Réussir vigne 06 juin 2017 à 08h00 | Par Xavier Delbecque

Cuivre - Des réponses à vos questions

Bien qu’elle soit historique, l’utilisation du cuivre est toujours source de questionnement. Voici le point de vue d’experts sur les principales problématiques, que ce soit en viticulture biologique ou en conventionnelle.

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Le cuivre est un élément très peu mobile.
Le cuivre est un élément très peu mobile. - © Catherine Bioteau

Avec les progrès de la métrologie et la prise de conscience des problématiques environnementales, le devenir des résidus de traitement est considéré comme une préoccupation majeure. Aujourd’hui, nous savons que le cuivre, fongicide historique et anti-mildiou par excellence, reste en quasi-totalité sur la parcelle. « Quelle que soit la forme, il se fixe en grande partie sur la matière organique, mais aussi sur les argiles », pose Thierry Lebeau, enseignant chercheur à l’université de Nantes. De fait, de nombreuses études ont prouvé que l’on retrouve le cuivre principalement dans le premier horizon du sol, et que sa concentration diminue avec la profondeur. Il faut dire que c’est un élément très peu mobile. Sachant cela, les viticulteurs peuvent mettre en place certaines actions, afin d’en limiter ses effets. « Un sol riche en matières organiques permet d’augmenter la fixation du métal », illustre Gwenaël Imfeld, chercheur CNRS au Laboratoire d’hydrologie et de géochimie de Strasbourg (LHyGeS). Les terres argileuses et calcaires sont elles aussi très adsorbantes, à l’inverse des limons et des sables. Ces dernières représentent des zones plus vulnérables, où les actions pour éviter la dissémination du cuivre dans l’environnement peuvent être menées en priorité. À commencer par l’enherbement des parcelles, qui limite l’érosion. Car lorsque la terre s’échappe, elle emporte avec elle les éléments métalliques. « Nous avons aussi démontré l’efficacité des bassins de rétentions d’eau, qui favorisent la sédimentation des particules auxquels le cuivre est associé et peuvent ainsi servir de zones tampons humides », ajoute le scientifique. Des bassins qui permettent de diminuer la part de cuivre partant dans les cours d’eaux, mais nécessitent toutefois d’une bonne gestion des sédiments, qui concentrent la pollution.

Cette dynamique du cuivre dans les parcelles de vigne, un consortium d’instituts alsaciens l’étudie en détail à travers le projet Pacov, Plateforme alsacienne du cuivre d’origine viticole. « L’idée est de mesurer précisément les flux d’entrée et de sortie, afin de réaliser un bilan de masse complet », explique Gwenaël Imfeld. Et les premiers résultats donnent à réfléchir. Près de 95 % du cuivre apporté par les vignerons vient s’ajouter aux traitements précédents, soit une accumulation de l’ordre de 10 % par rapport au stock initial sur les trois premiers centimètres. « Entre 1 et 3 % seulement sont exportés de la parcelle, principalement par le ruissellement, ajoute le chercheur. Les pertes verticales par les eaux d’infiltration sont minimes, et ne semblent pas représenter un danger pour les nappes. »

- © Infographie Réussir

Implanter de l’avoine pour extraire le cuivre

L’assimilation par la vigne est elle aussi très faible. Au final, les scientifiques ont calculé un taux d’accumulation d’environ 1,2 kg de cuivre élémentaire par hectare et par an. Avec le temps, on arrive à des teneurs en cuivre dans les sols viticoles qui avoisinent souvent les 200 mg/kg, et peuvent atteindre 2 000 mg/kg, alors que la moyenne française du fond pédo-géochimique est de 15 mg/kg. « À ces concentrations, ce n’est plus un oligo-élément, c’est un antiseptique », alerte Thierry Lebeau, qui estime que la totalité des sols viticoles peuvent être considérés comme pollués. En effet, les premiers effets visibles sur les micro-organismes du sol apparaissent vers 150 mg/kg, voire moins. « Même si l’on n’observe que très rarement des cas de phytotoxicité, on ne sait pas quelle sera l’évolution à long terme, pointe Gwenaël Imfeld. Vis-à-vis de la qualité des eaux, ce stock important pourrait par ailleurs être partiellement et progressivement relargué, sur le long terme, si le pH ou l’intensité des pluies change fortement, par exemple. » D’où l’importance de travailler dès aujourd’hui sur la réduction des doses de cuivre.

Si la problématique est réelle, il y a toutefois lieu d’être optimiste. Thierry Lebeau travaille actuellement sur un projet de dépollution prometteur : celui de cultiver de l’avoine, plante accumulatrice, pour extraire l’élément, et l’utiliser dans l’alimentation porcine ou bovine pour contrer les carences. Une véritable boucle vertueuse…

- © Infographie Réussir

Association cuivre et mouton : attention !

Et si vous étiez en train d’empoisonner le troupeau au fur et à mesure que vous l’emmenez paître dans vos vignes ? L’idée n’est pas si incongrue, puisqu’il existe dans la littérature des cas d’intoxication de moutons au cuivre par l’eau. Même si l’herbe n’accumule pas fortement le métal, les ovins broutent toujours un peu de terre en même temps. Il est bon de se poser la question, quitte à réaliser quelques analyses et à moduler l’exposition en cas de fort taux de cuivre. Surtout si vous voyez apparaître des symptômes physiologiques (diarrhées…).

- © C. Bioteau

Pour en savoir plus

Voir dossier Réussir Vigne d'avril 2017. RV n°239 p. 40 à 45.
Au sommaire :
p. 42 - Les sols pollués influent sur les bio-agresseurs
p. 43 - Peu d'impact de la forme
p. 44 - Réduire les doses, c'est possible

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