Réussir vigne 18 novembre 2013 à 08h00 | Par Claudine Galbrun

Assurance grêle obligatoire : il va falloir convaincre

La proposition de Jérôme Despey, président du conseil spécialisé vins de FranceAgriMer de rendre l’assurance grêle obligatoire, ne fait pas l’unanimité chez les professionnels.

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Avant, pendant et après la grêle : 
neuf minutes ont suffi pour détruire entièrement 
le vignoble du château de Castelneau.
Avant, pendant et après la grêle : neuf minutes ont suffi pour détruire entièrement le vignoble du château de Castelneau. - © DR

" Au vu des désastres et des malheurs provoqués par la grêle cette année, je me demande si on ne doit pas arriver à un système d’assurance récolte obligatoire ”, a déclaré Jérôme Despey. Les viticulteurs non-assurés n’ayant plus “ que leurs yeux pour pleurer ”, la grêle n’étant plus couverte par les calamités agricoles. Selon lui, seulement 100 000 hectares sur les 800 000 que compte le vignoble français sont assurés contre ce risque. Conséquence du coût trop élevé de ces assurances. Obliger chacun à s’assurer et obtenir des aides des pouvoirs publics permettrait ainsi d’en diminuer le prix. Cela suffira-t-il à convaincre les uns et les autres à s’assurer ? On peut en douter au vu du dispositif mis en place par le Syndicat des côtes du rhône qui, en 2012, a négocié un contrat pourtant avantageux pour l’ensemble des producteurs de l’aire de l’appellation. Pour un capital assuré de 4 000 euros/ha, la cotisation estimée s’élève à 96 euros/ha (franchise grêle/gel 10 %, autres aléas 25 %) ou 37 euros/ha (franchise 25 % tous aléas). Mais ces conditions intéressantes n’ont pas déclenché un enthousiasme délirant et une souscription massive. Ainsi, en 2013, 3 540 hectares sont couverts contre 2 813 hectares en 2011 (bien avant que le contrat négocié ne soit lancé). Le nombre de personnes assurées est de 400 (contre 355 en 2011), soit 6,6 % des viticulteurs de l’aire… Il est clair que le succès n’est pas au rendez-vous. L’un des freins serait que la coulure n’est pas prise en charge par ces contrats. Or, l’accident est très fréquent dans la région. Les assureurs seraient disposés à la prendre en compte si davantage de contrats étaient souscrits…
Pour Thiébault Huber, président de l’ODG Volnay, rendre l’assurance grêle obligatoire, c’est non. “ Chacun doit être libre de s’assurer ou non. C’est encore une liberté que l’on peut avoir en France. Je suis moi-même assuré depuis plusieurs années mais c’est un choix d’entreprise. Que cela permette de diminuer les primes, peut-être sur le papier, mais je n’y crois guère. ”


“ C’est une assurance de riche ”


Philippe Lacoste, vigneron au Château Ferran (Pessac-Leognan), partage cet avis. “ Inciter, oui. Contraindre, non. Il y en a assez qu’on légifère à tour de bras. Et puis c’est une assurance de riche. En grand cru classé, on a les moyens de s’assurer. Mais en AOC bordeaux, tout ce qu’on peut faire, c’est de l’auto-assurance. Pour moi, l’objectif d’un tel dispositif serait de privatiser l’indemnisation puisque l’Etat n’a plus d’argent et cherche à se désengager par tous les moyens. On peut aussi se demander si nos compétiteurs australiens, néo-zélandais ou chiliens sont obligés de s’assurer contre la grêle. ”

Michel Issaly, président des Vignerons indépendants de France.
Michel Issaly, président des Vignerons indépendants de France. - © J.-C. Gutner / archives

Assurance : les VIF s’intéressent aux revenus

 

“ Il faut aller au-delà du débat sur l’assurance grêle qui existe déjà et qui ne fonctionne pas ou qui fonctionne insuffisamment car beaucoup d’autres éléments conditionnent le revenu de l’exploitation : la coulure, les maladies du bois, la tempête et même des éléments extérieurs à l’exploitation comme les problèmes de parité monétaire ou la survenue de conflits internationaux ”, estime Michel Issaly, président des Vif (Vignerons indépendants de France), qui milite pour la création d’une assurance revenu. “ C’est le moyen de consolider le revenu, de stabiliser les entreprises et de leur donner de la visibilité. N’oublions pas que d’ici dix ans, 60 % des exploitations viticoles seront à transmettre. Comment attirer des jeunes vers des systèmes aussi précaires ? ” Michel Issaly considère qu’il ne s’agirait pas forcément d’une nouvelle charge pour les entreprises. “ Avec tous les aléas auxquels est soumise une exploitation, le revenu peut varier d’une année sur l’autre de 35 %. Cela mérite sans doute de faire ses comptes. ” Les VIF ont d’ores et déjà pris contact avec les pouvoirs publics. Un groupe de travail devrait se mettre en place. “ Ce qui nous ravit car on ne peut pas continuer comme cela. Des engagements financiers doivent être pris au niveau français mais aussi européen. C’est pour nous un sujet très important. Cela fait trois ans que nous y travaillons. Nous commençons à perdre patience. ”

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