Réussir vigne 27 mai 2014 à 08h00 | Par Propos recueillis par Marion Ivaldi

Bruno Kessler, président de l'Anivin - " Nous ouvrons les portes d'une nouvelle planète pour les vins français "

Bruno Kessler, président de l'Anivin, dévoile l'ambition de son interprofession pour les vins de France(1) : un vin moderne qui s'appuie sur la technologie et le marketing. Ce qui ne fait pas forcément l'unanimité.

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Bruno Kessler,
président de l’Anivin.
Bruno Kessler, président de l’Anivin. - © Anivin

Quelle place doivent prendre les vins de France dans la segmentation française ?


Nous allons bâtir une stratégie visant à développer des vins de France assumés au sein d'une gamme complète. Cette ambition est le résultat d'une étude menée par les services de FranceAgriMer qui a fait intervenir des représentants des caves particulières, des caves coopératives, du négoce, de la grande distribution... Notre objectif est de vendre le maximum de produit possible en assurant un revenu pour les producteurs et le négoce.


Quelle est votre stratégie pour les vins de France ?


Tout d'abord, je souhaiterais insister sur le fait que c'est l'ensemble des protagonistes de la filière qui se sont mis d'accord sur cette stratégie : caves particulières, caves coopératives et négoces. Les vins de France doivent être portés par des marques internationales fortes. Il peut s'agir de vins de cépage mais pas uniquement : d'importants opérateurs internationaux misent aujourd'hui sur des assemblages sophistiqués. La logique pour les vins de France est de partir de la demande du consommateur. C'est une approche très différente de celles des vins à IG, dont elle est complémentaire. Les vins de France s'inscrivent dans une stratégie moderne de reconquête de parts de marché. Il ne s'agit pas de produire pour un segment de prix donné mais de répondre à la demande du marché par des vins produits grâce à des technologies de maîtrise des coûts tant au vignoble qu'en cave. Ils doivent permettre de dégager un revenu pour le producteur et une marge pour le négociant. Les vins de France répondront également à des exigences environnementales et sociétales.


Quel accompagnement l'Anivin prévoit-elle de mettre en place ?


Nous allons débloquer des moyens pour favoriser la recherche et le développement. Plusieurs voies sont à étudier. Les hybrides résistants sont une réponse aux problèmes environnementaux mais ils ne seront disponibles que dans deux à trois ans. La question de l'eau est cruciale car il faut que sa gestion soit la plus économe possible. La fertirrigation peut apporter des réponses aux exigences de performances de production. Pourquoi ne pas étudier de nouveaux cépages, des produits avec moins d'alcool, créer de nouveaux goûts ? Nous comprenons que ces projets puissent faire peur car ils sont très éloignés de la culture traditionnelle française du vin. Nous sommes très enthousiastes à l'idée d'innover. Nous ouvrons les portes d'une nouvelle planète pour les vins français.


Quel constat tirez-vous du segment vins de France à l'heure actuelle ?


À ce jour, la France a laissé délocaliser sa production de vins sans indication géographique au profit de nos deux concurrents européens : l'Espagne et l'Italie. Cette délocalisation a été permise par une politique d'interdiction des plantations pour le segment des vins de France. Cette politique vise à protéger le segment des vins à indication géographique, qui bénéficient des droits de plantation et sont donc les seuls à bénéficier d'un levier de croissance. Il y a une véritable contradiction de cette politique avec la réalité économique. Nous importons dix millions d'hectolitres en provenance de nos voisins européens pour satisfaire une demande en vins sans indication géographique. Les vins de France ont besoin d'autorisations dédiées de plantation quelle que soit la destination principale du bassin dans lequel ils sont attribués. Nous sommes le seul segment en déséquilibre négatif : nous manquons de vins. Tant que nous n'avons pas d'hectares de vins de France, nous resterons tributaires des autres catégories. Ce qui, en d'autres termes, se traduit par la fluctuation de l'offre française selon la météorologie annuelle : les années généreuses, le vignoble offre des vins de France ; les années chiches : la France n'a que des IG à proposer. Or, la régularité de l'offre est un facteur clé de succès dans le commerce des vins car elle instaure les conditions d'une relation commerciale dans la durée et une fidélisation des acheteurs.


La contractualisation n'aurait-elle pas permis de contrer l'absence de plantations dédiées aux vins de France ?


La contractualisation a été peu développée car elle ne peut être mise en place qu'avec des vignobles aptes à produire des vins de France. Or, il y a très peu de vignobles aptes en l'absence de plantations dédiées. Par ailleurs, certains préconisent la mise en oeuvre d'une affectation parcellaire. Celle-ci est ingérable et ne garantit rien. La solution à une gestion équilibrée des segments n'est pas réglementaire. Elle est économique !

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