennale internationale des techniques champenoises et effervescentes. Ce salon a eu lieu à Épernay du 13 au 16 octobre derniers.

- © Infographie Réussir

Un litre d'eau pour un litre de vin

L'élaboration-conditionnement du vin n'est pas, loin de là, l'opération la plus gourmande en eau dans l'industrie agro-alimentaire française. À titre d'exemple, la brasserie nécessite 4 à 7 l d'eau pour fabriquer 1 l de bière, et les boissons non alcoolisées en dépensent 0,1 à 3 l pour 1 l de jus. Pour transformer 1 l de lait en fromage, il faut 3 l d'eau ; et 15 à 40 l sont nécessaires pour réaliser une conserve de légumes d'un kilo. L'élaboration du vin, elle, ne consomme qu'1 l d'eau pour 1 l de vin. Le ratio de pollution est également plus faible pour la dive bouteille. C'est ce qui ressort d'une étude citée par Jean-Michel Desseigne et réalisée en 2000 par les Techniques de l'Ingénieur.

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