Réussir vigne 21 octobre 2015 à 08h00 | Par Clara de Nadaillac

Black rot : pensez à la prophylaxie

À la faveur de pluies printanières intenses, le bordelais, le Sud-Est, et quelques zones en Val de Loire ont subi de fortes attaques de black rot. En l’espace de deux ans, la présence de ce champignon, aussi bien sur feuilles que sur grappes, a explosé. Voici quelques conseils pour essayer de s’en prémunir durant la morte-saison.

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Sur grappes, le black rot peut se développer dès la formation des capuchons floraux.
Sur grappes, le black rot peut se développer dès la formation des capuchons floraux. - © C. Le Roux

Selon le site de l’IFV Midi-Pyrénées, le black rot, ou Guignardia bidwellii, a été identifié pour la première fois en France en 1886. Il s’agit donc d’une maladie assez bien connue des spécialistes, même si nous l’avions quelque peu oubliée ces dernières années. Il est notamment établi qu’une fois les baies récoltées, l’inoculum du champignon reste présent sur les baies momifiées, les rafles, les pétioles, voire même sur les sarments atteints (présence de nécroses ou d’attaque) et sur les vrilles, sous forme de périthèces. Il y a plusieurs années de cela, l’IFV Bordeaux-Aquitaine avait réalisé un essai éloquent. « J’avais ramassé des rafles avec quelques baies atteintes de black rot, et les avais disposées au sol, dans une parcelle témoin saine, indique Marc Raynal, de l’institut. L’année suivante, les ceps autour étaient détruits quasiment à 100 % par le champignon. Et la contamination s’arrêtait net après la zone inoculée. » La prophylaxie hivernale permet diminuer sa présence.

Sortir tous les organes touchés de la parcelle

Pour ce faire, sur les parcelles particulièrement atteintes, Caroline Le Roux, de la chambre d’agriculture du Rhône, recommande de réaliser des vendanges manuelles, avec un tri au chai et non pas à la parcelle. « Avec la machine à vendanger, certaines baies momifiées risquent de tomber au sol et de permettre une conservation du black rot », prévient-elle.

Même son de cloche du côté de l’IFV Bordeaux-Aquitaine, où Marc Raynal préconise, notamment sur les parcelles vendangées à la machine, de « sortir les rafles, les baies momifiées voire même les sarments atteints de la parcelle avant de débuter la taille et/ou lors de la taille. Faute de quoi, toutes les conditions seront réunies pour que la maladie reparte en 2016. »

Dans le Languedoc-Roussillon, les conseillers sont plus mesurés. « Plus on extrait l’inoculum de la parcelle, plus on diminue le risque, confirme Bernard Genevet, de la chambre d’agriculture du Gard. Sur les parcelles très atteintes, un bon nettoyage du fil porteur (bouts de sarments, vrilles) semble indispensable. Mais faut-il aller jusqu’à sortir tous les sarments touchés et portant des grappes momifiées ? C’est la question que nous allons nous poser avant toute préconisation. Car il faut que ce soit pertinent et réalisable sur des exploitations entières. »

Surveiller la contamination tardive d’inoculums potentiels

Caroline Le Roux et Marc Raynal soulignent également que sur certains cépages, à l’image du cabernet sauvignon ou du gamay, il faut surveiller le verjus, ces petits grappillons verts en haut des pieds. Il reste sensible au black rot alors que la protection phytosanitaire est arrêtée, et peut alors devenir une source d’inoculum. Dans cette situation, il est bien sûr recommandé d’éliminer les verjus contaminés.

Néanmoins, la prophylaxie semble insuffisante pour gérer ce robuste champignon. Les essais mis en place depuis 2011 par la chambre d’agriculture du Rhône, sur l’efficacité du piochage sous la ligne des ceps conjugué à l’enlèvement et à la destruction des bois et momies, ont donné des résultats mitigés, voire nuls certaines années. Dans le bordelais, les essais d’élimination des baies momifiés réalisés par l’Inra montrent certes une baisse de la pression parasitaire, mais pas sa suppression totale.

La stratégie phytosanitaire sera donc la clé de la réussite en 2016. Pour cela, lors des achats de produits phytos cet hiver, en conventionnel, il serait judicieux d’intégrer des spécialités efficaces contre le black rot, telles que des IDM du groupe I (fenbuconazole, difénoconazole, myclobutanil, tébuconazole, tétraconazole), qui ont une action préventive et de rattrapage, ou des QoI (trifloxystrobine, krésoxim-méthyl, pyraclostrobine) ; sans oublier les dithiocarbamates, qui eux, ne sont efficaces qu’en préventif. En bio, les essais menés par Caroline Le Roux confirment une bonne efficacité moyenne de la stratégie de lutte basée sur l’apport de bouillie bordelaise à 3 kg/ha et de Microthiol spécial à 8 kg/ha. Ils mettent également en lumière un intérêt du soufre employé seul, qui serait plus efficace que le cuivre seul. Laurent Delière, de l’Inra de Bordeaux, confirme qu’une association de cuivre et de soufre a une efficacité de l’ordre de 50 %, suffisante pour arriver à maîtriser la maladie. Il conclut que la clé réside surtout dans le bon positionnement des produits durant le cycle végétatif ; positionnement qui ne correspond pas forcément à celui des anti-mildiou.

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