Réussir vigne 26 juin 2017 à 08h00 | Par Clara de Nadaillac

De nouvelles pistes de biocontrôle

La 6e conférence sur les moyens alternatifs de protection pour une production intégrée (Comappi) a dévoilé plusieurs innovations dédiées à la viticulture. Voici les plus prometteuses.

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Les trichogrammes sont efficaces dans le cadre de la lutte contre les eudémis et cochylis.
Les trichogrammes sont efficaces dans le cadre de la lutte contre les eudémis et cochylis. - © Biotop

Les trichogrammes, un complément de la confusion sexuelle

Quelle est la solution de lutte naturelle la plus efficace contre eudémis ? Pour répondre à cette question, Laurent Duchêne, de la chambre d’agriculture de la Charente, a testé cinq modalités : la confusion sexuelle (500 raks/hectare), la confusion sexuelle conjuguée à un insecticide ovo-larvicide, la confusion sexuelle et deux applications de Bacillus thuringiensis, la confusion sexuelle additionnée de deux pulvérisations de Bacillus thuringiensis et huit lâchers de trichogrammes (100 diffuseurs/ha chaque semaine de début juillet à fin août), et enfin, la confusion sexuelle alliée à huit lâchers de trichogrammes. Et ce, dans une parcelle à très forte pression et durant trois campagnes de 2014 à 2016. Au final, les résultats les plus satisfaisants ont été obtenus avec le système confusion sexuelle, deux traitements au Bacillus thuringiensis et huit lâchers de trichogrammes. Avec une efficacité aussi bonne qu’avec l’itinéraire conventionnel.

Par ailleurs, le technicien a réalisé des tests similaires sur cochylis, avec des performances équivalentes. Néanmoins, cette stratégie se heurte à deux écueils : la lutte obligatoire contre la flavescence dorée qui décime les trichogrammes, et les traitements au soufre, à réaliser à distance des lâchers. Les trichogrammes sont disponibles dès cette campagne, sous le nom de Tricholine Vitis, auprès de Biotop.

La cerevisane bientôt disponible contre les maladies fongiques

On leur connaissait des propriétés œnologiques, ou physiologiques. Mais les dérivés de levures n’ont pas fini de nous surprendre ! Et de fait. L’entreprise Agrauxine attend l’homologation, pour le second trimestre 2017, d'un nouveau produit de biocontrôle et SDN (stimulateur de défenses naturelles), l’ALD1901. Constitué de cerevisiane, une substance naturelle composée de parois cellulaires de levures S. cerevisiae (souche LAS117) développée par Lesaffre Plant Care, ce produit vise à lutter contre trois des principales maladies de la vigne, à savoir le mildiou, l’oïdium et le botrytis. L’ALD1901 appartient à la famille des élicyteurs, ce qui signifie qu’il actionne les mécanismes de protection de la plante même en absence du pathogène. Il stimule deux voies de défense complémentaires : celle dépendant de l’acide salycilique et celle dépendant de l’acide jasmonique et de l’ethylène. Ce qui permet, selon la firme, « une efficacité très intéressante en début d’attaque ou en cas de pression de faible intensité. En revanche, quand la pression parasitaire augmente, le produit décroche ». Elle recommande donc d’utiliser ce produit en préventif, soit en association (mélange) avec des conventionnels à demi-dose, soit en début de saison, avec encadrement de la floraison avec du conventionnel. L’ALD1901 se conserve deux ans et n’a pas de LMR. Il sera distribué par BASF.

La cerevisiane devrait bientôt permettre de lutter contre le mildiou avec des demi-doses de cuivre.
La cerevisiane devrait bientôt permettre de lutter contre le mildiou avec des demi-doses de cuivre. - © Jean-Charles Gutner

Des bactéries pour lutter contre Neofusicoccum parvum

Lutter contre les maladies du bois avec une bactérie ? Et pourquoi pas. La faculté des sciences de Tunis s’est en effet penchée, avec succès, sur l’impact de deux souches bactériennes : Bacillus subtilis (isolée sur du muscat d’Italie en Tunisie) et Pantoea agglomerans (isolée sur cabernet sauvignon en France), sur l’un des champignons pathogènes associé aux maladies du bois : Neofusicoccum parvum. Lors d’essais in planta, menés sur des boutures de cabernet sauvignon et de muscat d’Italie, les deux souches sélectionnées ont été capables de réduire l’incidence de N. parvum. Cependant, un effet variétal a été mis en évidence : la souche B. subtilis s’est montrée inefficace sur cabernet sauvignon, tandis qu’elle a donné de bons résultats sur muscat d’Italie. Mais dans les deux cas de figure, c’est la combinaison des deux souches bactériennes qui a donné a été la plus efficace et a été à même de réduire l’incidence de la maladie, avec un taux de réduction des nécroses de 53 % sur muscat d’Italie et de 36 % sur cabernet sauvignon. Reste encore à valider ces résultats au champ. Par ailleurs, les chercheurs estiment qu’il serait intéressant de tester la combinaison de l’une de ces bactéries avec un organisme colonisant les racines, tel que Pythium oligandrum.

Des lipopeptides pour venir à bout du botrytis

Dans le cadre du projet européen Phytobio, des chercheurs ont testé l’impact in vivo de trois familles de lipopeptides (mycosubtiline, fengycine et surfactine) sur Botrytis cinerea. Ces molécules, produites par Bacillus subtilis, se sont montrées efficaces pour détruire le champignon, et notamment le mélange de surfactine (50 mg/l) et de fengycine (50 mg/l). Selon Philippe Jacques, de l’université de Lille, elles agissent selon deux modes d’action. En premier lieu, elles ont un effet antimicrobien. Dans un second temps, elles agissent comme un biocontrôle, puisqu’elles induisent les mécanismes de résistance de la plante. Néanmoins, le chercheur estime que des progrès restent encore à faire pour obtenir un produit susceptible d’être homologué. L'efficacité est notamment meilleure lorsque l'application est réalisée une minute avant l'infection que 48 heures avant...

Et en désherbage ?

. Des chercheurs serbes se sont penchés sur différentes solutions pour venir à bout des adventices. Ils ont ainsi démontré l’intérêt d’une bactérie du sol, Bacillus licheniformis, pour diminuer la germination de l’Abuthilon theophrasti Medik (abutilon), de la Cuscuta campestris Yunck (cuscute), et du Datura stramonium L. (datura officinal). Néanmoins, ces essais, menés en boîte de Pétri, doivent encore être confirmés au champ.

. De même, les chercheurs ont appliqué avec succès des extraits d’huiles essentielles d’Anethum graveolens (aneth), Origanum vulgare (origan), et Satureja montana (sarriette) pour diminuer la germination d’Ambrosia artemisiifolia (ambroisie à feuilles d’armoise) et d’Ambrosia trifida (grande herbe à poux). À l’inverse, les huiles essentielles de Juniperus communis (genévrier commun) et de Salvia officinalis (sauge officinale) ont boosté la croissance de ces deux adventices. Mais là encore, un passage à l’expérimentation terrain est nécessaire avant de valider cet usage.

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