Réussir vigne 18 août 2014 à 08h00 | Par Isabelle Montigaud

Dans l'Aude, des eaux usées re-traitées pour irriguer la vigne

Depuis juillet 2013, le projet IrriAlt’eau expérimente la réutilisation des eaux issues de stations d’épuration ayant subi un traitement supplémentaire pour l’irrigation de la vigne. À terme 150 hectares pourraient ainsi être irrigués à la Cave de Gruissan.

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Hernan Ojeda, directeur de l’INRA 
de Gruissan (sur la gauche) 
et Frédéric Vrinat, directeur 
de la cave de Gruissan (sur la droite) 
sur le site d’expérimentation de 1,5 hectare 
à l’Inra de Gruissan.
Hernan Ojeda, directeur de l’INRA de Gruissan (sur la gauche) et Frédéric Vrinat, directeur de la cave de Gruissan (sur la droite) sur le site d’expérimentation de 1,5 hectare à l’Inra de Gruissan. - © DR

“ Depuis plus de dix ans, l’Inra de Pech Rouge à Gruissan dans l’Aude constate un déficit hydrique chronique sur ses vignes avec des conséquences négatives sur la photosynthèse et la qualité des vins. Parallèlement, à la cave de Gruissan, nous réfléchissions depuis plusieurs années aux possibilités pour irriguer nos vignes, mais faute de ressources disponibles, nous étions dans une impasse ”, observe Frédéric Vrinat, directeur de la cave coopérative de Gruissan.


Irriguer avec les eaux traitées des estivants de la région


Face à ce constat, la cave de Gruissan a identifié une ressource alternative pour irriguer ses vignes : les eaux usées des STEP (STations d’EPuration) de Narbonne-Plage et Gruissan, propriétés du Grand Narbonne. Actuellement, ces eaux sont rejetées après traitement à la mer alors que le pic de rejet (avec l’afflux des estivants de la région) correspond justement aux besoins en irrigation de la vigne. Pour lancer le projet, l’Inra de Pech Rouge (agronomie de la vigne et analyse des vins) s’est rapproché de l’Inra de Narbonne (laboratoire environnement), de Veolia Eau qui a la délégation de l’exploitation des stations d’épuration et d’Aquadoc (PME héraultaise, conception et réalisation de systèmes d’irrigation). Le projet reçoit le soutien du Grand Narbonne.
Lancé en juillet dernier, le projet de recherche collaboratif IrriAlt’eau en est à sa première phase expérimentale sur le site de l’Inra de Pech Rouge sur 1,5 hectare. L’eau traitée provenant de la station d’épuration de Narbonne-Plage subit un traitement supplémentaire (filtration/UV/chloration) dont Véolia est le maître-d’œuvre avec un prototype qui élimine micropolluants et contaminants bactériologiques. Deux parcelles avec deux cépages (viognier et carignan) sont irriguées par goutte-à-goutte selon quatre modalités (eau potable, eau agricole et deux qualités d’eau usée traitée). Plus de cinquante paramètres sont analysés, à l’entrée et à la sortie de la station d’épuration, à l’entrée et à la sortie du prototype, à l’arrivée sur les parcelles, au niveau du cep de vigne et bien sûr, sur le vin. “ En 2013 nous avons apporté 40 mm en huit apports et les premiers résultats sont encourageants tant au niveau de la qualité de l’eau que celle du vin ”, constate Hernan Ojeda, directeur de l’Inra  de Pech Rouge.


150 hectares à terme


Si la première étape est validée (fin 2014), le projet IrriAlt’eau sera étendu sur une surface de dix hectares (chez deux vignerons de la cave de Gruissan) avant une mise en œuvre en 2016 sur 150 hectares. “ Nous avançons avec les différents partenaires étape par étape avec plusieurs objectifs : valider les procédés pour aboutir à un niveau de dépollution satisfaisant, maîtriser le pilotage de l’irrigation mais aussi évaluer le coût des procédés de dépollution (et donc le prix de l’eau pour les vignerons) ainsi que l’acceptabilité sociétale de l’utilisation d’eaux usées pour l’irrigation des vignes ”, précise Frédéric Vrinat. Et d’ajouter : “ En Israël, les eaux traitées de stations d’épuration sont recyclées à 80 % pour l’agriculture mais en France comme en Europe, ce procédé est quasi inexistant. Alors pourquoi pas chez nous, cela nous permettrait de gagner en qualité, en régularité de production et de valoriser les eaux usées des communes proches de la cave, un beau projet agro-écologique qui devrait susciter de l’intérêt dans une période où l’eau devient un bien de plus en plus précieux. ”

La cave de Gruissan compte 70 adhérents pour une surface totale de 300 hectares.
La cave de Gruissan compte 70 adhérents pour une surface totale de 300 hectares. - © Cave de Gruissan

Une disponibilité en eau pour irriguer 300 hectares


Le budget du projet IrriAlt’eau est de 1,7 million d’euros dont 680 000 euros d’aides publiques.
La cave de Gruissan compte 70 adhérents pour une surface totale de 300 hectares.
Le rendement moyen des vignerons de la cave de Gruissan est de 32 hectolitres/hectare tous vins confondus (AOC/vins de pays/vins de table). L’irrigation des vignes permettrait d’augmenter un peu ce rendement et surtout de le régulariser.
La disponibilité en eau fournie par les stations d’épuration de Gruissan et de Narbonne Plage pendant la saison estivale permettrait d’irriguer 300 hectares (le projet IrriAlt’eau concernant 150 hectares).

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