Réussir vigne 25 novembre 2015 à 08h00 | Par Clara de Nadaillac

Climat, la nouvelle donne

La hausse des températures et l’accélération des phénomènes climatiques extrêmes sont depuis plusieurs années palpables sur le terrain. La viticulture est l’un des secteurs de l’agriculture les plus concernés et les plus impliqués sur cette thématique. Le point sur ce qui nous attend, et sur les voies d’adaptation.

Abonnez-vous Réagir Imprimer
- © P. Cronenberger

Du succès de Cop21, la Conférence des parties de la convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques de 2015, qui se tiendra à Paris du 30 novembre au 11 décembre, pourrait dépendre l’avenir de la viticulture hexagonale. En effet, cette conférence a pour principal enjeu d’aboutir à un accord international sur le climat, applicable à tous les pays, et visant à maintenir le réchauffement mondial en deçà de 2 °C. Et cet objectif a toute son importance pour la filière. Selon Jean-Marc Touzard, de l’Inra de Montpellier, l’un des enseignements du projet Laccave (1) est que l’impact du changement climatique sur la viticulture sera très différent, suivant que le réchauffement reste de l’ordre de 2 °C d’élévation moyenne ou les dépasse.

Jouer sur les modes de conduite et le matériel végétal

Dans ce premier cas de figure, de nombreuses adaptations seront possibles pour tous les vignobles français. « La transition pourra se faire progressivement, estime Jean-Marc Touzard. Les marges de manœuvre resteront importantes et la solution résidera dans une combinaison de différentes techniques, raisonnées à l’échelle des régions et des exploitations. Les viticulteurs ont toujours su s’adapter et continueront sur cette voie. » Cette adaptation débutera dès la plantation. Les exploitants pourront notamment jouer sur le choix de clones ou cépages plus tardifs, moins sensibles à la sécheresse, produisant moins de sucre et plus d’acidité. La densité de plantation pourra être modifiée et la localisation des parcelles évoluera aussi, pour préférer les zones plus fraîches ou moins asséchantes par exemple. Les modes de conduites s’adapteront. « On peut ainsi imaginer que l’on reviendra à moins d’effeuillage pour conserver de la fraîcheur, note le chercheur, ou même à la taille gobelet, qui permet une meilleure protection des baies par rapport au soleil. Se posera alors la question de sa mécanisation. De même, il faudra réfléchir à la hauteur de feuillage. Un port bas, comme le grenache à Banyuls, favorise la résistance à la sécheresse tout en augmentant les degrés d’alcool. À l’inverse, un port haut éloigne les grappes de la température plus élevée du sol, mais n’est intéressant qu’avec une alimentation suffisante en eau. Ce qui pose alors la question de l’irrigation, avec quelle eau, quel pilotage... » L’entretien des sols (présence ou non d’un couvert végétal, apport de matière organique, etc.) sera un autre levier. Enfin, les techniques correctives œnologiques joueront un rôle clé : le contrôle des températures, la limitation de l’oxydation, le recours à des acidifications et à de la désalcoolisation, ou encore le choix des levures, permettront de compenser l’impact du changement climatique.

Jean-Marc Touzard, de l'Inra de Montpellier.
Jean-Marc Touzard, de l'Inra de Montpellier. - © J.-M. Touzard

À plus de 2 °C d’élévation moyenne, les scénarios seront plus radicaux

À l’inverse, avec une élévation moyenne de la température supérieure à 2 °C et une augmentation de la variabilité et des chocs, la situation sera beaucoup plus complexe à gérer, et des scénarios plus radicaux pourraient être envisagés. Le premier résiderait dans l’acceptation d’un déplacement continu des terroirs vers le nord ou en altitude. Une parcelle en vigne serait ainsi valorisée pour une quarantaine d’années seulement. Ce scénario « nomade » n’a guère la faveur de la filière. Une seconde évolution opterait pour une forme d’industrialisation du vin. Le négoce deviendrait assembleur et aurait recours massivement aux techniques correctives pour niveler le vin tous les ans. « Le modèle champenois, ou celui de Porto sont intéressants à ce titre, puisqu’en assemblant largement les millésimes et en jouant sur la diversité des raisins au sein d’une région, ils vont un peu dans ce sens, tout en gardant une référence globale à un terroir », analyse Jean-Marc Touzard. Un troisième schéma, qui semble privilégié par les interprofessions françaises, consisterait à conserver les vignobles dans leurs espaces actuels, mais en les ouvrant davantage aux innovations, telles que les cépages résistants ou l’irrigation. On en revient donc à la demande de plus de souplesse des AOC…

- © Infographie Réussir

Des consommateurs favorables à la désalcoolisation

S’ils sont préférés de prime abord, les vins du changement climatique saturent plus vite les consommateurs. C’est l’un des enseignements de dégustations d’un assemblage de merlot et cabernet sauvignon, moins acide, plus alcooleux et confituré qu’un vin normal, organisées dans le cadre du projet Laccave. Les chercheurs ont par ailleurs évalué l’acceptation de vins désalcoolisés à 3 % alcool par 500 consommateurs. Un clivage est apparu, les femmes préférant ces vins, contrairement aux hommes, plus réticents à ce changement. Informés, une large majorité de consommateurs (70 % des sondés) est favorable à la désalcoolisation, puisqu’elle consiste en une technique soustractive et non en un apport.

(1) Ce projet, coordonné par Nathalie Ollat (Inra Bordeaux) et Jean-Marc Touzard (Inra Montpellier), réunit 23 équipes Inra, CNRS et universités, pour faire le point sur l’adaptation de la viticulture au changement climatique. FranceAgriMer et l’Inao sont également associés aux travaux de prospective.

@ Le congrès Climwine2016, qui se tiendra du 10 au 13 avril 2016 à Bordeaux, dévoilera les résultats du projet Laccave. www.colloque.inra.fr/climwine2016

- © A.Karnholz-Fotolia

Pour en savoir plus

Voir dossier Réussir Vigne de novembre 2015. RV n°223, p. 38 à 43.


Au sommaire

p. 40 - "Je limite mon empreinte carbone" - Jean-Pierre Vazart, vigneron champenois.

p. 42 - "Nous testons de nouveaux cépages" - Château La Tour Carnet en Gironde.

p. 43 - "Une accentuation de la fréquence des sécheresses" - Michel Déqué, chercheur à Météo France

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Réussir vigne se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

Machinisme agricole

Question du mois

Travailler sans soufre : évidence ou additif incontournable ?

Répondez à la question

Les ARTICLES LES PLUS...

Voir tous

Voir tous

Voir tous

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 20 unes régionales aujourd'hui