Réussir vigne 28 février 2017 à 08h00 | Par Clara de Nadaillac

Des fractions de levures pour davantage de qualité

Améliorer la maturité phénolique des baies ou intensifier leur expression aromatique. Telles sont les promesses de LalVigne Mature et LalVigne Aroma. Mais ces fractions de levures sont-elles vraiment efficaces ? Le verdict de trois ½nologues.

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Les produits LalVigne Aroma et Mature sont des fractions de levures s'employant en pulvérisation foliaire à la véraison.
Les produits LalVigne Aroma et Mature sont des fractions de levures s'employant en pulvérisation foliaire à la véraison. - © Lallemand Plant Care

Bien qu’étant tous deux élaborés à partir de fractions de levures spécifiques, le LalVigne Mature et le LalVigne Aroma de Lallemand Plant Care ne visent pas les mêmes applications. Le premier a pour but d’améliorer la maturité phénolique des vins et leur perception, que ce soit pour les cépages rouges ou blancs, pour des régions à maturité tardive. De son côté, LalVigne Aroma vise à élargir et intensifier la palette aromatique des blancs et des rosés, tant au niveau des arômes variétaux que fermentaires. Ces deux produits s’emploient en deux applications foliaires, la première début véraison puis 7 à 14 jours plus tard, pour le LalVigne Aroma, et 7 à 10 jours plus tard pour le Mature.

Un gain de maturité de l’ordre de cinq jours

Un vigneron suivi par Éric Filipiak, ½nologue conseil dans la région de Cahors, a testé le LalVigne Mature en 2015 sur malbec, en conservant un témoin. À l’issue des vinifications, « il y avait relativement peu d’écart », note le consultant. Mais après quelques mois d’élevage en cuve béton, une différence est apparue. « La cuve traitée avait davantage de volume et de gras », indique Éric Filipiak. Davantage de volume et de structure en bouche, un vin plus rond et plus soyeux, tel est également le constat de Christophe Marchais, ½nologue ligérien chez LVVD. Il a conduit des essais en 2013 et 2014 sur cabernet franc, en 2014 sur gamay et en 2014 et 2015 sur négrette. À chaque fois, le gain est là. « On gagne une semaine de maturité, estime-t-il. Sur des parcelles où, de manière récurrente, il est difficile d’atteindre la maturité, c’est un réel atout. » Et la différence se voit dès la baie : 231 g/l de sucre contre 196 pour le témoin, des anthocyanes à 702 mg/kg contre 461 pour le témoin, et un IPT de 32,4, contre 24,2 pour le non traité.

 

Christophe Marchais, ½nologue ligérien chez LVVD.
Christophe Marchais, ½nologue ligérien chez LVVD. - © C. Marchais

Puissance aromatique et expression du cépage

Un élément confirmé par Éric Filipiak. Cette année, il a réalisé des dégustations de baies issues de zones traitées ou non. Et « à chaque fois, sauf un cas, les pellicules des baies traitées se sont avérées plus épaisses, et avec une aromatique plus prononcée, surtout sur terroirs calcaires », relève l’½nologue. Il estime que le jeu en vaut la chandelle pour les cuvées haut de gamme. « Deux traitements de LalVigne Mature coûtent environ cent euros l’hectare, soit le même prix qu’un antibotrytis. Et cela nous permet d’attendre la maturité phénolique. Par contre, pour un entrée de gamme, on perd du fruit. » Pour Christophe Marchais, ce n’est pas tant le prix que les conditions d’utilisation qui rebutent les utilisateurs. « Une année à forte pression cryptogamique, ils passent déjà beaucoup de temps à traiter et sont saturés. Peu ont envie de remettre le pulvérisateur en août. »

Il est en revanche moins convaincu par le LalVigne Aroma, dont il juge que « l’impact est dur à appréhender et l’effet sur sauvignon moins flagrant. » À l’inverse, Jean-Luc Andrieu, directeur du Vignoble de la Voie d’Héraclès dans le Gard, a généralisé l’emploi de l’Aroma sur 90 hectares de la cave coopérative cette année, à la demande du conseil d’administration et des clients. La cave a en effet réalisé des essais tant sur sauvignon que sur muscat petits grains en 2014 et 2015. À chaque fois, les vins issus des baies traitées sont ressortis "largement en tête au niveau puissance aromatique et expression du cépage", relate-t-il. Avec, à la clé, une meilleure valorisation du produit fini. En revanche, il pointe deux inconvénients : le prix du produit (140 euros par hectare pour deux passages) et le surcroît de travail, puisqu’il faut faire deux passages en face par face à la véraison. "Mais il est possible de mélanger le produit à un azote foliaire", note-t-il. Par ailleurs, " au début, les vignerons nous ont remonté des problèmes lors des mélanges ; le produit faisait des grumeaux. Mais à présent, ils ont trouvé le bon mode opératoire." Du coup, la cave ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. L’an prochain, un peu plus de 110 hectares devraient être couverts avec l’Aroma.

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